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Crottin-crotta et salade d'endives

Klaire fait Grr
Klaire fait Grr
Qu’est-ce qui plane sur vos dimanches ?
Je veux dire, vous aussi, vous l’avez, l’ombre au moral du dimanche, n’est-ce pas ? Cette sensation dégueulasse d’avoir raté votre week-end et par conséquent un peu de votre vie aussi. Vous n’avez pas touché à la pile de bouquin, à peine fait le ménage, vous ne vous êtes pas mis au sport intensif ni à la salade d’endives, et vous vous sentez crottin-crotta.
Vous vous étiez juré, pourtant, un petit rien, juste de mettre un disque entier dans le lecteur, rien que pour ce geste de mettre un disque entier dans le lecteur, ce petit geste de rien du tout, mettre lecture, écouter un album entier, vous avez gardé la platine juste pour ce geste, sept déménagements qu’elle vous casse les bonbons, la platine, que vous la gardez parce que ça vaut le coup, juste pour ce geste, mais non.
Bien sûr qu’à la place vous avez semi-scrollé en oubliant d’étendre le linge qui puera mollement pour vous le faire payer. Bien sûr, puisque c’est à ça que servent les dimanches, à se sentir mal.

Gnerf.
Gnerf.
Non franchement, je suis fâchée contre les dimanches, là. Ce n’est pas le jour du Seigneur, c’est le jour de la Culpabilité. Ou c’est un peu pareil.
Il y a dans le dimanche qui file à toute vitesse tout ce que vous auriez pu faire, et ce parfum dans l’air qui dit qu’un dimanche est presque un lundi. Un dimanche où il fait beau compte double : vous n’êtes pas sortie prendre l’air, même pas, sauf peut-être quand vous êtes descendue acheter une pizza chez franprix, petit suppôt du Capital que vous êtes.
Ah, ça vote à gauche mais ça fait les courses le dimanche, bravo la France drôlement soumise. Tenez, rajoutez cette culpabilité-là à votre liste, quand vous serez à court de sujets pour vos insomnies, que votre cerveau nuital aura déjà traité les relations familiales, les amitiés perdues par votre faute, le Collège-Lycée Jules Ferry option allemand de 1995 à 2003 et cette douleur bizarre là dans la hanche, vous pourrez attaquer les courses le dimanche.
1995-2003. Allégorie.
1995-2003. Allégorie.
Je ne sais pas ce que j’ai fait dans une vie antérieure pour être aussi pétrie de culpabilité. J’ai dû dégommer des mouches au sabre laser, vu comme j’ai l’estomac qui cuit au bain-marie dans une petite casserole de culpa depuis toujours. Non, vraiment, l’image est juste, d’autant plus juste que la cuisson au bain-marie, c’est bien un truc de culpabilisatos, tiens. AU BAIN-MARIE bah et puis quoi encore. Déjà que je suis de tout évidence en train de suivre une RECETTE et que ça mérite une MÉDAILLE, mais il faudrait vraiment que je sorte DEUX casseroles ? Déjà il faudrait que je POSSÈDE deux casseroles ?? Non, Marmiton, mets-toi tes deux petites casseroles sous le coude and watch me faire fondre le chocolat au micro-ondes comme tout le monde. Il aura presque le même goût, il sera choco-goût-micro-ondes, c’est comme du choco normal mais avec une petite pointe de noisette, nan je déconne, une petite pointe de CULPA-cramée parce que oui PROBABLEMENT qu’il aurait mieux fondu au bain-marie, je n’en sais rien je n’ai jamais essayé, je préfère le faire au micro-ondes et chouiner que mes plats n’ont pas le même goût qu’à la télé. Ouais, la télé n’a pas de goût, vous m’avez comprise.
Mes grands-mères étaient des catastrophes culinaires. Chez mes grands-parents maternels, le dimanche soir, on mangeait du petit dej. Chocolat chaud et viennoiseries. J’ai toujours trouvé ça trop cool jusqu’à ce que ma mère, 100% blasos, m’avoue que c’était par flemme et inaptitude culinaire avancée. Ah, je peux reprocher pas mal de trucs à ma famille, mais côté cliché de la grand-mère popote, non, on n’y était pas, mon autre grand-mère nous fourguait un gâteau dégueu, genre quatre-quart dans lequel elle remplaçait l’huile par du beurre pour aller plus vite, ne FAITES PAS ÇA CHEZ VOUS c’est une cascade réservée aux pros. Et vous vous étonnez que je remplace le bain-marie par le micro-ondes.
OUAIS BON, ON EST PAS CHEZ TA PSY commence doucement à râler le lectorat moqueur. Vous voyez que j’ai la culpa facile. Quelques lignes et je vous imagine déjà froncer les sourcils comme un rideau de velours, et je regrette déjà d’abuser de votre temps, en plus, c’est dimanche, vous pourriez être en train de mieux rater votre dimanche qu’en lisant une newsletter dans laquelle la meuf s’épanche sur quoi ? Euhh, le fait d’avoir mangé une pizza franprix je crois, j’ai pas tout compris, aussi ça te dit qu’on mange des chocapic pour le dîner ?
Ce qui est rigolo avec la culpabilité dominicale, c’est que vous la nourrissez vous-même de chocapics. Il vous suffirait de faire un-seul-truc-bien-de-votre-dimanche pour ne plus vous noyer dans l’océan de regret et de honte de n’avoir pas fait de truc-bien-de-votre-dimanche. Et pourtant, une partie de vous choisit de descendre à franprix en crocs-chaussette prendre une pizza au fromage en sachant très bien que vous la digérerez au bain-marie du seum.
J’ai la culpa jamais loin, la culpa au bout des doigts, j’ai le cœur en appel ignoré, et le foie qui trinque pour oublier. Je fais avec, vous aussi. Ce qui m’épate en revanche, ce sont les gens qui semblent n’en avoir aucune, de culpabilité. Je veux dire, AU HASARD, on n’a qu’à renommer les mêmes ministres, par exemple. Tranquille, puisqu’on n’en a rien à foutre.
Quelqu’un dans ce gouvernement est-il en train de passer un sale dimanche ombragé, ou même un dimanche normal avec juste une petite pointe d’acidité, un petit nuage qui dirait, hmmmm, PEUT-ÊTRE que ce dimanche aurait été mieux employé si nous l’avions utilisé à trouver un ministre de la police qui n’a pas abusé de son pouvoir pour échanger ses privilèges politiques contre des faveurs sexuelles ? Hmmmm. Peut-être que cette immense gifle à toutes les victimes de violences sexuelles aurait pu être épargnée, au hasard ?
Mais nan, il y en a qui mangent des chocapic, l’air de rien, qui se tartinent le croissant chaud de vos accusations de viol et qui passent un bon dimanche sous vos applaudissements. Et c’est vous qui vous marinez le cœur au vinaigre. Eh beh.
Profitez bien de vos chocapics au micro-ondes, petits salopards du dimanche, continuez de nous backlasher la gueule, continuez de nous jeter votre mépris au bain-marie, nous sommes là, nous nous rapprochons, nous mangeons nos pizzas au fromage et au seum, mais nous sommes là pour le monde d’après vous. Je le sais.
L’autre jour, j’étais sur scène quand soudain, il y a eu un mouvement d’angoisse dans le public. Il y avait un papillon qui s'était faufilé là, et une spectatrice que ça mettait super mal (team phobique et total cœur-à-cœur). Il n’y a pas eu de moquerie, il n’y a pas eu de CHUT, il n’y a pas eu de MAIS C’EST RIEN FAUT PAS EXAGERER. Il y a eu des mains pour attraper le papillon, une rangée qui se lève, une porte qu’on ouvre, un sauvetage de papillon remis en liberté et un petit cœur de phobique sauvé des eaux.
Politiquement, c’est ça qu’on veut. Ça veut donc dire que c’est possible. Qu’il suffit d’avoir la bonne réaction collective. Je chiale un peu en racontant pour la millième fois l’histoire du papillon, je l’aime tellement que je risque de la raconter douze mille fois et un jour ce sera devenu un zèbre dans le théâtre et une armée pacifiste en autogestion, quand je raconterai cette histoire. Il n’empêche que c’est ça qu’on veut, sauver des cœurs et des papillons.
A part ça, cette semaine j’ai découvert la très intéressante newsletter de Lucie Ronfaut, ce beau documentaire ARTE sur l’histoire oubliée des femmes au foyer , et il y a ma chère Elodie Font qui publie une FAQ sur les pires questions qu’elle a entendues en attendant un bébé avec sa compagne, tandis que je m’agace sur l’accès à l’avortement.
Et puis, si vous ne l’avez pas vue et si vous en avez la force, Mediapart a fait une émission avec 20 femmes qui ont témoigné contre PPDA, c’était fort et difficile et nécessaire. C’était peut-être l'enfin début de la libération des oreilles, c’était un traitement médiatique respectueux des victimes de violences sexuelles, c’était un premier pas vers le monde d’après. C'était terrible et bien.
C’était onze jours avant d’apprendre la nomination de Gérald Darmanin.
Moi, je serai sur scène, avec ou sans papillon jusqu’au 21 juillet à Paris.
Je vous laisse, j’ai une pizza à faire réchauffer au bain-marie.
Klaire
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Klaire fait Grr
Klaire fait Grr @klaire

Je vous promets rien du tout. Sauf éventuellement de mettre minimum un slip quand j’écrirai cette newsletter, partons sur ça. De toute façon, au point où on en est.

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