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DIRTY POLITICS - Issue #4

DIRTY POLITICS - Issue #4
Par Philippe Moreau Chevrolet • Numéro #4 • Consulter en ligne
Dirty Politics décrypte chaque semaine la politique française. Depuis 2 ans, vous avez l'impression d'être dans un avion piloté par les Monty Pythons, avec un équipage qui vous répète en boucle “qu'il n'y a pas de raison de paniquer” ? Vous hésitez à regarder Jean Castex ce soir, par peur qu'il ne dise rien ou, pire, qu'il annonce quelque chose ? Vos nerfs sont mis à rude épreuve et vous avez l'impression de ne plus rien comprendre à ce qu'il se passe autour de vous ? Cette newsletter est faite pour vous ! Si vous avez l'impression de tout comprendre, cette newsletter est probablement aussi faite pour vous !
Envoyez-moi vos infos, réflexions, témoignages… sur dirtypolitics.hebdo@gmail.com Ils sont très importants pour moi !
Dirty Politics est principalement hébergée sur: https://mailchi.mp/mcbg-conseil/dirtypolitics

DIRTY POLITICS #4
Offrez-vous 55 minutes d'intelligence
C'est un constat que je partage entièrement. Celui du politologue Vincent Martigny dans “Questions politiques” dimanche sur France Inter. Notre démocratie est “suspendue”. Avec un doute croissant sur la “qualité de l'offre politique” mais aussi sur “l'utilité même du vote”. Face à des institutions de la Cinquième République “fatiguées” que “personne dans le champ politique ne remet réellement en cause”, il note notre “fragilité” face aux offres populistes. Les Français sont attachés à la démocratie, mais ils ont moins confiance que leurs voisins dans le fonctionnement de la démocratie. Ce que Vincent Martigny attribue à notre régime présidentiel, une exception en Europe, qui suscite “un rejet croissant” chez nous. Au fond, n'est-ce pas ce système lui-même, plus que ses incarnations éphémères, que les électeurs ont voulu sanctionner, en 2012 et en 2017 ? 
Autre point d'accord, Vincent Martigny juge qu'Emmanuel Macron ne va “pas trop mal”. Parce que son taux de popularité, de l'ordre de 35 à 40%, se situe à respectivement 10 et 20 points de plus que ses prédécesseurs, Nicolas Sarkozy et François Hollande, à la même période. Et que 70% de ses électeurs de 2017 se disent “prêts à revoter pour lui”. En revanche, contrairement à une idée reçue, l’électorat d'Emmanuel Macron n'a pas changé“Entre 40 et 50% des sympathisants écologistes et du parti socialiste” continuent à approuver l'action présidentielle. La fidélité de l'électorat est, paradoxalement, moins assurée à droite. Comme l'a montré, par exemple, le scrutin régional. Valérie Pécresse est donc très fondée à vouloir récupérer l'électorat Fillon. Il lui reste à trouver un personnage.
Qualifiant Emmanuel Macron de “centriste”, le comparant à un “Lecanuet, qui s'adapte aux circonstances”“naviguant à vue dans un système débarrassé des idéologies”, le politologue conclut en disant: “on est passé du coup d'Etat permanent, dénoncé par François Mitterrand, à l'homme providentiel permanent”Au fond, “Emmanuel Macron est l'incarnation parfaite de la Cinquième république, un Président qui sait tout, produit des élites traditionnelles, très vertical dans sa gestion des affaires de l'Etat”. Il est tout aussi “irrémédiable” qu'il fasse l'objet d'un “fan club” que d'un sentiment de rejet. 
COVID-19 : la guerre… de com’ continue
Dans une pétition parue dans le JDD50 personnels de santé alertent Olivier Véran sur la circulation du virus chez les enfants”, et demandent le report de la rentrée scolaire". “Depuis début novembre, plus de 300 000 enfants et adolescents ont été confirmés positifs au Covid-19. Les hospitalisations d'enfants en services conventionnels et en soins intensifs, ont dépassé les pics de toutes les vagues précédentes, avec plus de 800 enfants de moins de 10 ans et 300 adolescents de 10 à 19 ans hospitalisés en six semaines, et ces chiffres ne cessent d'augmenter.” Dans Libé, l'excellent Christian Lehmann explique: “Il y a des enfants en réa. Combien en faut-il qu’il y en ait pour que le déni s’arrête ? Cette tribune, ce n’est pas juste 50 personnes qui veulent faire chier tout le monde à Noël, ce sont des gens qui alertent depuis le début sur la mauvaise prise en charge des enfants.” Entre Jean-Michel Blanquer et la communauté médicale, le courant est rompu. L'ancien Directeur général de la Santé, William Dab, le qualifie même ouvertement de “négationniste”. Lui aussi prévient: “Tout miser sur le vaccin, c'est dangereux”.
Quelle serait une bonne communication de crise sur la COVID-19 ? Si j'avais 10 recommandations à formuler, elles seraient:
  1. Reconnaître ouvertement qu’on n’a pas su prévenir la diffusion de la maladie
  2. Expliquer qu’avec le vaccin on aura sans doute moins de malades graves ou de morts
  3. Inciter à la vaccination, en absence d’obligation
  4. Inciter à la vaccination des enfants, pour “prévenir la hausse des hospitalisations pédiatriques”
  5. Expliquer que nous n’avons plus les moyens de bloquer l’économie et que vu l’état des hôpitaux, il va falloir que les positifs travaillent
  6. Expliquer aux fragiles et aux immunodéprimés qu’il faut qu’ils restent chez eux et leur permettre, leur sécurité n’étant plus garantie et les hôpitaux saturés
  7. Relancer un appel aux médecins étrangers, retraités, mobiliser le secteur privé hospitalier
  8. Expliquer que pour s’en sortir, il va falloir faire de la prévention: filtres HEPA, capteurs de CO2, vaccination, diffuseurs UV, sécurisation des TGVs. RER, métros… En bref, un cahier des charges.
  9. Recommander le port du FFP2, voire l'imposer, comme nos voisins Allemands et Italiens
  10. Arrêter les “préannonces” et les “ballons d'essai”. C'est une méthode de communication ringarde et anxiogène. 
Dirty Politics reçoit du courrier 
Et je vous réponds !
Catherine nous écrit:“Je n’arrive pas à comprendre ce titre (anglais, encore !) qui, chaque fois, me donne l’impression que je vais ouvrir une page porno d’autant que le violet n’arrange vraiment rien” 
J'ai fait le choix d'un titre anglais dès le début, parce que notre communication est “sous perfusion” des inspirations anglo-saxonnes. L'extrême-droite française est, par exemple, influencée par la culture “alt-right”. Et le mouvement des antivax tire ses racines d'un autre phénomène mondial d'inspiration anglo-saxonne, QAnon. En réalité, et si on inclut l'influence russe ou européenne, nos mouvements politiques locaux sont de moins en moins autonomes. Dirty Politics est aussi un clin d'oeil à ce livre de référence.
“Ceci étant, ajoute Catherine, merci pour cette lettre qui est pleine d’infos et d’intelligence avec du bon sens dedans. Ce n’est pas si fréquent !” 
Merci Catherine !
Lucie nous écrit: “Merci pour la newsletter "Dirty politics”. La campagne électorale pour 2022 s'annonce fort intéressante ! Je suis pour le moins consternée par le peu de sérieux avec lequel le Gouvernement traite le sujet de la Covid-19 et la transmission par aérosol. Après quasi plus de 2 ans, 0 annonce sur les filtres HEPA ou les capteurs de CO2, en écoles, bâtiments administratifs, trains SNCF ou dans les entreprises, des mesurettes ridicules face au problème sanitaire. Ma société prend plus de mesures (de précaution) que le Gouvernement. Que fait la France ?“
Je suis d'accord avec vous, Lucie ! On devrait tout faire pour prévenir les contaminations, plutôt que de se contenter de réagir une fois qu'il est déjà trop tard. Cette absence de politique de prévention est à la fois une énorme surprise et une énorme déception. Bravo pour votre société. Plus que jamais, il faut se prendre en mains au niveau local.
Envoyez-moi vos infos, réflexions, témoignages…
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En 2022 je vote 🥰
 Un ami communicant me signale dans ce message Whatsapp l'analyse de Valerio Motta dans L'Opinion. Interviewé par Matthieu Depriek, il revient sur la généralisation du point d'exclamation dans la communication des politiques français: “Début décembre, la majorité présidentielle a lancé "Ensemble citoyens !”, Eric Zemmour “Reconquête !” et Eric Ciotti “A droite !”. Avant cela, existaient déjà “Libres !” (Valérie Pécresse), “Ensemble !” (Clémentine Autain) ou “Ecologistes !” (François de Rugy)“. 
Cette conclusion de Matthieu Depriek est sans doute prémonitoire. Les emojis sont depuis longtemps un enjeu dans la communication politique. A quand le parti politique dont le nom sera un emoji ? Je crois qu'il existe déjà des exemples de cette tendance, ailleurs dans le monde. Je vais creuser. Si vous en connaissez, écrivez-moi sur: dirtypolitics.hebdo@gmail.com
Marcher sur des “Ze”
En débattant sur Twitter, je suis tombé sur un groupuscule que je connaissais pas. Même si j'en avais entendu parler. Les “Ze”. Voici la définition qu'en donne Libé“Depuis 2016, une communauté d'utilisateurs affichent le préfixe «Ze» dans leur pseudonyme en hommage à un trader londonien, Zebodag, dont l'identité avait été révélée par le journaliste d'investigation Denis Robert. Son objectif d'alors: le forcer à assumer ses propos souvent insultants contre les opposants à la loi El Khomri.” Cinq ans plus tard, Myriam El Khomri a disparu de la scène publique. Sa “Loi Travail” ne fait plus débat. Mais ses partisans demeurent actifs sur les réseaux et militent contre la presse, “pour le droit à l'anonymat, à la richesse, à l'opinion, contre les manifestants”. C'est ainsi que fonctionne la politique, par strates successives. 
Etes-vous populiste ?
Vous le saurez bientôt grâce au vaste chantier lancé par l'ami Bruno Cautrès au CEVIPOF. Il proposera le 12 janvier un indice de populisme, qui vous permettra de déterminer le populiste qui sommeille en vous ! Voici le Whatsapp de Bruno qui donne plus de détails. Le même système devrait être utilisé en mars, pour mesurer les intentions de vote. Je vous en dis plus dès que j'en sais plus. 
#BLOC-NOTES
La famille Canard 
C'est une tradition familiale. Mon grand-père, ouvrier, lisait le Canard. Mon père, cadre dans l'Education nationale - plus qu'un métier, une vocation -, lit le Canard. Je lis le Canard. Et mon fils - en photo ci-dessous - est bien parti ! D'où le plaisir de recevoir, comme chaque année, “L'année Canard 2021” et “Les Dossiers du Canard” consacrés au duel Zemmour - Le Pen, où je décrypte la stratégie de com’ sur les réseaux sociaux de Marine Le Pen. Avec l'ami Valerio Motta. Pour Valerio, Marine Le Pen ne se contente pas d'être dans une “logique descendante vis-à-vis de ses abonnés sur Facebook”. Elle se situe dans une “logique de transformation” en invitant ses abonnés à adhérer au RN. Pour ma part, je conclus que: “Sur les réseaux sociaux, les gens apprécient ceux qui incarnent quelque chose et ont des aspérités… Or à force de lisser ses messages, Le Pen finit par ressembler à un tableau blanc.” Logique.
Le financement des campagnes électorales est un angle mort du récit politique. Trop technique, pas assez sexy, on l'aborde essentiellement sous l'angle du scandale ou des “affaires”. Plus rarement pour expliquer comment cela fonctionne. La Revue Dessinée - dont je suis les actus sur Instagram - a franchi le pas et c'est une grande réussite ! “Pour faire campagne, il faut des sous. Beaucoup de sous. Sylvain Tronchet et Élodie Guéguen ont mené l’enquête. Dessins d’Erwann Terrier.” 
La traversée de l’Elysée en solitaire… Laurence Benhamou est une journaliste discrète. Mais sans elle, on ne saurait rien, ou pas grand chose, de la cour et du monarque, à l’Elysée. En observatrice, elle publie à la rentrée “Le solitaire du palais. Le livre du quinquennat Macron”, chez Robert Laffont. Un “gros pavé”, comme elle le dit elle-même, de 450 pages, qui montre la présidence dans son fonctionnement quotidien: “C’est un livre anticomplotiste. Je raconte le boulot de président, d’une façon chronologique, au jour le jour. Avec ses changements d’avis sur un coin de table” . Cette “entomologie du pouvoir” sort le 20 janvier 2022. On a hâte 👍
Les projections presse ont démarré ! Le documentaire de Jean-Pierre Pozzi et Mathieu Sapin sur la fin du PS sort en salles le 9 février. Mais on prépare la promo en coulisses. Les premiers retours sont excellents: “déclaration d'amour à la gauche”, “message d'espoir”. MAIS une interrogation revient… La gauche peut-elle renouer avec l'électorat populaire ? Le RN n'a-t-il pas déjà gagné la partie ? Existe-t-il “un” électorat populaire ou une multitude, dont tout le monde - y compris Emmanuel Macron - peut espérer capturer une partie ? J'ai hâte d'avoir vos retours sur “La Disparition”, où on croise nos analyses avec Julien Dray, Laure Adler et Gérard Colé.
Le PS n'a, en tous cas, pas disparu de la première affiche officielle de la campagne d'Anne Hidalgo pour 2022, annoncée sur son compte TwitterAu contraire de nombreux autres candidats qui, comme Macron ou Zemmour, créent leur “machine électorale” à partir de leur personne, Anne Hidalgo n'existe pas sans le secours d'un parti. C'est l'une de ses faiblesses. Elle est, au fond, moins “parisienne” qu'inconnue pour le grand public. On note qu'elle reprend, elle aussi, le terme de “social-écologie”. Mais la “social-écologie” ne devrait-elle pas conduire à former une “coalition entre socialistes et écologistes” pour faire campagne, comme le propose d'ailleurs Vincent Martigny ?
On en a beaucoup parlé, mais la téléréalité fait partie de la stratégie de campagne de Macron 2022, avec Marlène Schiappa et Gabriel Attal aux avant-postes. Cette semaine, Marlène Schiappa participera à “Tous en cuisine” aux côtés de Cyril Lignac, sur M6. Le Parisien nous apprend que “la ministre déléguée à la Citoyenneté préparera des œufs moelleux sauce meurette et un pithiviers jambon-fromage”. Paris vaut bien un Pithiviers. 
Le #fail de la semaine de Dirty Politics va aux… Jeunes avec Macron. Les JAM sont allés un poil trop loin dans la veine “Netflix” - nécessairement crépusculaire et dystopique, on en parlait la semaine dernière
Dans un contexte de reprise de l'épidémie, on espère très sincèrement que ce n'est pas prémonitoire 😅Mais c'est Noël ! Alors, parce que je vous aime, je vous offre… un Chirac. En chandail. Avouez que ça va tout de suite mieux. Deux présidents, deux époques, deux couleurs différentes. 2022 sera-t-elle une année nostalgique ?
Joyeux Noël et très bonnes fêtes de fin d'année à tous ! 
Avez-vous aimé ce numéro ?
Philippe Moreau Chevrolet

Dirty Politics vous explique chaque semaine la politique française.
Vous avez l'impression d'être dans un avion piloté par les Monty Pythons, avec un équipage qui vous répète en boucle "qu'il n'y a pas de raison de paniquer" ? Vos nerfs sont mis à rude épreuve et vous avez l'impression de ne plus rien comprendre à ce qu'il se passe autour de vous ? Cette newsletter est faite pour vous ! Si vous avez l'impression de tout comprendre, cette newsletter est probablement aussi faite pour vous !

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