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Sébastien Delahaye
Sébastien Delahaye
Bonjour et merci d'être encore là, c'est rien chouette de votre part.

Des livres (et pas que)
Mardi dernier, le Forum des images consacrait une séance à La Devinière, documentaire belge de 1999 par Benoit Dervaux, sur un lieu de psychothérapie institutionnelle où chacun peut vivre sa folie librement, avec un minimum de médication. Comme c'était chaudement recommandé par quelqu'un en qui j'ai une confiance absolue (et qui se reconnaîtra), j'y suis allé à peu près sans rien en savoir. C'est un film magnifique, où l'on sent une grande tendresse de tout le monde : des habitants du lieu entre eux, qu'il s'agisse des soignés ou des soignants, qu'ils se disputent ou qu'ils s'entendent bien, et de la caméra bien sûr, qui filme sans apitoiement ni exagération. Il y a des passages plus difficiles que d'autres évidemment, mais la tendresse qui émane du film et de cette communauté, et le principe même du lieu, voué à laisser vivre comme ils le veulent ceux qui ne peuvent pas vivre ailleurs, fait qu'on en ressort le cœur plus léger, plein d'optimisme.
Pour en voir et savoir plus sur la Devinière (le lieu), il y a ce reportage photo de 2006 et cet article de 2016.
Si je m'étends ainsi sur La Devinière (le film), ce n'est pas seulement parce que j'ai adoré le voir, mais aussi que c'est une excellente excuse pour évoquer deux courts romans dont j'ai déjà brièvement parlé ailleurs.
Une République lumineuse, par Andrés Barba, traduit de l'espagnol par François Gaudry
Dans une ville calme et tranquille d'un coin paumé d'une jungle sud-américaine, des enfants inconnus arrivent un jour. On ne sait pas qui ils sont, ce qu'ils font, où ils logent. On ne sait rien d'eux, sinon qu'ils créent petit à petit une communauté au sein de cette communauté, et on sait que ça va mal se finir. Raconté sous forme de souvenirs des années plus tard, le récit analyse ce qui se passe quand des gamins sont livrés à eux-mêmes (et y tiennent) et quand les adultes ne peuvent pas le tolérer. C'est un roman sur l'autre, sur la communication (et l'absence de), sur l'enfance, et c'est bien difficile de se le sortir de la tête une fois terminé. Pas parce que ça se termine mal, mais au contraire parce que tout ça mène à beaucoup de beauté.
Les petits de Décembre, par Kaouther Adimi
Dans la cité du 11-Décembre, près d'Alger, deux généraux ont décidé d'annexer un terrain vague pour y faire construire les villas où ils passeront leur retraite. Les adultes du voisinage ont déjà lâché l'affaire, on ne s'oppose pas à des généraux, trop risqué. Les enfants, eux… les enfants ont besoin de ce terrain vague, c'est là qu'ils se retrouvent et qu'ils jouent au foot. Alors ils décident d'occuper le terrain vague. Les parents s'affolent, les généraux s'énervent, les enfants affluent de plus en plus, la vie s'organise. Les petits de Décembre raconte une lutte collective assez jouissive, drôle quoique sérieuse, et comment un peu de conscience en commun permet de créer un petit espace d'espoir contre l'égoïsme et l'individualisme. C'est une fable, je sais, mais ça fait quand même bien plaisir à lire.
Plus d'infos sur le site du Seuil.
Des liens
Une version “extended cut” qui ressemble fort à une director’s cut de Super Mario Bros a été mise en ligne la semaine dernière sur l'Internet Archive. L'an dernier, j'avais essayé d'organiser une projection publique du film (dans sa version ciné), mais le projet de projection s'était heurté à un problème de projecteur. N'ayant aucun souci de monomanie (au sens où j'admets volontiers que je suis monomaniaque), je suis évidemment déjà en train de chercher comment organiser une telle séance à Paris pour l'extended cut. A priori en fin du mois ou début juillet (si ça vous botte, faites-moi donc signe, que je puisse commencer à estimer le nombre de personnes).
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Quelques petits liens jeux vidéo : le nouveau jeu d'Inkle (à qui l'on doit le superbe 80 Days) est sorti, s'appelle Overboard et vous fait jouer un Mort sur le Nil inversé (vous incarnez une jeune femme qui vient d'assassiner son époux lors d'une traversée de l'Atlantique en bateau, vous avez huit heures pour convaincre tout le monde de votre innocence) ; jusqu'à vendredi, un bundle sur itch.io propose plus de 1000 œuvres (jeux vidéo, jeux sur papier, bandes originales, etc.) pour 5$, en soutien au fonds des Nations unies pour la Palestine (si vous ne savez pas à quoi jouer, j'ai fait une sélection de 90 titres) ; le Queer Games Bundle propose 236 œuvres (jeux vidéo, etc.) pour 60$, la somme étant répartie entre les 195 créateurs.
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Samedi, lors du festival Mot pour Mots, j'ai assisté aux rencontres avec Chloé Delaume et Alice Zeniter (d'abord), puis avec Philippe Jaenada (ensuite). J'aime beaucoup Jaenada, son art des digressions et des parenthèses dans lequel je me retrouve, son humour (avant le confinement, j'avais assisté à une « lecture musicale » de Jaenada avec Emily Loizeau dans une bib parisienne, j'étais probablement le plus jeune de la salle mais j'ai beaucoup ri), bref je partais conquis, d'autant qu'il allait raconter un peu son prochain bouquin (qui sort en août). Mais après Chloé Delaume et Alice Zeniter, l'heure de Jaenada (quoique drôle et intéressante) faisait gadget, promo. Ça passe peut-être mieux en la regardant directement, ce que vous pouvez faire sur le site de Télérama.
La rencontre avec Chloé Delaume et Alice Zeniter, animée par Elisabeth Philippe, se consacrait au féminisme, particulièrement dans la littérature. C'était drôle, sérieux, sincère, triste aussi, je vous en recommande la visionnage, c'est sur le site de Télérama.
J'ai commencé à lire Alice Zeniter après tout le monde, en allant voir (j'étais là encore le plus jeune de la salle, je me sens très vieux intérieurement) la conférence qu'elle a donnée avec Aurélien Bellanger sur sa résidence à la BNF. J'y allais pour Bellanger (dont j'aime bien les chroniques courtes sur France Culture), son intervention interminable était indéchiffrable, mais celle d'Alice Zeniter était drôle (et compréhensible, et durait apparemment aussi longtemps mais pas en temps ressenti). J'ai donc lu L'art de perdre, qui parle de l'Algérie, des harkis, de la France, ça m'a bien tourneboulé, je me suis rendu compte que ma mère m'en parlait depuis deux ans, je l'ai fait lire autour de moi, fier d'avoir découvert deux ans après tout le monde le bouquin qui avait eu le Goncourt des lycéens. Plus récemment, Alice Zeniter a publié Je suis une fille sans histoire, un essai qui mélange féminisme, sémiologie et narratologie avec beaucoup d'humour, et je le recommande hyper chaudement (L'art de perdre aussi). Oui, je l'ai déjà évoqué il y a deux semaines, c'est dire si c'est bien. Alice Zeniter évoque et développe certains de ces thèmes dans son intervention ci-dessus (à Mot pour Mots, pas à la BNF).
Je n'ai jamais lu Chloé Delaume, en grande partie parce que je suis un abruti rempli de préjugés qui durent : en 2003, elle avait publié un livre sur Les Sims, qui comme chacun sait n'est pas un vrai jeu vidéo, j'en avais déduit que ses livres ne m'étaient d'aucun intérêt (pardon mais si quelqu'un sait comment mettre des baffes à son soi de 21 ans…). Après avoir assisté à cette rencontre, il faudra que je rattrape un peu mon retard (si vous avez un titre à recommander, n'hésitez pas).
Alice Zeniter, Philippe Jaenada et Chloé Delaume (et d'autres) ont par ailleurs détaillé leur processus d'écriture à Arte Radio, dans le podcast Bookmakers, qui consacre 1h30 à chaque auteur et autrice et qui mérite vos oreilles.
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Reco newsletter : cailloux*, une newsletter aux sujets variés, qui demande une lecture lente et posée. Les deux derniers numéros (enfin pour préciser les numéros 82 et 83) m'ont beaucoup remué.
Le mot de la fin
Ce sera tout pour cette semaine (je sais, même pas une petite référence à Werner Herzog cette fois-ci, moi aussi ça me déçoit, mais c'est ainsi). Portez-vous bien et pensez à vous hydrater. Fait chaud.
Sébastien
ps : la semaine dernière je parlais de Kids, eh bien peu après était mis en ligne le court-métrage qui en a été tiré. Si vous n'avez pas encore joué au jeu (👀), c'est aussi une façon d'en profiter.
pps : je m'obstine à écrire « cette semaine », « la semaine dernière », « il y a deux semaines », mais je maintiens que ces écrits e-pistolaires (ouch, pardon) sont à parution absolument i-rrégulière (non mais ok, j'arrête, c'est n@ze).
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Sébastien Delahaye
Sébastien Delahaye @netsabes

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