L'Heure Américaine

Par Olivier Simard-Casanova

Que faut-il penser des élections de la semaine dernière ?

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Olivier Simard-Casanova
Olivier Simard-Casanova
Les élections en Virginie et dans le New Jersey ont été mauvaises pour les démocrates. Mais il faut rester prudent avant de tirer des conclusions trop hâtives.

Chère abonnée, cher abonné,
La semaine dernière a eu lieu un certain nombre d’élections locales un peu partout aux États-Unis. Elles n’ont sans doute pas été très couvertes en France – et à juste titre, car il s’agit d’élections relativement mineures. Deux d’entre elles ont pourtant attiré l’attention dans les médias américains, à savoir les élections des gouverneurs de Virginie et du New Jersey.
Localisation géographique de la Virginie et du New Jersey
Localisation géographique de la Virginie et du New Jersey
La raison pour laquelle elles ont attiré l’attention est que ce sont deux États traditionnellement acquis aux démocrates. Et pourtant, le prochain gouverneur de Virginie sera républicain, et le gouverneur démocrate du New Jersey n’a été réélu que dans un mouchoir de poche là où l’on anticipait une réélection facile (tous les résultats ici).
Résultats dans le New Jersey
Résultats dans le New Jersey
Résultats en Virginie
Résultats en Virginie
De nombreux commentateurs ont vu dans ces résultats ce qu’ils voulaient y voir. Les conservateurs y ont vu un rejet des démocrates. Les démocrates très à gauche y ont vu un rejet du centre-gauche. Les démocrates du centre-gauche y ont vu un rejet des démocrates plus à gauche. La plupart de ces commentaires sont, d’après moi, sans grand intérêt. Il y a toutefois quelques points importants à avoir en tête.
1) Il ne s’agit que de quelques élections. Difficile de tirer des tendances avec aussi peu de points de données.
2) Parler d’un “effondrement” du Parti démocrate comme certains le font, avec si peu de points de données, et surtout en oubliant d’autres élections ayant eu lieu plus tôt cette année et qui ont été des désastres pour le Parti républicain, me paraît un peu court. Le référendum révocatoire à l’encontre du gouverneur démocrate de Californie, porté par le Parti républicain, a récemment été un échec retentissant – le “non à la révocation” l’a emporté avec quasiment 62% des suffrages ! Quelques élections partielles ont eu lieu plus tôt dans l’année, le Parti républicain espérait en remporter certaines d’entre elles. Elles ont globalement été un échec pour lui. Attention donc à prendre en considération toutes les données, et pas seulement une (petite) partie.
3) Biden est président. Les démocrates ont la Chambre des représentants et le Sénat. Or, le parti au pouvoir, aux États-Unis comme ailleurs d’ailleurs, est fréquemment dans une position défavorable lors d’élections intermédiaires comme celles-ci (ses partisans ont moins tendance à aller voter, alors que ses opposants ont davantage tendance à aller voter). C’est donc attendu que le Parti démocrate perde du terrain. Le Parti républicain a par exemple perdu six gouverneurs en 2018, y compris dans des États lui étant habituellement acquis.
En bleu foncé, les États gagnés par les démocrates en 2018. En rouge foncé, les États gagnés par les républicains en 2018. Source : https://en.wikipedia.org/wiki/2018_United_States_gubernatorial_elections
En bleu foncé, les États gagnés par les démocrates en 2018. En rouge foncé, les États gagnés par les républicains en 2018. Source : https://en.wikipedia.org/wiki/2018_United_States_gubernatorial_elections
4) La vie politique n’est pas du tout statique. Les stratégies des partis et des candidats changent en permanence. On peut par exemple raisonnablement se dire que la victoire républicaine en Virginie est en partie une adaptation aux récents échecs du Parti républicain : le leader républicain de la campagne californienne du référendum s’est complètement glissé dans la rhétorique de Trump – une rhétorique en fait très impopulaire dans l’électorat. Le candidat républicain en Virginie a été plus subtil : il a fait des appels du pied à cette rhétorique tout en se tenant à distance de Trump. Ce qui lui permet à la fois de mobiliser la base électorale de Trump, sans pour autant faire fuir l’électorat centriste. Je n’ai aucun doute que les démocrates adapteront eux aussi leur stratégie en vue des élections de mi-mandat de l’an prochain après cette défaite. Et cette adaptation permanente doit, je crois, nous inciter à la prudence, aussi bien dans le commentaire de l’élection lui-même, que dans la prédiction des tendances à venir.
Plus généralement, j’ai bien du mal à tirer des conclusions sur ces élections – et ce d’autant que certaines données importantes pour interpréter correctement leurs résultats sont d’une qualité manifestement douteuse. Je me garderai notamment de prétendre que les démocrates ont devant eux une décennie de défaites électorales nationales – comme certains le font. Est-ce que c’est une possibilité ? Oui, car certaines tendances leur sont défavorables. Mais des tendances supposément défavorables aux républicains ne les ont pas empêché de gagner bon nombre d’élections au cours des dernières années. Et encore une fois, ce genre de prédiction de moyen terme oublie sans doute un peu vite les possibles changements de stratégie des partis.
Voilà ce que j’ai pour le moment en tête sur ces élections. Elles n’ont pas été bonnes pour les démocrates, mais il faut, je crois, rester prudent sur leur interprétation.
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Olivier Simard-Casanova
Olivier Simard-Casanova @HeureAmericaine

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