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Méli-mélo de réflexions

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Méli-mélo de réflexions
Par Léa Niang • Numéro #31 • Consulter en ligne
Ce matin, comme chaque lundi, j'ai ouvert mon ordinateur et j'ai commencé à écumer les newsletters reçues pendant la semaine, les sites d'information qui traitent des sujets d'inclusivité, mes posts sauvegardés sur les différents réseaux sociaux.. Et rien.
À part une étude (que je reporte donc à la semaine prochaine), je n'ai pas trouvé d'actualités qui donnent envie. Plutôt que de l'annuler, comme annoncé initialement sur Instagram, je me suis dit que cette édition #31 serait l'occasion de partager des lectures (& cie) enrichissantes, sauvegardées au cours des derniers mois, et qui n'ont pas forcément leur place dans Visibles habituellement parce qu'elles ne s'inscrivent pas strictement dans l'actualité.
Bonne lecture 🧡

Sur les femmes dans l'espace public
En décembre dernier, lorsque je me suis lancée dans la communication inclusive pour de vrai, j'étais en train de lire Femmes Invisibles, de Caroline Criado-Perez. Ce livre traite de la façon dont l'absence de données genrées résulte en un monde construit pour les hommes - de la sphère du travail à l'espace public, en passant par de nombreux objets du quotidien comme les ceintures de sécurité des voitures.
J'ai été fascinée par la notion de ville sexiste, soit comment les villes sont construites sans prendre en compte les spécificités des femmes, et ce que signifie être une femme dans l'espace public : des rues mal éclairées qui ne prennent pas en compte l'existence du harcèlement de rue, trottoirs trop étroits et transports en commun peu accessibles où il est difficile de circuler avec des enfants en bas âge ou des poussettes, par exemple.
Ce concept d'urbanisme féministe a d'ailleurs fait l'objet d'une conférence au Carreau du Temple en 2019, où Lauren Bastide recevait Chris Blache et Pascale Lapalud, fondatrices du bureau d'études Genre et Ville. L'échange est passionnant.
L'algorithme Facebook a apparemment deviné mon intérêt pour ce sujet, puisqu'il y a quelques semaines, on m'a proposé un vieil article du magazine Basta! sur la façon dont l'espace est investi par les hommes (les petits garçons en l'occurrence) dès la cour de récréation à l'école. Est cité en exemple le foot, qui prend toute la place, bien au centre de la cour : les filles et les garçons perçus comme trop faibles ne sont pas invité·es à jouer, et sont contraint·es de s'écraser sans prendre trop de place. Ça m'a rappelé mon premier collège, et la façon dont mes copines et moi étions obligées de contourner cet immense terrain pour pouvoir passer notre pause ensemble. L'article est tout bonnement passionnant, j'espère sincèrement que vous le lirez.
Sur le racisme insidieux
J'ai récemment redécouvert la série Sense8 sur Netflix : je l'ai dévorée. Elle est remarquable d'un point de vue de la représentation, notamment des personnes trans et gays. Vers la fin de la dernière saison, cependant, j'ai tiqué face à une scène en particulier, où le discours anti-colonial d'une femme noire est balayé d'un revers de main par des arguments colorblind («on ne voit pas les couleurs ») prononcés par un homme noir.
Avant d'intégrer Sense8 à ma sélection dans Visibles, j'ai fait quelques recherches, pour me rendre compte que l'une des réalisatrices de la série, Lana Wachowski, femme blanche transgenre, portait des dreadlocks (un red flag en puissance chez moi). En creusant, j'ai trouvé cet article qui met le doigt sur une impression que je n'ai pas réussi à verbaliser tout de suite : la série présente des relents de racisme, distillés tout au long des épisodes, mais hélas bien présents.
Peut-être allez vous me demander, comme cet ami avec qui j'ai partagé cet article, pourquoi il faut toujours tout racialiser ? (rire jaune). Je crois que la question n'est pas là. Je pense qu'il est extrêmement important de se confronter à des prises de position qui nous mettent mal à l'aise, ou avec lesquelles nous ne sommes pas entièrement d'accord.
Je crois aussi que si quelqu'un a pris la peine d'écrire un article aussi long sur des éléments racistes d'une série, c'est qu'il y a forcément du vrai, que ce sentiment est forcément partagé par d'autres, et que cela mérite donc que l'on s'y intéresse.
Enfin, je pense qu'il est important de confronter les militant·es qui reproduisent des mécanismes de domination : je ne suis pas une adepte de la cancel culture, car je crois fermement que les gens peuvent changer même si cela peut prendre du temps, tout simplement parce qu'iels déconstruisent et réapprennent à leur rythme. Pour autant, nier l'existence d'éléments problématiques, même chez des personnes woke (comprenez “éveillées”), ne joue en faveur de personne - ni des communautés offensées, ni de la personne incriminée.
Le racisme est une oppression systémique, qui s'exprime parfois de manière insidieuse, le rendant ainsi difficile à détecter. C'est le cas aussi du secteur de la beauté qui, sous couvert de représentation des personnes asiatiques, contribue à propager des stéréotypes néfastes.
C'est aussi le cas de notre culture populaire. J'en profite pour vous reparler de cette lettre à Annie Cordy, qu'il est essentiel de lire pour comprendre en quoi il est essentiel de sortir de sa position et de ses habitudes de privilégié·e pour enfin apprendre à appréhender le racisme d'un point de vue objectif.
D'autres articles que j'ai aimés
Cette édition devient un peu longue, my bad ! Je vous partage ces quelques derniers liens, sans éléments de contexte - ce qui n'enlève absolument rien à leur pertinence !
➡️ “I’m a Trans Woman Locked in a Men’s Prison. I’m Fighting to Be Free”, un article-témoignage par Ashley Diamond (en anglais) qui aborde la façon dont les personnes trans sont traitées dans le système carcéral américain.
➡️ Comment les DJ femmes rendent les soirées plus inclusives, un article de Aphelandra Siassia pour Cheek Magazine, sur les espaces safes et inclusifs rendus possibles par la présence d'artistes féminines aux platines des soirées.
➡️ Comment le marketing genré contribue à renforcer les discriminations, un article de Tilke Wouters pour Vice, sur les conséquences du marketing genré sur les femmes mais aussi sur toutes les minorités de genre, et notamment les personnes qui ne se retrouvent pas dans le système binaire traditionnel.
J'espère que vous avez aimé cette édition un peu spéciale. J'ai pris du plaisir à l'écrire, j'espère que vous prendrez autant de plaisir à lire ces articles et tribunes qui traitent de sujets primordiaux, en profondeur.
À la semaine prochaine, avec une édition habituelle !
Léa
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