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Hors Programme - Petite-enfance : rapport d'étonnement #17

Bonjour à tous, Lors de la rédaction de "Préparons nos enfants à demain", j'ai échangé avec une 40ain
Hors Programme
Hors Programme - Petite-enfance : rapport d'étonnement #17
Par Matthieu Chereau • Numéro #17 • Consulter en ligne
Bonjour à tous,
Lors de la rédaction de “Préparons nos enfants à demain”, j'ai échangé avec une 40aine d'entrepreneurs parents. Je me souviens d'un échange avec Jean-Daniel Guyot. Selon lui, l'un des principaux enjeux demain en matière d'éducation est la réduction des inégalités. L'actualité ne lui donne malheureusement pas tort… C'est donc à ce sujet que je consacre la lettre d'aujourd'hui.
Il y a peu, Nature publiait de nouveaux résultats sur la cohorte du Carolina Abecedarian Project. Aujourd'hui, je voudrais revenir sur cette étude, ses leçons et les conclusions que l'on peut en tirer aujourd'hui en France.

👶 Faut-il investir dans la petite enfance ?
Initié au début des années 70, le Carolina Abecedarian Project visa à étudier les potentiels bénéfices d'un investissement significatif dans l'éducation d'enfants ayant entre 0 et 5 ans. Cette étude est exceptionnelle pour 3 raisons :
  • Elle est l'une des premières à avoir appliqué des méthodes strictement scientifiques à un domaine qui jusque là le les appliquait pas.
  • Elle s'échelonna sur plusieurs décennies afin d'évaluer sur le long terme les conséquences de l'expérience, suivant jusqu'à aujourd'hui dés individus ayant plus de 40 ans.
  • Selon le prix Nobel d’économie James Heckman, qui a mena une analyse détaillée du programme, il s’agirait de l’investissement éducatif le plus « rentable » pour la société.
Plus rentable, c'est-à-dire ? Les enfants ayant bénéficié d'un suivi dés le plus jeunes âge affichent de meilleurs résultats dans presque tous les domaines : meilleure réussite scolaire, accès à l’enseignement supérieur plus large, chômage plus faible et meilleurs revenus, meilleure santé, moindre risque de délinquance.
Le problème est que c'est précisément la petite enfance qui est la plus négligée par l'Etat. Que c'est à ce moment là, par conséquent, que les inégalités naissent et se creusent, avant même l'arrivée en maternelle. J'en parle dans mon livre. C'est le problème que Parler Bambin par exemple s'efforce de résoudre en travaillant auprès des jeunes parents. Mais au-delà du travail formidable de certaines associations, que fait l'Etat ?
📊 Quel topo en France ?
Le 1er degré (maternelle et primaire) représente seulement 30% de l'ensemble des dépenses, mais ne représente les investissements qu'à partir de 3 ans. Les crèches quant à elles relèvent d'un autre système de financement (mairies + CAF), et ne sont même pas du ressort de l'Education Nationale, alors même que la recherche démontre leur très grande rentabilité.
Dépense intérieure d'éducation en 2017 en France
Dépense intérieure d'éducation en 2017 en France
Conclusion quelque peu paradoxale : en terme d'éducation, l'Etat investit peu à l'âge où ce serait pour les enfants le plus rentable. On peut même dire que le catégorie 0-3 ans est sous-investie.
Annoncé il y a peu, le “plan pauvreté” de Macron se propose de changer la donne, en rendant la crèche plus accessible aux familles défavorisées. Tout cela va dans le bon sens, néanmoins, dans un article consacré au sujet, Florent De Bodman, le fondateur de 1001 mots, souligne l'importance des familles en complément des crèches : “au-delà de la crèche, 88% des enfants pauvres de moins de 3 ans sont gardés par leurs parents : cette proportion restera ultra-majoritaire dans 20 ans. Il est donc crucial que ces enfants bénéficient d’un environnement familial plus riche et stimulant.”
Alors, que l'Etat peut-il faire pour agir directement auprès des parents ? Il semble reconnaître l'urgence de former déjà les professionnels de la petite enfance. Mais peut-il ou doit-il aller jusqu'à former les futurs parents ? Les PMI dans ce cadre, ont peut-être un rôle à jouer. Florent Bodman évoque par ailleurs des expériences assez concluantes aux Etats-Unis dans ce domaine.
Rendez-vous dans 10 ans pour voir si la France, en matière d'inégalités, a pris le taureau par les cornes ou se contente, comme trop souvent en matière d'éducation, de bricoler un système foncièrement et notoirement inefficace.
Bonne soirée à tous,
Matthieu
🎦 PS : cette semaine, je reviens sur “Préparons nos enfants à demain” sur les Maternelles, et dans Femme Actuelle.
✍️ Pour ceux d'entre vous qui sont Bordelais, j'aurai le plaisir d'être à la Librairie des Chartrons samedi 12 janvier à 10h30 pour parler du livre. Je serai heureux de vous y croiser.
⭐️ Enfin, si vous avez sauté le pas et choisi de lire mon livre, n'hésitez pas à laisser votre commentaire sur Amazon ou la FNAC, cela m'aide beaucoup !

Avez-vous aimé ce numéro ?
Matthieu Chereau

Hors-programme ? Parce que nul ne sait de quoi demain sera fait, que l'avenir de nos enfants se joue en partie en dehors de l'école, et que l'école elle-même revoit ses méthodes et ses programmes.

Chaque semaine, je traite d'une idée en quelques liens pour voir comment aujourd'hui nous pouvons préparer nos enfants à demain.

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