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OFF #02

L'homme qui rêvait dans une langue inconnue
OFF #02
Par Eric Viennot • Numéro #25 • Consulter en ligne
Ces “gens” évoqués dans un rêve prémonitoire de Marc : se pourrait-il vraiment que ce soit nous, Marie et moi ?
Se retrouver, d'une certaine façon, impliqué soi-même dans une histoire qui nous fascine, vous procure une sensation étrange.
J'avais déjà évoqué, dans un précédent off, certaines synchronicités étonnantes qui se sont réalisées au début de mon enquête : l'emplacement de l'île inconnue de l'oncle Ernest tout près de Rapa, la carte Accor et le permis de conduire de Marie portant mon nom, la rencontre fortuite avec Alessandra Pozzo, la spécialiste de la glossolalie…
D'autres, en lien avec les épisodes précédents, sont apparus depuis.
J'aimerais vous en faire part. Je suis curieux d'avoir vos réactions.
N'oubliez pas que vous pouvez dialoguer avec moi en répondant directement à ce mail, comme aux autres.

Nouvelles synchronicités
Comme je l'expliquais au tout début de cette enquête, c'est en travaillant en 2014 sur un nouveau concept de jeu vidéo que j'ai découvert l'histoire de Marc Liblin dans l’Atlas des îles abandonnées de Judith Schalansky, dont le titre original Atlas der abgelegenen Inseln devrait être traduit par Atlas des îles lointaines, plutôt qu’abandonnées, ce qui parait plus juste concernant l'île de Rapa Iti.
Ce jeu s'appelait dans sa première version Unknown (Inconnu). Il se déroulait dans un archipel imaginaire sur plusieurs époques.
À ce moment là, c'était un jeu prévu pour tablettes.
J'avais commencé à créer quelques moodboards dont voici un exemple :
Unknown, version 2014. (moodboard)
Unknown, version 2014. (moodboard)
Je collaborais à cette époque avec la société Mando dirigée par Olivier Fontenay et Michel Bams.
Pendant l'été 2016, j'ai réécrit le scénario et modifié le concept pour en faire un jeu console, destiné à être joué en VR (réalité virtuelle).
Si j'avais pris connaissance de l'histoire de Marc Liblin, je ne connaissais rien encore de l'île, de ses 12 pare, ni évidemment de l'existence de Thierry (surnommé Titi).
Et pourtant le résumé du jeu contient un certain nombre d'éléments qui ont des similitudes évidentes avec ce récit en cours.
Je cite :
Depuis toujours, les habitants de Makuu, petit archipel imaginaire, sont restés fidèles aux croyances de leurs ancêtres : leur île est protégée par 12 Gardiens invisibles, situés dans différents points de l’île, sous la forme de gigantesques colosses. La légende raconte que leurs emplacements ne sont visibles que du ciel. 
Un jour, l'île doit faire face à une mystérieuse épidémie qui décime ses habitants.
Une petite fille résiste pourtant au virus. Il s’agit de la petite Titi, une enfant de 6 ans, espiègle et courageuse. Les habitants de Makuu se demandent si Titi n’est pas l’Élue dont parle la légende, celle qui réussira à faire revivre les 12 Gardiens protecteurs de l’archipel et à sauver le peuple de la malédiction qui s’est abattue sur lui. 
Le but du jeu était donc de parvenir à réanimer les 12 gardiens de l'île.
Le shaman du village a alors l’idée de fabriquer des ailes qui permettraient à Titi de voler très haut dans le ciel, à l’endroit où le souvenir des gardiens est encore présent. En volant sur ces points indiqués par des halos lumineux, elle pourra réanimer les colosses et sauver l'île de la malédiction qui la touche.
Voici quelques artworks qui ont été réalisés à l'époque par Jean-Baptiste Cuvelier pour Mando, à partir de mes croquis et explications.
Animation d'un colosse réveillé par Titi. Artwork d'Unknown par Jean-Baptiste Cuvelier (Mando 2017)
Animation d'un colosse réveillé par Titi. Artwork d'Unknown par Jean-Baptiste Cuvelier (Mando 2017)
Animation d'un colosse réveillé par Titi. Artwork d'Unknown par Jean-Baptiste Cuvelier (Mando 2017)
Animation d'un colosse réveillé par Titi. Artwork d'Unknown par Jean-Baptiste Cuvelier (Mando 2017)
Titi volant vers un colosse. Artwork d'Unknown par Jean-Baptiste Cuvelier (Mando 2017)
Titi volant vers un colosse. Artwork d'Unknown par Jean-Baptiste Cuvelier (Mando 2017)
Titi survolant un colosse pour le réanimer. Artwork d'Unknown par Jean-Baptiste Cuvelier (Mando 2017)
Titi survolant un colosse pour le réanimer. Artwork d'Unknown par Jean-Baptiste Cuvelier (Mando 2017)
En parallèle de cette histoire qui se déroule dans l'archipel, se déroulent d'autres événements situés dans un autre espace-temps, et dont le joueur ne comprendra le sens qu'à la fin du jeu.
Je cite un extrait qui, lui aussi, a une étrange proximité avec l'histoire d'Hiram et son frère.
Ethan, 13 ans, Kevin 11 ans, et Teri (dit Titi) 6 ans, jouent à un jeu de plateau qu’Ethan a inventé. Ce jeu se déroule sur la carte d'une île sur laquelle les joueurs se déplacent. A un moment, Teri est piquée par une guêpe. Elle abandonne le jeu. Ethan finit par gagner. Mais Kevin lui reproche d’avoir triché. Les deux garçons se disputent sous les yeux de Teri, revenue en larmes. 
L'île d'Unknown avec ses 12 colosses qui la protègent (les pare ?), Teri, surnommé Titi, comme Thierry, fils de Meretuini, surnommé lui aussi Titi, ses deux frères qui se brouillent, tout cela est sorti de mon imagination en 2016, bien avant que je ne découvre les pare de Rapa, Thierry et ses demi-frères Sepher et Hiram.
Le commissaire Vendémiaire
J'ai noté une autre synchronicité avec un de mes scénarios plus ancien. En 2003, j'ai créé un jeu qui s'appelle In Memoriam.
En 2005, suite au succès de ce jeu, j'ai travaillé avec Florence Beauchard, une amie, sur l'adaptation du jeu en roman. A cette occasion, nous avons créé un personnage de flic : le commissaire Vendémiaire. Ce nom est assez rare et original pour qu'on s'en souvienne.
Mais 18 ans après, j'avais totalement oublié ce personnage, peu important dans le roman.
Ce n'est qu'en relisant le roman en novembre dernier, afin de le publier en février de cette année, que j'ai sursauté en tombant sur ces deux mots : commissaire Vendémiaire, quelques jours à peine après avoir lu l'Indigène de Marc Liblin :
En haut : détail de l'article L'indigène paru dans la revue Tahiti Pacifique en 1995. En bas, détail de la page 322 du roman In Memoriam écrit en 2005 et paru en février 2021.
En haut : détail de l'article L'indigène paru dans la revue Tahiti Pacifique en 1995. En bas, détail de la page 322 du roman In Memoriam écrit en 2005 et paru en février 2021.
Un nouvelle carte au nom de Marc Liblin
De son côté, les mésaventures de Marie avec les cartes de fidélité continuent. La semaine dernière, son compagnon se rend chez Total pour prendre de l'essence. On lui propose une carte de fidélité. Jugeant que ça servirait davantage à Marie qui est souvent sur les routes, il indique plutôt son prénom et son nom (en prenant soin de bien épeler !).
Marie reçoit ensuite un mail validant sa nouvelle carte et elle découvre qu'elle est adressée à Marc Liblin !
Mail adressé à Marie Liblin
Mail adressé à Marie Liblin
On m'objectera que si elle s'appelait Chantal cela arriverait sans doute moins souvent, mais je trouvais amusant de partager cette nouvelle “erreur”. De son côté, Marie commence à trouver cela moins amusant…
Quoiqu'il en soit, toutes ces coïncidences cumulées sont troublantes.
L'oncle Ernest, In Memoriam, Unknown, les synchronicités avec Marc semblent s'établir dans la sphère de l'imaginaire, à travers mes livres et mes scénarios.
Cela me fait réfléchir à la nature de que nous appelons, faute de mieux, “l'imagination”.
D'où nous viennent nos idées ?
Les moments où l'on est inspiré nous connectent-ils à des formes d'images, de récits, de symboles qui se transmettent entre différentes époques, différentes personnes, ou d'une même personne à travers le temps ?
Hervé Korian, un ami scénariste de films et séries, me confiait un jour qu'il écrivait souvent ses histoires lorsqu'il se trouvait dans un état spécifique qui s'apparente à une forme de transe. Cet état lui permettait de visualiser littéralement ses histoires, et de les écrire de manière quasi automatique, comme si une voix les lui dictait.
De la même façon, je me souviens avoir écrit le récit d’Unknown en quelques heures, comme si ce récit existait déjà quelque part et que je n'avais plus qu'à le transmettre et le matérialiser avec des mots écrits sur mon écran.
Le psychiatre Carl Gustav Jung évoquait la possibilité d'existence d'« images primordiales » conditionnant un imaginaire collectif et sa représentation à partir d'archétypes.
A propos des synchronicités, il écrit :
On dirait, en effet, que le temps n'est rien moins qu'une abstraction, mais bien plutôt un continuum concret renfermant des qualités ou des conditions fondamentales qui peuvent se manifester dans une autre relative simultanéité en différents endroits, selon un parallélisme dénué d'explications causales : c'est le cas par exemple de l'apparition simultanée de pensées, de symboles ou d'états psychiques identiques.
Linéarité du temps et causalité dont certains physiciens contemporains questionnent à leur tour l'existence même.
Avez-vous aimé ce numéro ?
Eric Viennot

Journal d'enquête sur le destin hors du commun de Marc Liblin.
Quand la réalité dépasse parfois la fiction…
[ 2 publications par semaine ]
Commencez par le numéro 1 : https://www.getrevue.co/profile/ericviennot/issues/1-l-atlas-des-iles-abandonnees-304842

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