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La dérive autoritaire du Parti républicain illustrée

Olivier Simard-Casanova
Olivier Simard-Casanova
Cette dérive jouera un rôle majeur au cours des prochaines années

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Le numéro d’aujourd’hui est un peu spécial. C’est une revue de presse qui sera, à terme, réservée aux membres payants de L’Heure Américaine. Il est en effet fondamental que L’Heure Américaine génère un revenu pour que je puisse assurer sa pérennité — comme je l’explique dans le numéro de lancement, j’ai d’ores et déjà choisi d’aller vers un modèle à abonnement optionnel. La majorité du contenu continuera à être gratuit, la formule payante donnera accès à du contenu et des fonctionnalités supplémentaires. En attendant l’arrivée de la version payante, j’ai décidé de vous offrir les revues de presse gratuitement.
Pour la revue de presse de cette semaine, il sera beaucoup question de la dérive autoritaire du Parti républicain. Des recherches en science politique attestent de cette dérive, il ne s’agit pas d’un (mauvais) commentaire journalistique. Il est d’après moi important de suivre cette dérive, car elle va jouer un rôle majeur dans la vie politique américaine des prochaines années.
Bonne lecture !
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Trump, atout ou problème pour le Parti républicain ?
Je découvre The Dispatch, une newsletter politique de centre-droit qui a le bon goût de ne pas tomber dans les délires conspirationnistes de Fox News, OAN et autres Newsmax.
Ils ont un article intéressant sur l’ambivalence de Trump comme candidat républicain : autant il est très populaire dans une partie de l’électorat républicain, autant il est très impopulaire dans le reste de l’électorat, y compris l’électorat de centre-droit. Comment, dans ce contexte, gagner des élections ?
C’est une vraie question pour le Parti républicain, car même s’ils ont récemment gagné une élection en Virginie, Trump est le premier président sortant à perdre sa réélection depuis 1992 — un évènement rare dans la vie politique américaine. Le Parti républicain a également subi une défaite historique pendant les midterms de 2018, et perdu le Sénat en 2021 après avoir perdu non pas une, mais deux élections en Géorgie — un État pourtant traditionnellement républicain. À part 2016, qui était déjà une élection serrée, le Parti républicain a donc tout perdu avec Trump.
D’après The Dispatch, le problème est que Trump va très probablement vouloir s’impliquer dans les midterms de l’an prochain. Sans parler de se présenter lui-même en 2024. C’est, d’un strict point de vue électoral, un pari risqué pour le Parti républicain. Et ce même si la popularité de Biden s’est récemment effritée.
Un point avec lequel je suis en désaccord toutefois, c’est de tirer des récentes déconvenues électorales des démocrates la conclusion qu’ils seraient irrémédiablement affaiblis. Il me semble bien hardi de tirer la moindre conclusion avec seulement deux points de données. D’autant que perdre les midterms et remporter sa réélection est courant — Obama comme Clinton l’ont fait.
Je vais en tout cas ajouter The Dispatch à ma liste de ressources pour alimenter L’Heure Américaine, au moins pour quelques semaines le temps de voir si leur contenu est intéressant.
Et si les fausses allégations de fraude électorale se retournaient contre le Parti républicain ?
La base trumpiste du Parti républicain pousse progressivement les élus du parti à adopter sa rhétorique autoritaire, ou carrément à le quitter s’ils refusent. Un élément central de cette rhétorique est les allégations (infondées) de fraude électorale.
Un éditorial par un ancien directeur de la communication du GOP dans le Washington Post argumente qu’il y a un risque que le Parti républicain voit ces allégations se retourner contre lui-même. Et en particulier, lors des primaires, où les candidats trumpistes défaits seraient susceptibles d’alléguer, toujours sans la moindre preuve, que les primaires auraient été manipulées contre eux.
Une telle division interne du Parti républicain, qui jetterait en plus le discrédit sur son processus de sélection interne, aurait, à n’en pas douter, des conséquences lourdes sur les résultats des élections générales. En particulier, on pourrait imaginer que la base trumpiste ne se déplace pas suffisamment pour soutenir les candidats républicains non-trumpistes. L’hypothèse est loin d’être irréaliste : une mobilisation réduite de la base trumpiste a très certainement contribué à la double mais courte victoire démocrate en Géorgie début 2021. Quand les élections sont serrées, tout ou presque peut en faire basculer le résultat.
Je ne sais pas estimer si l’hypothèse que les allégations de fraude se retournent contre le Parti républicain est probable ou non. Ce qui est certain, toutefois, c’est que la faction trumpiste est en train de purger le Parti républicain — voir le cas surréaliste de Liz Cheney, qui défend pourtant des positions ultraconservatrices. Et le trumpisme n’est pas du tout populaire en-dehors de cette base — y compris au sein du centre-droit, qui vote habituellement républicain.
Nous verrons au cours de la prochaine vague de primaire si l’hypothèse se réalise.
Ce réseau de désinformation conservateur
Édifiante enquête sur un réseau de désinformation porté par un riche donateur républicain. Sa méthode ? Diffuser de manière automatique de fausses informations sur des sites Internet qui se font passer pour des sites d’information locale.
Il s’est notamment illustré en poussant des quantités industrielles de fausses informations pendant l’élection pour le poste de gouverneur en Virginie. Sa cible de choix est la Critical Race Theory (CRT), un épouvantail conservateur servant à déguiser des positions racistes.
Comme le montre ce graphique, la Virginie est loin d’être le seul État que ce réseau a inondé de fausses informations.
Une question importante et à laquelle je n’ai pas la réponse serait de rigoureusement mesurer l’effet de ce genre de désinformation sur les résultats des élections — ou sur d’autres indicateurs importants de la vie politique.
Trump et les attaques contre les institutions, épisode 38743
Une enquête fédérale vient de mettre en évidence que 13 collaborateurs de Trump ont fait campagne alors qu’ils étaient en poste dans l’administration publique. Concrètement, ils ont vraisemblablement utilisé des fonds publics pour faire campagne — ce qui est illégal. Il ne s’agit pas d’actes isolés : l’enquête montre qu’ils ont reçu l’approbation de Trump lui-même pour faire campagne.
Dans une veine similaire, il est possible que Trump ait violé le Hatch Act en faisant se dérouler la convention républicaine de 2020 à la Maison-Blanche. Cette loi encadre la manière dont les élus peuvent utiliser les ressources publiques à leur disposition lorsqu’ils sont au pouvoir, et utiliser un édifice public, qui plus est la Maison-Blanche, pour un évènement partisan pose question.
Trump a sévèrement endommagé les institutions au cours de son mandat. Ces deux exemples n’en sont que deux illustrations.
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Olivier Simard-Casanova
Olivier Simard-Casanova @HeureAmericaine

Décryptage de l’actualité politique et sociétale américaine

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