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Hors Programme - Mon pavé dans la mare ! #13

Bonjour à tous, Vous vous souvenez peut-être de cet article du New York Times qui avait fait sensati
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Hors Programme - Mon pavé dans la mare ! #13
Par Matthieu Chereau • Numéro #13 • Consulter en ligne

Bonjour à tous,
Vous vous souvenez peut-être de cet article du New York Times qui avait fait sensation : un journaliste relatait une conversation avec Steve Jobs, qui avouait interdire à ses enfants de toucher à un ipad. Cela n'empêcha pas Apple de développer une offre à destination des écoles. Question d'usage sans doute, et non de principe.
Il y a peu, le New York times revenait sur ce sujet clé mais compliqué à travers deux articles passionnants. Le premier article persiste et signe en donnant la parole à ces parents qui - toujours dans la Silicon Valley - voient dans les écrans littéralement la figure du diable ! “On the scale between candy and crack cocaine, it’s closer to crack cocaine” confie une mère. Le second article décrit dans ce contexte la position des nounous : les parents depuis peu leur demandent d'éloigner leurs enfants des écrans et vont jusqu'à inclure dans les contrats des clauses leur interdisant d'utiliser leurs téléphones portables.
Ces articles sont a prendre avec des pincettes : pourquoi ces parents se comportent-ils ainsi ? Est-ce par mimétisme, ou parce que - ayant à présent le recul nécéssaire - ils comprennent les dangers liés aux écrans. Peut-être préfèrent-ils seulement que leur enfants s'éveillent au travers de relations humaines, et soient entourés de regards, de paroles et de rires. Dis ainsi, cela semble évident.
Ces articles s'inscrivent dans le prolongement d'une partie de mon livre, dont voici un dernier extrait.

📖 Extrait
Les parents, l'école et la nourrice
On sait l’importance qu’ont les premières années dans le développement du cerveau et de l’activité mentale. Ce développement est influencé au moins par deux choses : la présence d’adultes auprès de l’enfant qui l’écoutent, parlent, accompagnent ; et les habitudes qu’ils transmettent, en termes de langue, d’alimentation ou encore d’usages. Sur le premier point, aujourd’hui, présence et absence vont souvent de pair. Un père me confiait que sa fille de 2 ans et demi fermait parfois son ordinateur en lui demandant d’arrêter. Quand on en arrive là me disait-il, c’est qu’on a perdu. Perdu dans notre rôle de parents, qui est d’être pleinement présents. Quant aux habitudes : notre dépendance ou a minima notre fascination pour les prothèses cognitives est partagée et exhibée sans réel recul, faisant de nos enfants des témoins qui demain nous imiteront et deviendront des victimes collatérales. Ce double problème de présence/absence et d’addiction induite nous concerne tous : parents et éducateurs.
Sans doute l’archétype qui symbolise tout entier ce problème est-il celui de la nourrice, qui passe son temps au téléphone, quand elle ne le regarde pas, passant le temps comme elle peut, avec un enfant à côté d’elle. Entre fascination légère et addition profonde, nous sommes tous concernés par ce phénomène et pour l’heure livrés à nous-mêmes. Les enseignants disposant de tablettes doivent apprendre et comprendre sur le tas les enjeux liés à ces outils, ou subir et transmettre la fascination qu’ils éprouvent pour eux. L’enjeu est pour tous de prendre conscience de cela, sans être éblouis par la capacité de ces prothèses à enrichir notre rapport à la connaissance, ou notre capacité à transmettre plus ou mieux. Ce qui se joue chez l’enfant, à travers la transmission des connaissances, est avant tout d’ordre psychologique. En interagissant directement avec ses parents et les éducateurs, il forge sa relation à lui-même et à l’autre. Dans cette relation, le rôle des prothèses ne peut être neutre.
Quid de la nourrice ? mon pavé dans la mare
Vous devinez peut-être ce qui suit. Nous sommes en France. Au pays qui vient d'interdire les téléphones mobiles dans les écoles. Au pays qui sait à quel point parler à son enfant dés le plus jeune âge est clé. Au pays qui vise à faire de l'école un outil de réduction des inégalités, alors même que l'on sait aujourd'hui que ces inégalités sont creusées par le rapport qu'entretiennent les familles aux écrans (comme l'indique un autre article du NYTimes).
Dés lors, ne faut-il pas faire en sorte que les nourrices, si présentes dans les grandes métropoles, n'utilisent plus leurs portables lorsqu'elles s'occupent de bébés. Il en va de même pour les assistantes maternelles. Bien sûr, il faut préférer à l'approche contractuelle anglo-saxonne une démarche préventive de formation et d'information. La question n'est plus tant de savoir si cela est souhaitable, mais s'il est responsable de ne pas le faire.
Vous partagez cette analyse ? N'hésitez pas à partager ou réagir. En fonction de vos retours, j'en tirerai peut-être une tribune !
Bonne fin de week-end à tous,
Matthieu
Ps : “Préparons nous enfants à demain” sort la semaine prochaine. Hâte de pouvoir échanger sur les idées qui s'y trouvent !
Gilles Babinet
Merci @matthieuchereau je l'ai entrouvert et ça a l'air passionant ! https://t.co/1jmp4XN9hB
9:42 PM - 10 Nov 2018
Avez-vous aimé ce numéro ?
Matthieu Chereau

Hors-programme ? Parce que nul ne sait de quoi demain sera fait, que l'avenir de nos enfants se joue en partie en dehors de l'école, et que l'école elle-même revoit ses méthodes et ses programmes.

Chaque semaine, je traite d'une idée en quelques liens pour voir comment aujourd'hui nous pouvons préparer nos enfants à demain.

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