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La fourberie des bateaux-mouches

Klaire fait Grr
Klaire fait Grr
Je cherche, mes lapins.
Je vous jure que je cherche.
Quelque chose qui dans ce merdier pourrait nous faire du bien.
Bien sûr il y a les bols de frites, les drogues douces, et le ronronnis d’un petit chat, mais ça n’est pas franchement recommandable pour la santé. Bah sauf le chat mais je suis allergique.
Ma vie aurait été drôlement différente si j’avais été allergique aux frites, pense alors la narratrice, songeuse. Vous avez de la chance que j’aie la flemme et pas un rond pour faire des courts-métrages, oh lala. Je vous aurais fait un truc en noir et blanc avec des types déguisés en cornets de frites géants.
Extérieur jour, il pleut.
L’héroïne, marchant au ralenti sur la plage pour mieux ressasser les erreurs de sa vie sur une chanson de Vincent Delerm croiserait ces types habillés en cornets. Mais allergique aux frites, elle ne pourrait s’en approcher. Les types-cornets-de-frites se multiplieraient, la route de l’héroïne se rétrécirait, il lui deviendrait impossible de marcher sur la plage, et elle finirait par devoir se jeter à l’eau, seul chemin libre de frites.
Cœur de public qui se serre, on bat la chamade, une larme se prépare dans le couloir de l’entrée, quand SOUDAIN… la mer est en fait un océan de mayonnaise. L’héroïne qu’on croyait voir se noyer se mettrait finalement à marcher sur l’eau devenue sauce épaisse, messie-mayo des temps modernes. Elle serait dans la foulée accueillie au patelin d’en face comme une demi-déesse et prodiguerait des conseils tels qu’Aimez-vous les unes les autres, Sortez couverts et Arrêtez bon sang avec les blagues sur les vegan, conseils qu’on graverait désormais aux frontons des églises.
Non, vraiment, vous avez de la chance.

Bon il faut les imaginer en noir et blanc, aussi.
Bon il faut les imaginer en noir et blanc, aussi.
Enfin revenons à nos moutons.
Écoutez, si vous voulez je vous raconte l’histoire de cette expression, voilà ce que je peux faire, ça ne remplace pas un ronronnis mais pendant 5 minutes vous ne penserez pas à l’apocalypse climatique, à Jean-Michel Blanquer, ni à la visite du Fachistan dans laquelle on s’est visiblement toutes et tous fait embarquer, genre on savait pas mais on nous a collé un voyage de groupe obligatoire en un bateau-mouche, et ohhh regardez sur votre droite un petit négationnisme !  Et maintenant sur votre gauche je vous laisse admirez des discours sur le « grand remplacement » sans la moindre contradiction ! Et puis jetez un œil sous le pont où on attaque des journalistes ! Frétillement dans l’équipage, avec un peu de chance tombera dans la Seine un type sans papiers dont on pourra faire voter le groupe pour savoir si on lui lance une bouée ou pas : ne vous inquiétez pas, la péniche est équipée. Pas en bouée de sauvetage, hein, en machines à voter.  
Ah on ne l’avait pas vu venir, le tour-operator 2022. Enfin si, on l’avait vu venir, mais on pensait pouvoir y échapper, on ne comprend pas bien comment on s’est retrouvés embarqués sur un bateau-mouche avec la voix de Pascal Praud dans des enceintes moisies qui nous dit où regarder. On ne comprend pas bien, on voudrait bien descendre, faire demi-tour, mais on est coincos avec un badge autour du cou et un panier-repas. Alors on panique, on sidère, on suffoque, on se dit qu’on va se réveiller, mais non, alors on ne sait plus quoi faire. Dans le panier-repas, il y a des frites, alors on raconte une histoire de frites, pour se raccrocher à quelque chose. Tout le monde aime les frites, ça devrait nous rassembler, ça devrait créer une adelphité de la patate.
Dites donc, pour une meuf qui vous promet de vous faire penser à autre chose, pour l’instant, ça foire pas mal, hein ? Oui, je sais. Mais comme ça, vous voilà en train de me tirer la manche, de réclamer de quoi vous changer les idées ! Ohhhh, s’il te plaiiiit change nous les idées ! Eh bien d’accord, puisque c’est demandé gentiment.
Alors, voilà, il faut que je vous raconte La Farce de Maitre Pathelin. Oui, dit comme ça, ça ne fait tellement pas rêver qu’on est à ça de remonter sur le bateau-mouche, mais en fait vous allez voir ça va, et je vais faire des petits dessins pour que tout le monde suive bien.
Alors à la base, il y a un type qui s’appelle Maitre Pathelin qui est avocat et qui rencontre un souci logistique.
Alors ni une ni deux, Maitre Pathelin se rend chez le drapier Guillaume. (Jusqu’ici, hein, un mardi matin comme tous les autres me direz-vous. Donc il se rend chez Guigui le drapier)
Seulement, notre avocat vit dans la débauche, c’est-à-dire qu’il craque toute sa thune en Maserati, donc il n’a pas de quoi payer le drapier. Evidemment, il ne lui dit pas le fourbe. À la place, notre Pathelin emporte la came, invite le drapier Guillaume à diner et lui dit qu’il le paiera chez lui au dîner. Guigui n’est pas ravi mais bon ok.
Le soir venu, le drapier se rend donc chez le couple Pathelin pour se faire payer. Là, mari et femme lui jouent une comédie pas piquée des hannetons à base de mari mourant.
(En fait, il ne se meurt pas, le fourbe.)
Bien sûr, dans ces conditions, impossible pour le drapier de récupérer son argent. Il s’en va, dégouté, persuadé que c’est le diable lui-même qui lui a joué ce vilain tour. Fin de l’épisode 1. Vous êtes toujours là ? Ok, cool.
Le drapier retourne alors vaquer à ses occupations, quand soudain, il tombe sur un berger du nom de Thibaut l’Agnelet, drôlement pratique comme nom pour un berger me direz-vous.
Là, le drapier reconnait Thibaut, et ce n’est pas une bonne nouvelle genre oh Delphine salut qu’est-ce que tu deviens depuis la fac, non c’est moins sympa comme rencontre.
Accuse le drapier.
Et il a RAISON. En effet, Thibaut est tout à fait coupable d’avoir mangé les bêtes du drapier, en prétextant une sombre histoire de maladie contagieuse à éviter, mais le drapier a découvert le pot aux roses.
 
(Trop tentant désolée, il y en a qui reprennent la clope ou le sucre, moi je retombe dans la blague du pot-au-rose, pardonnez la rechute)
Toujours est-il que notre drapier décide de poursuivre en justice Thibaut l’Agnelet. En toute logique, Thibaut se choisit un avocat. Un avocat qui tiens tiens s’appelle… Maître Pathelin.
S’exclament alors en chœur tous nos personnages, non c’est faux j’invente mais quand même ils auraient pu moi j’aime bien quand tous les personnages s’exclament des trucs en chœur après bon chacun ses goûts.
On se retrouve donc au tribunal. Là, le drapier découvre que l’avocat de son mangeur de mouton n’est autre que… Pathelin, son mauvais payeur, et voyez-vous ça lui chauffe les nerfs, et ça vous aurait fait pareil à sa place.
De son coté, Maître Pathelin conseille à son client Thibaut de se faire passer pour un idiot devant le tribunal, grâce à une technique de fourbasse qui consiste à… répondre à toutes les questions et accusations par des bêlements. 
Et ça MARCHE.
Pire encore, le drapier passe pour un homme qui n’a pas toute sa tête, car il tente d’accuser à la fois Thibaut pour avoir mangé ses moutons et Maître Pathelin pour le vol de ses draps en se faisant passer pour mourant, ce qui est tellement beaucoup à gérer qu’il s’embrouille. 
Le juge, face à cet homme qui s’emmêle complètement les pinceaux, trouve que l’histoire part un peu en cacahuète et aimerait bien recentrer le débat, parce qu’on n’a pas toute la vie devant nous non plus. Alors, le juge dit :
Et voilà, mes petits lapins, d’où nous vient cette expression. C’est fou, hein.
Enfin je vous raconte quand même la fin de l’histoire. Comme on s’en doute, Thibaut l’Agnelet gagne son procès. Vient alors le moment de payer son avocat, Maitre Pathelin.
Eh ouais mes petits potes. Thibault, qui a super bien intégré la technique de « bêler à la place de répondre » enseignée par son avocat, fait le même coup à son avocat et pouf, c’est l’arroseur arrosé, on l'a bien eu le Pathelinos.
Et voilà. Ça date du 15e siècle, et c’est tellement un festival du plus malhonnête qu’on se croirait dans une affaire de l’UMP racontée dans une enquête Mediapart (abonnez-vous, c'est à peu près tout ce qu'il nous reste avec les frites).
Voilà, bah ma mission est accomplie. Qu’est-ce que je peux faire de plus ?
Parce que j’ai cherché, hein.
Et sur le premier lien disponible, je suis tombée sur des conseils de qualité, tels que ceci.
Ehhhh bah avec ça hein, vous êtes bien avancé.e.s. Vous comprenez maintenant que j’ai préféré vous parler cornets de frites.
J’en profite pour vous dire que je réalise un court métra. Eh non, quand je vous dis que vous avez de la chance. En revanche, si vous passez à Paris, je joue mon spectacle le jeudi soir, alors venez. Je sais que vous n’avez toujours pas compris de quoi ça parlait mais faites-moi confiance.
C’est garanti sans bateau-mouche.
À bientôt,
Klaire.
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Klaire fait Grr
Klaire fait Grr @klaire

Je vous promets rien du tout. Sauf éventuellement de mettre minimum un slip quand j’écrirai cette newsletter, partons sur ça. De toute façon, au point où on en est.

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