La ménopause de Marie Curie

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Klaire fait Grr
Klaire fait Grr
Vous pensez à quoi, vous, si je vous parle de sable ? 
Moi je vois plein de choses, je vous les dis en vrac, pof, n’allez pas y voir un ordre d’importance, on n’est pas chez ma psy ou topito.
Je vois le top 10 des plages de sables fin, le genre de diaporama qu’on fait réaliser à des pigistes sous-payées aux yeux en néon de RER, qui n’ont pas vu la mer depuis et ne la verront pas avant, diapos astucieusement mis en page pour faire cliquer un max des gens qui eux même se crèvent d’emmerdes dans les néons d’un RER poisseux, d’un RER-Poissy, j'ai toujours confondu les deux.

Top 10 des endroits vachement plus loin que Poissy.
Top 10 des endroits vachement plus loin que Poissy.
Je vois aussi le sable en voie d’extinction, si, vraiment, le sable est en voie d’extinction et c’est une des deux mille catastrophes environnementales qui nous tend les bras en chialant qu'on ne la voit pas. Qu’on est encore trop occupé.e.s à entendre des blaireaux parler de la ménopause de Sandrine Rousseau, heureusement que les blaireaux sont là pour veiller, dites, heureusement qu'il sont là pour checker le timing, attendez, ça devait bien faire deux minutes qu’on n’avait pas invalidé la parole d’une meuf parce qu’elle avait trop ses règles ou pas assez, alors vous pensez.
Les catastrophes environnementales sont des petits machins qui chialent probablement de désespoir, tous les soirs, en se resservant un chardonnay de plus, un chardonnay de trop, je sais, mais sérieux, j’en peux plus Jacqueline, là je crois qu’ils vont nous faire une comédie musicale sur Bernard Tapie, était-il bon était-il mauvais, et moi, petit sable en voie d’extinction à la con, qu’est-ce tu veux que je fasse pour lutter, donc tu vois, le Chardonnay. (Reprise du choeur : “le chardonnay ! le chardonnay !”)
Selon vous, combien de temps ai-je passé à rigoler d'une marque qui s'appelle Chardonnay 2000 alors que c'est probablement juste l'année de récolte ouais bon ça va.
Selon vous, combien de temps ai-je passé à rigoler d'une marque qui s'appelle Chardonnay 2000 alors que c'est probablement juste l'année de récolte ouais bon ça va.
Je vois le sable du bac à sable pour les enfants et je me demande avec quoi on fera jouer les enfants quand il n’y aura plus de sable à trop y mettre la tête dedans, peut-être qu’ils joueront à Bernard Tapie, remarquez, au point où on en est. Moi je fais Bernard le combatteur de l’extrême droite, oh nan, je veux pas faire Bernard le magouilleur, eh bah si Jacqueline, chacune son tour. Remarquez que je mise sur un retour du prénom Jacqueline, cette newsletter prend décidément tous les risques.
Et puis, il y a ce truc des sables mouvants. 
Voilà plusieurs jours que je pense aux sables mouvants, avec une image très précise en tête dans un désert de sable, une image de type Tintin au Racistan, je ne sais plus si il y a vraiment un Tintin avec des sables mouvants, mais je suis à peu près sûre que notre imaginaire collectif produit la même image de sable mouvant, un truc dans lequel on s’enfonce par les pieds, et puis très vite, un conseil de type : il ne faut pas bouger, pas lutter, car plus on se débat plus on s’enfonce.
Cette semaine, je me suis renseignée sur Méduse, le personnage mythologique, et j’en ai profité pour aller vérifier un truc, en débunkeuse de l’extrême, et voilà donc mon conseil santé du mois : non, ça ne sert à rien de faire pipi sur une piqûre de méduse. Vous allez me dire qu’on est passés du sable au pipi mais laissez-moi deux secondes, j’arrive. Dans le cas du pipi-méduse, je pense qu’on peut blâmer à 90 % un épisode de Friends comme étant à l’origine de cette légende urbaine. Pour la croyance que dans les sables mouvants il faut pas bouger, je sais moins d’où ça vient, et j’ai une flemme infinie de googler tintin+sable.
Mais je pensais aux sables mouvants, et je vais vous dire : vous y pensiez aussi. Parce que la question est partout en ce moment. Vous y pensiez comme j’y pensais, parce que vous voyez partout, tout le temps, notre facho mascu national numéro 1, si si vous voyez de qui je parle, celui qui se présentera peut-être à la présidentielle, ou peut-être pas, mais regardez le score qu’il ferait et invitons-le partout tout le temps pour en parler, et invitons la terre entière pour parler du fait qu’il ne faut pas l’empêcher de parler. Demandons-lui son avis sur la pêche aux moules et le Maréchal Pétain, vraiment, ça manquait au paysage, l'avis de Faf 2000 sur nos frontières et la ménopause, merci. 
Et donc, je me posais la question de parler de lui, dont je n’ai pas envie d’écrire le nom déjà trop lu ni les idées qui puent. Mais en n’en parlant pas j’en parle encore, mais est-ce lui laisser la place que de ne pas en parler. Et donc, les sables mouvants. Est-ce que plus on s’agite contre lui, plus on s’enfonce ? Ou est-ce qu’au même titre que pisser sur les chevilles de son pote à la plage, c’est pas comme ça que ça marche.
Alors j’ai été voir sur Wikipedia, et j’en ai appris des choses que je vous récap.
1. Figurez-vous qu’on appelle aussi les sables mouvants des « lises », et bon, bah je pense qu’on peut en déduire sans réveiller l’académie française de dedans sa tombe que c’est de là que vient le terme « enliser », alors, non, ça fait pas avancer la choucroute, mais enfin au moins on aura appris un truc.
Je mange pas de choucroute alors je vous ai mis un bretzel.
Je mange pas de choucroute alors je vous ai mis un bretzel.
2. Apparemment, un corps pris dans un sable mouvant n'est pas aspiré par le fond, mais flotte. Bon, c’est déjà plus sympa, après moi j’ai clairement décroché sur la physique-chimie dès la première semaine de seconde B donc comptez pas sur moi pour vous expliquer le pourquoi du comment, je suis pas Marie Curie.
3. Je pense que le fantôme de Marie Curie est l’entité la plus saoulax de la terre, vu qu’à chaque conversation sur l’invisibilisation des femmes dans l’Histoire, les Sciences, ou la Politique, il y a un Jean-Michel SIJPEUXMEPERMETTRE qui lève le doigt en disant AH NAN si je peux me permettre, on n'a pas invisibilisé toutes les femmes puisqu'il y a tout de même MARIE CURIE !! Et à chaque fois qu’un Jean-Mi nous la sort (la phrase, rien d’autre, tenez-vous un peu), à chaque fois le fantôme de Marie Curie lève les yeux au ciel d’être utilisée comme une caution inébranlable, une botte secrète increvable du mille bornes mascu, comme si la carte joker Marie Curie annulait des centaines d’années d’invisibilisation politique. Les mecs réinventent l’homéopathie, sans déconner. On a plongé Marie Curie dans une piscine olympique remplie de meufs passées au tipex et c’est censé faire le taf. Me demande même si les yeux du fantôme de Marie Curie ne sont pas complètement collés en haut, maintenant, à force de se lever au ciel.
4. Bien conscience que le petit 3 s'éloignait un poil du sujet, donc bon.
5. En revanche, voilà ce que je lis comme conseil, (notez néanmoins que ça manque de sources, donc scientificos de mon lectorat, n'hésitez pas). Ça dit que « Pris dans un sable mouvant, il vaut mieux ne faire que des gestes doux, afin d'éviter toute nouvelle liquéfaction, et tenter de ramener de l'eau autour de ses membres, en se laissant flotter » D’accord. Bon. Des gestes doux. Comme avec le shampoing antipelliculaire mes petits lapins, ça sert à rien de vous tartiner d’un truc à mille boules si c’est pour vous irriter le cuir chevelu avec, ça n'engendre que davantage de pellicules, c’est contreproductif, voilà, après les prénoms : les conseils beauté, watch me faire sponso cette newsletter par Grazia. Mais attendez, le mieux, c’est la phrase qui suit - on est revenues aux sables mouvant, hein, pas au shampoo : « Il faut éviter de trop s'agiter, mais plutôt occuper plus de surface pour augmenter l'interface de contact.
Je vous mens pas.
Je vous mens pas.
Et là mes enfants, quand j’ai lu ça, j’ai eu l’impression que Wikipedia s’adressait directement à nous, à moi, et répondait directement à mes interrogations concernant Fafos Premier, comme si l’encyclopédie savait TRÈS BIEN ce que je cherchais avec mon sable, comme si c’était légèrement grillé que j’habitais pas sur le Mont-saint-Michel, ah la la, quel détail avait donc bien pu trahir l’héroïne, était-ce le fantôme de Marie Curie qui soufflait des détails à l’encyclopédie virtuelle ou l’adresse ip située à Paris Belleville, allez savoir.
« Il faut éviter de trop s'agiter, mais plutôt occuper plus de surface pour augmenter l'interface de contact. » Bon. Voilà donc ce qu’il nous fallait faire me dis-je, occuper la surface, ne pas trop s’agiter mais occuper la surface, même quand on nous renvoyait à nos ménopauses, occuper la surface, le terrain, faire exister d’autres discours, d’autres futurs, d’autres choix que la peste ou le choléra, faire exister la possibilité d’un futur désirable, la possibilité d’un bac à sable. Quand on avait 10 ans, on nous avait promis les voitures qui volent, ce ne sera pas les voitures qui volent, mais ça pourrait encore être la possibilité d’un bac à sable. 
Ceci n'est pas sans rappeler cette incroyable story de votre servitrice.
Ceci n'est pas sans rappeler cette incroyable story de votre servitrice.
Bien sûr, il y a ceux qui quand on leur dit sable ne voient rien de tout ça. 
Ni le sable fin des palmiers, ni les jeux de la récré, ni les sables mouvants, qui ne voient que le sable des plages que foulent des exilé.e.s, et qui n’y pensent pas dans un solidaire désespoir, mais parce que pour eux y’en a marre, que chacun chez soi et les poules seront, qu’on ne peut pas accueillir toute, que c’était mieux avant, et que la mer c’est dégueulasse, les migrants meurent dedans.
Il y a ceux-là et surtout ceux qui disent tout haut qu’on a le droit de penser ça, qui disent partout et tout le temps qu’on ne peut plus rien dire.
Face à ceux-là, c’est dur de la fermer, de simplement comme le fantôme de Marie C. lever les yeux au ciel ou les garder carrément collés. « Il faut éviter de trop s'agiter ». Peut-être. Peut-être aussi qu’il faut s’agiter. Je ne sais pas, et soyons honnêtes deux secondes : on est en train de prendre des conseils de la page wikipedia des sables mouvants, on a vu plus scientifique comme démarche.
« Mais plutôt occuper plus de surface pour augmenter l'interface de contact. »
Ça je pense que ça joue. « Occuper plus de surface », si j’oublie deux secondes le fait que j’ai l’impression d’entendre un commentaire de foot sur la « surface de réparation » et que j’ai longtemps cru que c’était le nom d'une zone pour se remettre un peu de ses émotions pendant un match, « occuper plus de surface » je pense qu’on peut suivre ce conseil. Donner à entendre, à voir, d'autres voix. 
Par ailleurs, je crois qu’on aurait besoin de surfaces de réparations, non ? Il faut qu’on réfléchisse à ce truc. Je ne sais pas, peut-être que ce serait des lieux, comme les sanisettes à Paris, où on pourrait se remettre de micro-agressions, genre vous venez de voir un type qui se frotte salace à une barre du métro, ça vous hantera peut-être toute la vie mais là tout de suite vous pouvez faire un break dans une petite surface de réparation. 10 minutes entourées de chats hypoallergéniques, une interview de Céline Sciamma doucement diffusée dans vos oreilles, une tisane au miel, et des chaussons en chamallow. (Nan, compliqué la logistique du chamallow, désolée, j'annule.)
Ou peut-être que ce n’est pas un lieu mais un temps, comme on entendait parler d’années sabbatiques il y a 15 ans, des étoiles dans les yeux, il a pris une année sabbatique, on aurait droit après une rupture amoureuse, un burn-out ou un échec de fiv à une surface de réparation – elle est en surface de réparation. Un moment où personne n’aurait le droit de vous faire chier. 
25 heures de boulot par semaine et le reste du temps, une surface de réparation, pour se réparer soi ou réparer les autres, pour réparer les bacs à sable et s'occuper de ses vieux. 
Je vais pas vous mentir, je n’ai pas complètement l’impression qu’on s’oriente politiquement vers une organisation de la surface de réparation. J’ai l’impression que toute la surface est dédiée à briser, essorer, jeter, plus qu’à réparer. Les techniciennes de surfaces de réparation s’applaudissent à 20 heures et puis meurent.
Mais on peut continuer d’occuper la surface. C’est déjà ça.
De mon côté, écoutez, j’occupe la surface sur la scène de la Comédie des 3 Bornes tous les jeudis soir, si vous êtes ou passez à Paris, venez nous voir.
Ah vous croyiez vraiment que j’allais pas réussir à placer un peu de promo dans les sables mouvants ?
Bon.
Eh ben je vous souhaite de ne pas vous faire piquer par une méduse.
C’est déjà ça.
Klaire.
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Klaire fait Grr
Klaire fait Grr @klaire

Je vous promets rien du tout. Sauf éventuellement de mettre minimum un slip quand j’écrirai cette newsletter, partons sur ça. De toute façon, au point où on en est.

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