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Chroniques de l'urbanocène - Numéro #14 Déboulonner, dégager, revisiter...

Francis Pisani
Francis Pisani
Bonjour,
Retour sur un autre ton… mais retour, avec ce texte (publié sur LinkedIn).
On a d’abord dégagé les vieilles cruches de la politique. Certaines d’entre elles en tous cas. Sans doute pas assez. Et maintenant voilà qu’on s’en prend aux statues symboles de passés tout aussi révolus mais encore plus anciens. 
En quelques mots… moins de 2 minutes de lecture.
Rien à voir mais… Le temps d’un clin d’œil.

Franchement, jeter à l’eau la statue de Coulson esclavagiste noir qui encombrait le port de Bristol ou s’en prendre à celle de Léopold 2 qui avait fait du Congo sa propriété personnelle au prix d’entre 3 et 5 millions de morts ressemble plus à un geste de justice… tardive, qu’à du vandalisme. Preuve que les choses changent, le maire de Bristol est d’origine jamaïcaine. Preuve qu’elles ont besoin, elles aussi d’un bon coup d’accélération sociale, on y honorait encore, jusqu’à hier, un trafiquant d’êtres humains. 
Churchill a d’autres mérites pour les Anglais et pour nous. Mais ça n’est pas une raison pour ignorer ses méfaits. Les signaler est une bonne chose comme nous l’avons fait avec Robespierre et quelques autres, alors même que nous lui devons une partie des plus belles transformations de la France.
Joli projet que celui qui consiste à ériger des monuments aux activistes anti-racistes. Je pense, entre beaucoup d’autres, à Frantz Fanon et à Maryse Condé. Multiplions les reconnaissances, comme celle rendue à Louis Delgrès qui a déjà une inscription au Panthéon et plusieurs statues. Même s’il s’agit rarement d’oeuvres d’art.
Ce qui nous amène tout naturellement à Autant en emporte le vent dont le racisme manifeste, l’ignorance de la condition des esclaves ne nous a pas empêché d’y trouver du plaisir. Il n’y a pas de mauvaise manière (moins qu’on ne le dit) pour attirer notre attention sur le problème. Le retirer de l’affiche serait idiot et dangereux. Le faire précéder d’explications est un tantinet ridicule mais sûrement utile pour certains publics. Nous avons tous besoin de plus d’informations sur les méfaits des systèmes dont nous sommes issus. 
La France en particulier a beaucoup de mal à parler concrètement de son passé colonial, raciste, esclavagiste, violent (pas seulement du fait des révolutionnaires), à revisiter nos personnages historiques en commençant par Colbert qui, comme vient de le rappeler Jean-Marc Ayrault « est aujourd’hui indissociable du Code noir qui a fait entrer l’esclavage dans notre droit ».
Il nous faut « complexifier » nos approches comme le demande Binetou Sylla. Ne jamais rien prendre comme tout bon ou tout mauvais. Aller chercher le revers des images d’Épinal et le visage Jekill de tous les misters Hyde. Creuser et débattre sans cesse. Revisiter notre passé. 
  • Les gens déboulonnent les statues de certains personnages de notre histoire. Pourquoi ne pas - aussi - laisser des socles vides qui obligent à s’interroger ?
  • Ne gagnerions-nous pas à re-situer certaines oeuvres culturelles dans leurs contextes pour y puiser une meilleure compréhension du chemin parcouru et de celui qui nous reste à faire ?
  • Le plus difficile, mais le plus indispensable, sera sans doute d’apprendre à penser différemment le « système ». N’est-ce pas aussi le plus urgent ?
Rien à voir, mais…
‘Life attracts life’: the Irish farmers filling their fields with bees and butterflies Une belle réalisation qui pourrait devenir un joli slogan…
Qu’ai-je appris ? Les belles « leçons » du chercheur François Taddei directeur de recherches en biologie des systèmes. Notamment cette formule pour caractériser notre société : l’acronyme « VICA » (volatilité, incertitude, complexité, ambiguïté).
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Francis Pisani
Francis Pisani

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Mon site : francispisani.net

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