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Gérard et le Haricot Magique

Klaire fait Grr
Klaire fait Grr
Salut la compagnie ! 
Eh ouais, c'est le retour de la newsletter, c'est la rentrée des classes, cartable trop grand, mal de bide, je suis votre professeur principal et super nouvelle vous aurez piscine tout le premier trimestre, envie de mourir, agenda neuf mais le Carrefour pas celui avec les citations de Ben, profession des parents, anxiété sociale, eczéma et pellicules, carte de cantine, pile pas assez pour être exemptée de piscine toute l'année, sonnerie, ET FIN DU MAUVAIS RÊVE les enfants, on est adultes, et la rentrée des classes est une newsletter, ohhh la la youpiiii. 
Je vous demande pas comment vous allez, vous avez eu trop chaud ou pas assez, donc, je vous demande pas. 
Mais en ce qui me concerne, j'ai fait mes devoirs, quand même. Avant-hier, intimidée par la reprise de cette newsletter de rentrée - comment s'habiller et quelle tenue dit j'ai de l'eczéma mais je suis cool, une surchemise, nan ? Ouais, une surchemise - j'ai eu l'idée lumineuse de vous demander de me filer 10 mots à placer dans le texte de cette lettre, comme je le fais d'habitude avec les challenge poésie. 
Le texte qui suit est une Lettre à Gérard, et intègre vos 10 mots élus qui sont : 
lobbygouinerouflaquette - nyctalope - mâchicoulis - esperluette - callipyge - pantouflarde - ratiboiser - ectoplasme - rutabaga.
Ils sont en gras dans le texte. À tout à l'heure. 

Cher Gérard,
Je vais t'appeler Gérard, je vais te tutoyer, je vais faire ça, parce que bon, depuis le temps, j'ai l'impression de te connaître, même si je ne prétends pas en savoir autant que la psy que tu n'iras pas voir car c'est un truc de gonzesses qui transformerait ta virilité en frites-mayo. 
Je te connais car je t'ai fréquenté quelques fois, travaillé pour toi à l'occasion, et croisé des millions de fois sur facebook, dorénavant ton Royaume. 
Je te connais, c'est toi qui penses que je suis féministe parce qu'aucun mec ne veut me baiser et que j'ai la flemme de me ratiboiser sous les bras. Je te connais, ta blague préférée est de parodier l'écriture inclusive en collant des points partout, ça te fait pas mal marrer comme blague, ça, Gérard, des fois tu tires un peu la langue tellement tu t'appliques, des fois pour te foutre du truc tu signes même Gérard·e, et chaque fois que tu fais ça la psy que tu ne vois pas plonge ses frites dans la mayo. 
Tu as vachement peur de ce qui pourrait changer, Gérard. Je le sais, j'ai mon diplôme de frites, tu as vachement peur alors tu t'accroches. 
Et le langage, c'est à toi, tu as peur qu'on te le pique, tu as peur qu'on te le tire, eh Gérard, regarde comme c'est marrant, tu as peur qu'on te tire la langue. Intéressant, continuez, vous voulez du ketchup ? 
Je vais te raconter un truc, Gérard, un tout petit truc. Tu vois l’esperluette, ce petit signe qui veut dire “et”, ce truc là qu'on trouve dans Marks&Spencer, tu savais peut-être pas que ça s'appelait comme ça mais tu vois, moi je le sais parce qu'à chaque fois que je demande des mots aux internautes ils me calent esperluette, à chaque fois, ils ont la maladie de l'esperluette, je pourrais te dire iels ont la maladie de l'esperluette mais je sais que t'es pas prêt, alors je fais un effort mais essuie-toi, t'as de la mayo sur le menton.
L'esperluette, elle vient du fait que les copistes médiévaux, les dactylos de l'époque, utilisaient des abréviations pour aller plus vite. Alors e+t, comme ça revient souvent, c'était pratique de l'abréger. Tu faisais pas des abréviations quand tu prenais des notes au lycée, Gérard, si, bah voilà, pareil. T'as déjà lu des petites annonces où on paie au nombre de caractères, bah s'agit d'être inventif, là pareil.
Tu sais, apparemment, en France on n'utilisait l'esperluette que pour remplacer le mot “et”, mais en Angleterre c'était carrément chaque fois qu'il y avait les lettres “et”, genre Oh la la il fait froid m&s ton bonn&. Il est clair & n& que l'hiver est arrivé ! 
Je t'ai perdu, là Gérard, je le vois bien, tu te gratouilles les rouflaquettes en te demandant si c'est du lard ou du cochon, bah c'est la vérité, Gérard, et pourquoi je te raconte ça. 
Parce que tu trouves ça illisible, c'est normal, c'est la première fois que tu vois ça. Moi, la première fois que j'ai vu un rutabaga, j'ai dit non merci j'aime pas trop la betterave, donc tu vois. Je te raconte ça Gérard, pour te dire que le langage c'est un truc mouvant, un truc qui se bidouille, pas un truc qui est un jour tombé du ciel tel que tu l'as appris, et qui s'autodétruirait si on y touche.
Tu vois, finalement, dans notre histoire, le mot “et” n'a pas disparu, il a juste gagné un équivalent abrégé. Je vais te dire, le point médian, ça m'étonnerait que ça reste tel quel, c'est peut-être une transition, par exemple auditeurices est en train de s'imposer plutôt que auditeur·ices, c'est pour ça que j'ai l'impression que le point médian est un passage vers des nouveaux mots. T'as vu Gérard, tu m'écoutes Gérard ou tu lèches juste le sel sur la table, là ? T'as vu, j'ai pas utilisé auteurice, je le sais que tu trouves que autrice c'est laid je suis sympa Gérard, mais je suis pas sûre que la table était très propre avant donc je serais toi j'éviterais mais je te reprends des frites si tu veux, faut que j'aille au comptoir parce que sinon ils me voient pas ici je suis un ectoplasme dans ce bar comme dans tous les bars maiss écoute mais ça me dérange pas j'irai pisser au passage. 
Ce que je veux te dire Gérard, c'est qu'il faut que tu arrêtes d'avoir peur, comme si on allait te retirer ton doudou. 
Pendant longtemps, l'alphabet français comptait 27 lettres, et non 26, tu le savais Gérard ? La 27e lettre, quand on apprenait l'alphabet aux enfants, c'était l'esperluette, ça faisait X-Y-Z-&. Et puis ça a changé. Parce que la langue, ça change. Si tu veux Gérard, tu peux apprendre le latin, c'est une langue morte ça ne bougera pas, ça sent l'éclairage à la bougie et les flèches dans le mâchicoulis mais tu peux. C'est chouette le latin. C'est joli, une langue pour les morts. Mais pour les vivant·e·s, nous, on aura une langue qui bouge, qui se métisse, qui se réinvente, qui peut-être intégrera un jour des emojis, bah qu'est-ce que ça peut foutre Gérard, si y'a de la poésie dans les émojis ? 
Arrête d'avoir peur Gérard, ce n'est pas ton enfance qu'on enterre quand on modifie les règles de l'orthographe, je le vois bien que c'est à ton enfance et à ton zizi que tu t'accroches quand tu t'obstines à dire mademoiselle. Ils n'ont plus de frites, Gérard, je t'ai pris des accras. Tu connais Aphrodite, Gérard ? C'est ça, une déesse, la déesse de la beauté et des accras de morue. Hein, bah oui je déconne, nan pour la beauté je déconne pas, eh fais un effort, Gérard, quand même. 
Eh bien Aphrodite a une tonne de statues à son effigie, ça plaisante pas sur la limonade, oulaaa, les droits à l'image de la meuf c'est un délire. Tellement de statues qu'on est obligé de les ranger en sous-catégories. Et parmi ces catégories de statues il y a les Vénus callipyges, je t'ai pas dit mais Vénus c'est le nom romain d'Aphrodite donc c'est kif-kif bourricot, et les Vénus callipyges c'est un type de statue où Vénus se trouve tellement belle gosse du cul qu'elle va près d'un cours d'eau qui est l'ancêtre du miroir et soulève sa robe pour se mater les fesses par dessus son épaule en faisant wahou. 
J'invente rien je te jure que c'est vrai, j'étais à la maison un samedi soir en mode pantouflarde sur wikipedia et j'ai vu ça. Je sors plus tellement le samedi soir Gérard depuis que toutes mes amies ont fabriqué de la progéniture et que même le lobbygouine s'y est mis, malgré les deux mille bâtons dans les roues lancés en chemin par le patriarcat tremblant à l'idée qu'on n'ait plus besoin de lui pour oublier les affaires de piscine et faire brûler des poissons panés. 
Attends, mais je te parlais d'Aphrodite, et je voulais te dire que si ça se trouve c'est plutôt des statues d’Aphrodite vérifiant dans le miroir qu'on voit pas les ailettes de sa serviette Nana, car je peux te dire qu'on la connaît cette position, Gérard, on la connait depuis qu'on a 13 ans donc je te laisse compter mais ça nous rajeunit pas, on connait cette position sous les néons des chiottes d'un bar, on connaît cette position sous l'ampoule vacillante d'un wc chimique de festival et même sous l'ampoule vacillée on la connaît, on est devenues nyctalopes de l'ailette de serviette. 
Mais alleeez, Gérard, jte taquine, je sais bien que c'est trop tôt pour parler d'ailettes mais reste là, y'a les accras qui arrivent. Fais pas cette tête, ok, je parle plus d'ailettes au débotté, mais alors t'arrête d'envoyer des photos de ton haricot magique aux gens qu'on rien demandé, voilà. En plus, je ne sais plus pourquoi je te parlais de Vénus, dis tu te rends compte quand même qu'ils nous ont appelé un rasoir jetable “Vénus”, genre l'idée c'est qu’ il fallait supprimer ses poils pour ressembler à une déesse, i’m your venus i’m your fire
Or moi je vois quand même qu'une déesse, c'est drôlement limité en ustensile, nan ? Rapport à l'époque à laquelle ça vit, une déesse, et au fait que l'Olympe est vraiment une zone sans Monop’, en tout cas c'est très peu mentionné dans les ouvrages de références, mais je lis pas le latin, tu me diras, Gérard, toi qui t'y mets, au latin. Donc, ouais, une déesse, c'est assez nature comme délire, je veux dire, ça vit en toge ou à poil, et quand ça a besoin d'un miroir ça va se regarder dans un cours d'eau. UN COURS D'EAU GÉRARD, ça veut bien dire qu'on est davantage chez Koh Lanta qu'à Body Minute, nan ? Alors la déesse, si elle est déesse, elle est nature, et si elle est nature, elle est poilue, nan ? Alors pourquoi Vénus pour un rasoir, Gérard, tu peux me le dire ? Ça n'a pas de sens. Voilà. C'est ça que je voulais te dire. Ce monde n'a pas de sens. Tu me fais chier, Gérard. Y'a pas de la mayo avec les accras ? 
- - -
Là-dessus mes chatons, je vous souhaite une rentrée sans piscine obligatoire.
De mon côté, je reprends mon spectacle DANS 3 JOURS, et j'ai désormais un teaser, car la technologie n'a plus de limite pour moi.
LE TEMPS DES SARDINES - BANDE-ANNONCE
LE TEMPS DES SARDINES - BANDE-ANNONCE
(Je vous mets le lien du théâtre car c'est le moins cher mais vous avez bien le droit de passer par le fournisseur de votre choix.) 
A bientôt
Je vous embrasse dans un sens métaphorique seulement,
Klaire 
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Klaire fait Grr
Klaire fait Grr @klaire

Je vous promets rien du tout. Sauf éventuellement de mettre minimum un slip quand j’écrirai cette newsletter, partons sur ça. De toute façon, au point où on en est.

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