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#39 | Connexions sacrées

L'homme qui rêvait dans une langue inconnue
#39 | Connexions sacrées
Par Eric Viennot • Numéro #39 • Consulter en ligne
Christian Ghasarian me conseille de prendre contact avec Philippe Mastin qui a fait, lui aussi, des recherches sur les pare et les lieux sacrés de Rapa Iti.
Il est difficile de décrire Philippe Mastin dont Christian prétend qu’il pourrait, à lui-seul, faire l’objet d’un documentaire. Difficile parce que Mastin est discret sur ses activités.
D'origine française, Philippe se définit comme un Polynésien. Il s'est établi à Madagascar depuis quelques années pour y poursuivre une quête sur laquelle il ne souhaite pas trop communiquer.
« Il y a des choses qu’on peut dire et d’autres non. C’est un peu comme si on confiait une Ferrari à quelqu’un qui n’a conduit qu’une 2 CV durant toute sa vie ! »
Il a fallu de longs échanges avec lui pour qu’il accepte de me confier quelques informations passionnantes, qui éclairent un peu plus la quête de Marc, qu’il n’a pas connu, mais avec lequel il se sent très proche.
Sa connaissance des sites anciens semble immense.
Entrer dans le monde de Philippe Mastin c’est franchir une nouvelle dimension dans laquelle légendes et réalités se confondent, rituels, magie, téléportation sont des expériences tout à fait ordinaires.

Tiki de Raivavae photographié dans les années 30 (Photo Pierre Verger)
Tiki de Raivavae photographié dans les années 30 (Photo Pierre Verger)
Philippe Mastin s’est rendu à Rapa il y a une quinzaine d’années environ. C’est Thierry (Titi), le fils de Meretuini, qui lui a servi de guide.
« Je me suis rendu naturellement, en suivant mon intuition, vers des endroits qui m’interpellaient : des sources, des grottes, des pierres sculptées, des ruines, etc. »
Thierry fut surpris par sa connaissance de l’île, alors qu’il n’était jamais venu auparavant.
« Thierry était très étonné parce que je m’arrêtais exactement aux mêmes endroits que Marc, même quand ces endroits sacrés étaient dissimulés par la végétation. »
Quand je lui demande comment fait-il, il répond que c’est grâce à des recherches et par une longue pratique de la méditation. Une forme d’écoute du monde de l’invisible, que Marc pratiquait selon lui également.
« Les anciens étaient connectés avec la nature et l’invisible. Ils avaient une forme de sagesse que nous avons perdue dans le monde moderne. C’est cette forme de sagesse que j’essaie de perpétuer. »
Sur place, il accomplit des rituels qui servent, selon ses propos, à «réactiver » le mana de certains lieux et à connecter ces sites sacrés entre eux. Pour ses rituels, il se sert d’objets dont des pierres.
En l’écoutant parler de la sorte, je comprends mieux cette obsession de Marc pour la collection et le déplacement de certaines pierres.
Formation volcanique naturelle à Rapa (Photo © Jaume Bartroli)
Formation volcanique naturelle à Rapa (Photo © Jaume Bartroli)
Tombeau des Rois à Rapa (© Jaume Bartroli)
Tombeau des Rois à Rapa (© Jaume Bartroli)
Philippe Mastin tient à préciser que ses activités et recherches ne sont pas une forme de refuge vers un passé lointain mais au contraire, elles sont importantes à ses yeux pour préparer le monde à un meilleur futur, en lui apportant une forme de protection spirituelle.
« Les ruines ou les sites anciens ne sont intéressants que s’ils nous ouvrent sur l’avenir…
J'ai pu constater dans des actions que j'ai pu effectuer qu'elles étaient le reflet exact de légendes que certains vieux me racontaient après. Le passé, le présent, le futur, tout est connecté »
Parmi les nombreux sites sacrés qu’il a explorés, Rapa Iti est, selon lui, un lieu important. Et sa quête rappelle complètement celle de Marc.
« J'ai toujours pensé qu'il y avait quelque chose que je devais découvrir à Rapa.
Il y a quelque chose dans l'île de précieux, d'inestimable. »
Pare Kapitanga (Photo © Jaume Bartroli)
Pare Kapitanga (Photo © Jaume Bartroli)
Pare de Vairu (Photo © Jaume Bartroli)
Pare de Vairu (Photo © Jaume Bartroli)
Quand je lui demande en quoi l'île est précieuse, il élude la question et me répond, comme bien souvent, par une autre question :
« Pourquoi à ton avis cette île est-elle si isolée ? »
Je m’aventure à tenter un élément de réponse :
« Parce qu’elle contient une forme de secret qui doit rester à l’abri des hommes ? » 
Il me répond :
« Comme Marc, je pense que Rapa est plus importante que l’île de Pâques. C’est un lieu très particulier. En haut des pare j’ai ressenti une très puissante énergie. Mais Rapa n’est pas la seule dans le monde… Tous ces lieux sont connectés et c’est la connexion qui est importante. Rapa n'est rien sans la Grande Pyramide. Mais sans Rapa, la Grande Pyramide n'est rien. »
Une nouvelle fois, la Pyramide…
Philippe évoque également les fameuses lumières bleues qui sont apparues plusieurs fois au cours de ce récit.
« Tu as dû entendre parler des lumières bleues que certains ont vues à Rapa ? Ces lumières sont présentes dans d’autres îles comme Raivavae par exemple. Ce sont des manifestations d’entités venues d’autres réalités qui n’apparaissent qu’à certaines conditions, visibles uniquement par certaines personnes… »
Pare Ruatara vu de Kapitanga (Photo © Jaume Bartroli)
Pare Ruatara vu de Kapitanga (Photo © Jaume Bartroli)
Vue du Pare Kapitanga (Photo © Jaume Bartroli)
Vue du Pare Kapitanga (Photo © Jaume Bartroli)
A propos des pare, évidemment Philippe réfute l’idée qu’ils aient été de simples forts. Mais il ne veut pas me donner d’explications sur leur fonction.
Il me donne cependant quelques éléments de réponses et me guide avec bienveillance.
J’ai l’impression que c’est important à ses yeux que je trouve par moi-même.
« Dans tous les lieux sacrés anciens, les coordonnées, les dimensions, les angles, etc, tout a une grande importance. 
Cela nous permet d'ouvrir nos yeux et notre esprit.
Après, cela devient beaucoup plus simple.»
Pour cette raison, à en croire Christian Ghasarian, Philippe Mastin était déjà équipé il y a quinze ans d’un matériel GPS de haute précision.
Philippe m’explique ce qu’il a déjà confié à Christian quelques années auparavant :
« J’ai donc référencé tous les sites sacrés de l’île en enregistrant leurs coordonnées sur une carte marine. Et bien toutes les lignes reliant ces différents sites convergent vers le sommet du Tapui. A quelques centimètres près ! C’était tellement surprenant que j’ai recommencé 3 fois pour vérifier».
Je lui demande comment les créateurs des pare ont pu atteindre ce niveau de précision, avec les moyens de l'époque.
« Tu sais les anciens Polynésiens naviguaient sans carte. Ils n'en avaient pas besoin… »
Malheureusement il n'a pas pu retrouver sa carte marine pour me la montrer. Mais Christian atteste l'avoir vue et on peut lui faire totalement confiance.
Sans connaitre tous les lieux sacrés de l'île, cette convergence des lignes passant par les pare vers le sommet du Tapui est tout à fait plausible, comme l'atteste le croquis que j'ai fait moi-même ci-dessous :
Alignement des 14 pare avec l'îlot Tapui au centre de la Baie
Alignement des 14 pare avec l'îlot Tapui au centre de la Baie
Cette symétrie est rendue possible par la forme circulaire de l'île et le positionnement du Tapui en son centre.
En revanche, le parfait alignement entre le Tapui et certains pare opposés est plus troublant. D'autant plus si, sur ces mêmes lignes, on retrouve comme le prétend Philippe Mastin, un certain nombre d'autres emplacements importants (pierres sacrées, sources, grottes etc…).
Cela est encore plus troublant quand Mastin explique :
« Ce qu’il y a d’intéressant dans ces alignements c ‘est qu’ils se relient entre eux dans l’île elle-même mais avec les autres îles».
Cela me rappelle la phrase de Jérôme Walczak :
“Cette petite île volcanique était alors un des hauts lieux du monde et peut-être même un point de contact avec… d'autres mondes.” 
Pointe Temapu (Photo © Jaume Bartroli, 1996)
Pointe Temapu (Photo © Jaume Bartroli, 1996)
Philippe termine son récit en me racontant une anecdote étonnante:
« Tu ne vas peut-être pas me croire mais quand j'ai dézoommé la carte sur mon GPS, toutes les lignes, reliant tous les sites entre eux, ont fait apparaître une forme de crâne ».
A ces mots, j'ai une réminiscence soudaine, très troublante. Je vous en expliquerai le sens dans le prochain épisode, car c'est un peu long à raconter.
Au fil de nos conversations, Philippe me parle de son ami Raphaël. Il m’évoque les facultés étonnantes de son ami capable de « voir et de sentir les Choses » à distance :
« Nous avons exploré une île ensemble. Un jour, nous avions convenu de visiter un site sacré en compagnie d’une autre personne. Mais ce matin-là, il m’a dit qu’il préférait rester à l’hôtel où nous logions. Je suis donc parti seul et, en compagnie de cette femme, j’ai exploré ce site. La visite fut très intéressante. De retour à l’hôtel le soir, quand j’ai voulu lui raconter, Raphaël m’a interrompu en me disant : ce n’est pas la peine de me dire parce que j’étais avec vous ! Et il a commencé à me raconter en détails certains moments que j’avais vécus, ainsi que les conversations que nous avions eues avec cette femme à différents moments de la journée. »
Intrigué je lui demande si je peux entrer en contact avec cet ami Raphaël.
Il n’a ni emails, ni téléphone…
Mais alors comment je peux faire ?
Tu te rendras à Tahiti. Tu attendras à un endroit. Il saura que tu le cherches et il viendra alors à ta rencontre.
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Eric Viennot

Journal d'enquête sur le destin hors du commun de Marc Liblin.
Quand la réalité dépasse parfois la fiction…
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