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Chroniques de l'urbanocène - Numéro #13 Tilt - Villes en colère, cinéma, mépris

Francis Pisani
Francis Pisani
Bonjour,
Bienvenue à un format plus léger que j’utiliserai de temps en temps, quand quelque chose “fait tilt” alors que se rencontrent des infos, des images, des idées qui m’obligent à me demander ce qui pourrait les relier.
Celles d’aujourd’hui viennent des colères qui explosent dans des grandes villes du monde entier, telles que les explique The Economist, et d’un commentaire de Martin Scorsese sur le cinéma aujourd’hui.
> 3 minutes de lecture.

Villes en colère, cinéma, mépris
Jester-at-a-tilt Par Lazarus CC-BY
Jester-at-a-tilt Par Lazarus CC-BY
Je dis “tilt” mais peut-être s’agit-il de courts-circuits ? C’est l’étincelle qui m’intéresse. Faire “tilt” nous dit le dictionnaire c’est “Faire comprendre subitement (quelque chose à quelqu'un), éveiller des souvenirs, susciter des réflexions ou des initiatives, donner des idées”. Le court-circuit, lui, arrive quand on connecte brutalement deux points d’un système soumis à des tensions différentes. Vous choisirez.
Steve Jobs disait que l’essentiel consistait à relier les points, to connect the dots, à établir des liens entre des choses qui, apparemment, ne sont pas liées.
Pas mal. Mais il manque le scintillement suivi de l’obligation de s’arrêter pour essayer de comprendre ce qui s’est passé… avant de rétablir le courant. Et pourtant il savait.
Tilt ou court-circuit, c’est peut-être une question de degré.
Mais revenons au “tilt” du jour survenu à la lecture de deux articles.
Le premier, publié dans The Economist, s’interroge sur les points communs entre toutes les manifestations que l’on voit un peu partout dans le monde depuis quelques semaines : Hong Kong, Beyrouth, Barcelone, Baghdad, Alger, Santiago, La Paz ou Lahore pour n’en citer qu’une poignée.
Il en trouve les causes dans les difficultés économiques, la défiance vis-à vis des institutions, la corruption et le recours aux réseaux sociaux. Autant d’éléments relativement évidents, même s’ils n’interviennent pas partout de la même façon.
Notons qu’ils retiennent, parmi les raisons qui font descendre les gens dans la rue, le fait « que, malgré tous les dangers juridiques et physiques, la protestation peut être plus excitante et même plus amusante que la corvée de la vie quotidienne ; et que quand tout le monde le fait, la solidarité devient la mode. »
Pas faux, mais Pierre Rosanvallon tapait plus juste quand il écrivait, à propos des Gilets Jaunes, dans Le Monde du 8 décembre 2018 “C’est d’abord l’explosion d’une colère dans laquelle se mêlent l’urgence et le flou. Elle fait remonter à la surface ce qui a été longtemps subi en silence : le sentiment de ne compter pour rien, de mener une existence rétrécie, de vivre dans un monde profondément injuste.
Quelques minutes après The Economist, j’ai lu un article de Martin Scorsese dans le New York Times sur le danger que court le cinéma face aux films de la société Marvel, de Hulk à Iron Man en pensant par Captain America et quelques autres.
Ils ne manquent pas de qualités mais « Ce qui manque, c’est la révélation, le mystère ou un véritable danger émotionnel. Aucun risque n'est couru. Les images sont créées pour satisfaire un ensemble spécifique de demandes et sont conçues comme des variations sur un nombre fini de thèmes. » Et d’expliquer, dans le Nouvel-Obs, cette fois : « Les films sont devenus des accessoires pour les parcs d’attraction. »
Mais revenons à la colère. The Economist tend à minimiser la remise en cause du “système” que l’on retrouve pourtant en filigrane dans la plupart des protestations et même en dehors.
Scorsese, lui, regrette que celui des studios de Hollywood, fait, jadis, de tensions entre “les artistes et les gens qui s’occupaient des affaires” ait disparu au profit des seconds qui n’ont plus qu’indifférence pour tout ce qui ne les concerne pas. Il en résulte une séparation entre divertissement et cinéma dont il craint “que la domination financière de l’un ne soit utilisée pour marginaliser et même rabaisser l’existence de l’autre.”
Le mépris semble gagner du terrain. Au cinéma et dans la rue.
Ça fait système.
Et ça fait tilt.
L’image - https://www.sketchport.com/drawing/5493231043215360/
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Francis Pisani
Francis Pisani

Gazette de Pi > Pour comprendre ce qui change
#médias, #villes, #réseaux, #agentivité, #innovations…
Mon site : francispisani.net

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