REVUE DE PRESSE BD & CARICATURE Zébra - n°12

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REVUE DE PRESSE BD & CARICATURE Zébra
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REVUE DE PRESSE BD & CARICATURE Zébra - n°12
By Zébra • Issue #12 • View online
8 Mai 2021

Une du "Spectator" par Morten Morland (8 mai).
Une du "Spectator" par Morten Morland (8 mai).
Modèle chinois
Le “Spectator” qui publie cette “Une” par Morten Morland n'épargne pas Boris Johnson, dont la carrière politique repose pourtant largement sur sa carrière de journaliste à “The Spectator” auparavant.
Cet hebdo londonien se veut “conservateur”, ce qui n'a pas beaucoup de sens dans le contexte capitaliste. Les derniers conservateurs authentiques vivent sur des îles désertes coupées du monde.
Il n'y a pas à proprement parler de “modèle chinois” puisque le patron chinois est recopié - recopillé, disent certains esprits tatillons en matière de copyright. Mao n'a pas inventé “l'Etat terroriste” puisque Napoléon Ier le pratiquait déjà - l'avait “restauré” faudrait-il dire pour être équitable avec Louis XIV. Tant il est vrai que, dans le domaine de la dictature, les Français n'ont de leçons à recevoir de personne.
La Chine imite l'Occident comme l'empire romain singeait les Grecs, sans comprendre. Cette limite d'ordre culturel apparaît dans “1984” ; le pamphlet de Georges Orwell souligne l'absurdité du régime totalitaire de Big Brother, qui n'a pas d'autre but que l'imitation, la répétition à l'infini.
L'audace du dessinateur de presse dessinée par un dessinateur de presse (Plantu).
L'audace du dessinateur de presse dessinée par un dessinateur de presse (Plantu).
Liberté de la presse médicale
La “Journée mondiale de la liberté de la presse” (3 Mai) est passée relativement inaperçue ; il semble que la bonne santé de l'économie, qui donne des signes inquiétants de souffle court, soit actuellement une préoccupation plus importante que la liberté. D'ailleurs qui se soucie de liberté tant qu'il n'est pas heureux ? - Personne, répond le philosophe.
Néanmoins le très optimiste Plantu a pris le soin de célébrer cette journée sur… Twitter.
Twitter est très pratique pour faire passer des idées, mais il a l'inconvénient d'être beaucoup moins facile à censurer que la presse écrite ou audio-visuelle, au point que beaucoup réclament l'interdiction pure et simple de ce réseau social impertinent (comme en Birmanie).
Idéalement, vu les circonstances sanitaires, il serait bon de commencer par rétablir la liberté de la presse médicale, entièrement sponsorisée, et dont les esprits un peu sceptiques subodorent qu'elle se situe plus au niveau du publireportage que de la médecine véritable.
Caricature anonyme flamande de Napoléon pris au piège anglais.
Caricature anonyme flamande de Napoléon pris au piège anglais.
Sacré Napoléon
“On a tous en nous un peu de Napoléon”, selon E. Macron, qui ne s'est pas trop foulé les méninges pour rédiger son hommage public à l'ex-empereur. La cadence à laquelle les hommages se succèdent expliquent peut-être la baisse de qualité ?
On sait que Napoléon a eu et a encore beaucoup d'admirateurs, mais l'admiration d'Adolf Hitler pour l'empereur des Français surpasse toutes les autres.
En effet Hitler ne s'est pas contenté d'admirer le style napoléonien dit “néo-classique” (en fait bourgeois et assez lourdingue), il a imité l'empereur des Français en tous points, et, ce que l'historien ne peut manquer d'observer, y compris les grossières erreurs de Napoléon qui font que ce despote a laissé aux Français un souvenir de ruines fumantes, pour ne pas dire de “loser”.
Hitler s'est seulement abstenu du couronnement, pour ménager la la classe ouvrière allemande, laïque et moins sensible au décorum royaliste que les paysans.
La caricature anonyme ci-dessus, en langue flamande, souligne ce qui est peut-être la pire erreur commune à Napoléon et Hitler : sous-estimer la ruse politique des Anglais. Il faut dire que les Pays-Bas eux-mêmes ont subi précédemment le même échec ; ou encore les Espagnols.
Cette défaite face aux Anglais explique pourquoi Napoléon et Hitler ont surtout des admirateurs sincères dans les casernes et les écoles militaires.
La leçon de l'Histoire que l'historien tirera de ces destinées sanglantes parallèles, est que les politiciens sont les dernières personnes à tirer des leçons de l'Histoire ; pour les hommes politique, l'Histoire est comparable à un magasin de costumes qu'ils enfilent pour parader suivant la mode du moment.
Napoléon à travers les caricatures anglaises
Ed. L'Articho
Ed. L'Articho
“Pour les 7-13 ans d'âge mental” dit la pub (ce qui fait un paquet de monde vu la limite d'âge mental imposée en cette période d'épidémie généralisée aux personnes en parfaite santé), “Coco Club” propose tous les héros de BD pour 6 euros seulement : il y a Tintin, Astérix, Dragon Ball, Boule et Bill, les Schtroumpfs, et même Petit Ours brun si vous plafonnez à 7.
L'éditeur se vante que les BD soient “mal dessinées” : ça se discute vu que le dessinateur de la série originale des “Peanuts” a fourni un boulot minimaliste en comparaison de l'auteur de la reprise.
Le tout sur papier glacé Magno Star 115 g, car les débiles aiment le beau papier.
La Nuit rose, par Aurélie Dekeyser pour illustrer "Absinthes".
La Nuit rose, par Aurélie Dekeyser pour illustrer "Absinthes".
Absinthes
Cinq heures…
Sale temps… gris… d'un sale gris mélancolieux en diable.
Il ne tombera donc pas une bonne averse pour faire rentrer tous ces imbéciles qui se promènent avec leur air bête !… Sale temps… Mauvaise journée aujourd'hui, nom de Dieu…! La guigne…
Feuilleton refusé… poliment : -Très bien, votre feuilleton… sujet intéressant… bien écrit, mais pas dans l'esprit du journal.
L'esprit du journal !… joli, l'esprit du journal !… Journal le plus idiot de Paris et de Seine-et-Oise. Editeur distrait et occupé :
-Rendez le manuscrit de monsieur… Très bien votre roman… sujet intéressant… bien écrit, mais vous comprenez… affaires vont pas du tout… très encombré et puis… pourriez pas faire quelque-chose dans le genre de La Grande Marnière ? Bonnes ventes… décoration… Sorti avec un air aimable et bête :
-Ce sera pour une autre fois…
Sale temps… Cinq heure et demie… Les boulevards !… Prenons les boulevards… Peut-être vais-je rencontrer des camarades… Joli, les camarades !… Tous des muffs… Peut compter sur personne à Paris ? Sont-ils assez laids, tous ces gens qui passent ? Et mal fagotées, les femmes ! Et l'air idiot, les hommes !
-Garçon… Une absinthe sans sucre ! Amusant, ce morceau de sucre qui fond tout doucement sur la petite grille… histoire de la goutte d'eau qui creuse le granit… seulement sucre moins dur que le granit… heureusement… voyez-vous : absinthe au granit ?
Absinthe au granit… Ah, ah, ah, ah… Ah, ah, ah… bien rigolo… Absinthe au granit… faudra pas être pressé… Ah, ah, ah… presque fondu maintenant, le morceau de sucre… ce que c'est de nous… image frappante de l'homme, le morceau de sucre… quand serons morts, nous en irons comme ça… atome à atome… molécule à molécule… dissous, délités, rendus au Grand Tout par la gracieuse intervention des végétaux et des vers de terre. Serons bien plus heureux alors… Victor Hugo et Anatole Beaucanard égaux devant l'asticot… heureusement !
Sale temps… mauvaise journée… Directeur idiot… éditeur bête à pleurer…
Et puis… peut-être pas tant de talent que ça, au fond.
C'est bon, l'absinthe… Pas la première gorgée, mais après. C'est bon.
Six heures… Tout doucement les boulevards s'animent… A la bonne heure, les femmes maintenant ! Plus jolies que tout à l'heure… et plus élégantes ! L'air moins crétin que les hommes ! Le ciel est toujours gris… un joli gris perle… distingué… fin de ton… le soleil qui se couche met sur les nuages de jolies roseurs de cuivre pâle… et c'est très bien…
-Garçon… Une absinthe anisée !
C'est amusant l'absinthe au sucre, mais zut… c'est trop long…
Six heure et demie…
En passe-t-il de ces femmes !… presque toutes jolies… et étranges, donc !
Et mystérieuses !
D'où viennent-elles ?… où vont-elles ?… saura-t-on jamais !… c'est à peine si elles me regardent… moi qui les aime tant !
Chacune, en passant, me cause tant d'impression qu'il me semble que je ne l'oublierai jamais…
Pas plus tôt disparue que je ne peux plus me souvenir du regard qu'elle avait.
Heureusement que celles qui viennent après sont encore mieux.
Je les aimerai tant si elles le voulaient… mais elles s'en vont toutes… Est-ce que je les reverrai jamais ?
Sur le trottoir, devant moi, des camelots vendent de tout… Journaux… porte-cigares en celluloïd…
Petit singes en peluche… de toutes couleurs…
Que sont ces hommes ? Des broyés de l'existence, sans doute… des génies méconnus… des réfractaires… comme leurs yeux sont profonds…
Quel feu sombre en leur prunelle !…
Un livre à faire là-dessus… unique… inoubliable… un livre qu'ils seraient bien forcés d'acheter… tous !
Ô toutes ces femmes !…
Pourquoi pas une d'elles n'a l'idée de s'asseoir auprès de moi, de m'embrasser très doucement… de me câliner… de me bercer comme maman quand j'étais petit ?…
-Garçon… Une absinthe pure… ayez donc pas peur d'en mettre…
Alphonse Allais
Fanzine Zébra
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