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Gazette de Pi - Musique au bureau et révolutions qui s'attardent #23

Francis Pisani
Francis Pisani
Bonjour,
Ce mois de silence se doit à une charrette sur un tapuscrit de livre (plus quelques jours de vacances). Nous en reparlerons. Pas une raison pour ignorer la grande cassure du retour aux bureaux, ni même l’évolution dictatoriale de deux révolutions que j’ai couvertes au moment de leur gestation ou de leur naissance.
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Pas envie de travailler ? Une cassure ?
Le Club Office de Vitra une société suisse de mobilier design
Le Club Office de Vitra une société suisse de mobilier design
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C’est Naomi Osaka qui a donné le ton du moment en refusant de participer à Roland Garros pour, dit-elle, préserver sa santé mentale et son bien-être. Ajouter à sa gloire et à son pécule ne justifiait pas d’agir comme une machine. Une question que beaucoup se posent en pensant à la rentrée.
Une vraie réticence à retourner au travail « comme avant » est facilement perceptible en Europe comme aux États-Unis. Elle touche les trois quarts des Français. Capital/A
Ça se manifeste dans de multiples sondages. Ça se traduit par la soudaine disposition de certains patrons à offrir des lieux de travail un peu plus agréables à cause des difficultés à trouver du personnel.
Vitra, fabriquant suisse de mobilier design, diffuse rock et pop. Ça encourage la collaboration et invite à rompre le traditionnel code de silence respecté dans les bureaux. Personne ne veut y retourner pour s’isoler. Quartz/A
Signe parmi d’autres, des employés d’Apple ont protesté contre l’injonction faite par la direction de retourner au moins trois jours par semaine au bureau, à partir de septembre. The Verge/A
Certains États américains en sont même à promettre des chèques de 1.000 dollars à des chômeurs qui accepteraient de revenir au travail et d’y rester au moins 8 semaines. CBSnews/A
Pourquoi faut-il y faire attention ? - Parce qu’on attendait la fin du confinement, les rencontres avec de vrais personnes sur les terrasses et dans les bureaux. Or, si nous nous précipitons vers les premières, nous trainons des baskets pour rejoindre les seconds.
Parce que derrière l’horizon court et rose des vacances il y a la rentrée. La connexion est claire entre cette « atmosphère » et les disputes qui nous attendent. Entre ceux qui se proposent de rattraper le travail perdu et ceux qui insistent sur le besoin de s’éloigner du modèle productiviste pour adopter un modèle plus écologique, plus soucieux de la qualité de vie et de saines relations humaines.
Ce «  pas envie de travailler… » comme hier pourrait bien comprendre un rejet du monde d’avant. Il n’est pas certain que le système puisse le tolérer pendant longtemps. 
Témoin de révolutions qui tournent mal
Course électorale au Nicaragua. Le couloir de droite est celui d'Ortega
Course électorale au Nicaragua. Le couloir de droite est celui d'Ortega
L’Iran a donc un nouveau président désigné au terme d’une élection dont les concurrents modérés avaient été écartés. Un semblant de démocratie réduit au minimum dans un régime qui, contrairement aux prédictions raisonnables, se maintient au pouvoir depuis maintenant 42 ans. J’y suis sensible parce que, sous le régime du Shah, j’avais été faire un reportage sur les frémissements d’une rébellion sympathique qui allait devenir, en 1979, la révolution que l’on sait.
J’ai passé plusieurs mois de cette année-là au Nicaragua pour couvrir la montée et la prise de pouvoir de la guérilla sandiniste avec laquelle je suis rentré dans le bunker du dictateur local au mois de juillet. J’ai eu aussi l’occasion, juste après leur triomphe d’interviewer les principaux dirigeants du mouvement dont Daniel Ortega, le dictateur d’aujourd’hui qui prépare les élections de novembre en faisant enfermer ses concurrents potentiels.
Deux révolutions tombeuses, la même année, de dictatures et deux régimes qui ont fait, dans le passé, sa place à la démocratie. Complètement pour le Nicaragua lorsqu’en 1990, le même Ortega a reconnu la victoire de son opposante Violetta Chamorro (dont il vient de mettre la fille en prison pour l’empêcher de participer au scrutin prévu en novembre). Les Ayatollahs, pour leur part, on toléré plusieurs élections moins totalement contrôlées que la dernière.
Pourquoi s’y attarder ? - Parce que, contre bien des idées reçues, de récentes recherches montrent que les régimes les plus stables sont ceux qui sortent de « révolutions sociales violentes ». « Leur durée de vie moyenne est presque double de celle des autres systèmes, et leurs chances de survivre au-delà de 30 ans sont presque quadruple », résume le New York Times/P.  
Plusieurs facteurs y contribuent : la répression exercée par les dictateurs pour se maintenir aus commandes poussent leurs opposants à des prises de pouvoir violentes mais perçues par beaucoup comme légitimes sur le moment. Pour s’y maintenir les nouveaux venus cassent le système antérieur à commencer par les forces armées. Les inévitables attaques en provenance de l’ancien régime - et toujours soutenues de l’extérieur - renforcent leur cohésion et leur permet de s’accrocher plus longtemps que les autres. Pendant ce temps, le noyau le plus dur, le mieux à même de contrôler l’appareil de sécurité détourne les promesses de changement à son profit. 
Que pouvons-nous en apprendre ? - Que tolérer des dictatures traditionnelles peut conduire à l’émergence d’un mouvement de lutte armée susceptible, un jour de s’imposer, comme, peut-être, au Myanmar demain. 
Que nous avons tendance à oublier qu’outre les destructions initiales, les nouveaux venus satisfont quelques revendications populaires, ce qui leur donne une assise auprès de ceux qui craignent le retour des forces d’antan. 
Que les opérations violentes venues de l’extérieur avec participation des tenants de l’ancien régime ne font que cohésionner le système issu de la révolution et donnent un prétexte à une répression accrue.
Que la violence est un cercle infernal, peut-être inévitable.
Les trumpistes, la lune et l’urgence climatique…
Louie Gohmert député républicain du Texas - CC BY-SA 2.0
Louie Gohmert député républicain du Texas - CC BY-SA 2.0
Nous devons au député républicain du Texas Louie Gomert une demande d’intervention du gouvernement pour enrayer le changement climatique en modifiant l’orbite de la lune autour de la terre et celle de notre planète autour du soleil. Guardian/A
N’allez surtout pas croire qu’il veut nous faire oublier les réalités, nous faire prendre des vessies pour des lanternes, des lunes pour des soleils et les élus républicains pour des gens décents. C’est un peu moins probable mais plus généreux qu’Elon Musk ou Jeff Bezos qui font tout pour aller se réfugier sur mars avec une poignée de copains hyper milliardaires.
Ils pourraient ne pas s’y retrouver seuls. Même Daniel Ortega, le dictateur nicaraguayen, a déposé en janvier une proposition de loi visant à doter le pays d’un « Secrétariat national pour affaires de l’espace extra-terrestre, la lune et autres corps célestes ». Confidencial/A
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« The man who views the world at 50 the same as he did at 20 has wasted 30 years of his life » - Muhammad Ali
A vite…
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Francis Pisani
Francis Pisani

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