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Extrêmes droites et logiques de coups d’État - Gazette de Pi #28

Francis Pisani
Francis Pisani
Bonjour,
Nous venons d’apprendre que Trump disposait d’un plan, juridiquement fondé, pour s’emparer du pouvoir au moment où il lançait ses partisans contre le Capitole le 6 janvier dernier. Cela laisse envisager une stratégie en deux temps susceptible d’être répétés par les présidents d’extrême droite élus plus ou moins par surprise. On n’en parle pas, mais ça pourrait concerner la France demain.

Trump avait un plan
John Eastman auteur du plan proposé à Trump lors de son discours du 6 janvier - Photo Jim Bourg/Reuters
John Eastman auteur du plan proposé à Trump lors de son discours du 6 janvier - Photo Jim Bourg/Reuters
Nous savions que la foule qui s’est emparée du capitole le 6 janvier pour tenter d’empêcher la validation de l’élection de Joe Biden était organisée. Mais nous ne savions pas que le président sortant avait un plan de prise du pouvoir ce que l’on vient d’apprendre grâce au livre Peril publié en septembre par deux journalistes du Washington Post : Bob Woodward et Robert Costa.
Reprenons le fil rapidement.
Juste avant l’attaque l’avocat John Eastman prend la parole devant la foule rassemblée pour écouter Trump. « Nous savons qu'il y a eu fraude. Nous savons que des morts ont voté, » dit-il. « Tout ce que nous demandons au vice-président Pence c'est que cet après-midi à 13 heures, il laisse les législatures des États se pencher sur la question afin que nous allions au fond des choses et que le peuple américain sache si nous avons le contrôle de la direction de notre gouvernement ou non !“ 
Ces propos faisaient, en fait, allusion à un plan détaillé proposé par Eastman et discuté par Trump et Pence au cours des jours précédents. Un échange au cours duquel le premier aurait dit au second « Vous pouvez soit entrer dans l'histoire comme un patriote, soit comme une mauviette ».
Il est détaillé dans un « memo » de 6 pages dans lequel Eastman explique comment le vice-président, après avoir refusé de valider les résultats de certains États, pouvait faire élire Trump par la chambre en suivant des procédures remontant à 1876 et favorables aux Républicains. Bien « pire que ce que nous savions » estime le comité éditorial du New York Times.
Ça n’est pas fini. 
Dans un article d’opinion publié par le même journal, le chroniqueur Jamelle Bouie rappelle que l’ancien président a toutes les chances d’être candidat en 202,4 qu’il n’a besoin pour mettre le plan en action que de responsables politiques locaux (au niveau des États) « disposés à intervenir en sa faveur, d'une majorité républicaine favorable dans l'une ou l'autre chambre du Congrès et d'une majorité suffisamment souple à la Cour suprême. » Pas de problème.
Or que voyons-nous depuis janvier ? Des mesures allant dans ce sens ont été prises dans certains États clés, comme l’Arizona et la Georgie, alors qu’une majorité de candidats Républicains aux postes locaux décisifs se sont prononcés en faveur de la théorie des élections volées.
Je ne comprends pas pourquoi la presse française n’en a pas encore parlé…
« Machin », candidat d'extrême droite en France
L’extrême droite donc, aux États-Unis, mais aussi au Brésil, n’a pas nécessairement peur des coups d’État. Elle procède en deux temps.
Dans un premier elle attire les gens qui souffrent et/ou se sentent victimes du système en le déligitimisant. Chacun avec son paradoxe. Le premier car, milliardaire, il en fait plus partie que 99,9% de la population états-unienne. Le second parce que, militaire, il appartient au corps le plus structuré de son pays. Personne ne s’est arrêté sur ces détails.
Partie intégrante du système médiatique, « Machin », un Français candidat sans le dire encore, joue sur les divisions entre « antis » des deux extrêmes - ce qui lui confèrent une sorte d’ambigüité bien utile - et sur les efforts pour gagner des voix au centre de l’éternelle candidate de la droite dure.
Dépourvu d’appareil politique il ne semble avoir aucune chance. Mais il ne serait pas le premier à surprendre en partant de très loin à quelques mois du scrutin. Même en France, même récemment. Sa victoire est peu probable mais pas plus impossible que celle de ses deux modèles.
Et c’est là qu’il faut prendre en compte le deuxième temps de la logique évoquée plus haut : le dénigrement des institutions qui, après avoir permis de se faire élire, conduit à préparer un coup d’État quand une partie de la société résiste. Le cas de l’Américain est maintenant clair. Le Brésilien a déjà procédé à une sorte de répétition qui ne laisse rien présager de bon.
Conclusion : « Machin » est dangereux car il contribue à tirer le débat vers l’extrême droite dont certains sympathisants ont déjà dressé des listes de juifs alors que d’autres n’ont pas attendu pour s’armer et que des gradés se sont déclarés, comme le candidat, prêts à sauver la France, manu militari s’il le faut.
PS - Je dis « Machin » - Monsieur X serait top honorable - pour ne pas tomber dans le piège de la fascination médiatique qui a conduit à faire le lit de Trump et de Bolsonaro… et ceux qui s’offrent pour l’affronter pour tirer parti de sa popularité ne font que la renforcer. S’il se présente il peut créer la surprise en accédant au second tour où il n’est pas impossible qu’il l’emporte en raison des haines suscitées par Macron. 
La question n’est pas de savoir quelle politique il pourrait mener mais dans quelle logique il risque fort de nous entraîner.
Amazon : une critique bien vue
Saviez-vous qu’Amazon dépense en recherche (R&D) un montant égal au quart du budget consacré à cette rubrique par le gouvernement fédéral US. 37,6 milliards de dollars en 2019 contre 127 milliards.
C’est ce qui explique qu’elle prenne tant d’avances dans tant de domaines tout en grandissant et en créant des emplois comme le souligne Ahmed Azeem auteur du livre Exponential dans lequel j’ai trouvé ce chiffre.
Du coup, l’entreprise créée par Jeff Bezos a tendance à mettre n’importe quoi sur le marché pour voir à quel appât nous mordons.
Au départ de bien des inventions on trouve souvent la merveilleuse question « Pourquoi pas ? » ou « Et si… » on essayait « ça ». C’est super à condition de demander de plus en plus « A quoi ça sert ? » Nous avons besoin d’inventeurs responsables.
« Les gens peuvent aimer les pirates quand ils sont jeunes, petits et bagarreurs, mais personne n'aime une marine [nationale] qui se comporte comme un pirate. Et l'industrie technologique d'aujourd'hui peut ressembler à une marine qui se comporte comme un pirate. »
Marc Andreessen - Photo Joi CC By 2.0
Marc Andreessen - Photo Joi CC By 2.0
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Francis Pisani
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