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#35 | Projet îles australes

L'homme qui rêvait dans une langue inconnue
#35 | Projet îles australes
Par Eric Viennot • Numéro #35 • Consulter en ligne
Après avoir passé en revue les différents documents des associations rennaises (il m'en reste encore certains à étudier, mais je le ferai plus tard…), j'entre dans le coeur du sujet qui me préoccupe, à savoir la mission scientifique de Marc Liblin à Rapa Iti.
Pour ceux qui s'inquiétaient de ne plus me voir en parler, on en revient à la langue apprise dans les rêves…

Pare de Rapa (auteur inconnu, droits réservés)
Pare de Rapa (auteur inconnu, droits réservés)
Dossier de recherche de Marc Liblin
Dossier de recherche de Marc Liblin
Dans les documents envoyés par Pierre Leruz se trouve un dossier d'une soixantaine de pages détaillant la mission de Marc à Rapa. L'objectif de ce dossier, qui semble avoir été rédigé conjointement par Gérard Colin et Marc Liblin, était de permettre à Marc d'obtenir un statut de chercheur à Rapa avec une bourse de recherche au sein de l'ARSCE. D'obtenir également l'accord du Haut-Commissaire de la République en Polynésie française , ce qui a été le cas, comme en témoigne le document ci-dessous, daté du 2 juin 1983.
Autorisation de recherche accordée par le Haut-Commissaire de la République en Polynésie française.
Autorisation de recherche accordée par le Haut-Commissaire de la République en Polynésie française.
Un chercheur expérimentaliste
Document de l'ARSCE co-signé Pierre Le Ruz et G.Colin détaillant les objectifs de la mission scientifique de Marc Liblin à Rapa
Document de l'ARSCE co-signé Pierre Le Ruz et G.Colin détaillant les objectifs de la mission scientifique de Marc Liblin à Rapa
En introduction, les dirigeants de l'Association détaillent le contexte de la mission et le profil de chercheur atypique qu'est Marc Liblin.
En opposition au modèle classique du chercheur occidental, procédant par la pensée analytique, ils décrivent Marc comme un chercheur “expérimentaliste” qui procède par intuition.
La démarche de Monsieur Liblin est inverse, puisqu'à partir “d'informations qui lui sont propres”, il cherche à faire passer une connaissance structurée par analyse de synthèse.
Et un peu plus loin :
Force est de constater qu'il est un “découvreur authentique” et que “malgré lui” il est “adapté” de telle façon que ses fonctions de sensation et d'intuition, mises en immersion dans un certain milieu pour approcher le réel, produisent dans son “esprit”, des modèles fonctionnels d'une certaine Réalité qu'il perçoit globalement et qu'il restitue.
Sans les nommer expressément, ce qui les décrédibiliserait d'emblée vis à vis de leurs pairs, il semble que les auteurs évoquent les dons de médiumnité de Marc.
Après cette introduction, une seconde partie intitulée Base de connaissance et d'étude nécessaires pour la compréhension du projet Iles australes aborde plusieurs sujets ayant trait notamment au fonctionnement du cerveau.
Introduction au dossier de recherche de Marc Liblin
Introduction au dossier de recherche de Marc Liblin
Dans cette partie dense (une trentaine de pages) les auteurs tentent de démontrer, différentes études de l'ARSCE à l'appui, que le cerveau humain n'est pas réductible à un simple “ordinateur” physique. En citant des expériences de rétroaction biologique, de guérison spontanée, de sophrologie ou d'hypnose, ils assurent que le pouvoir du cerveau dépasse largement ce à quoi la science officielle le cantonne.
En voici quelques exemples :
“Alors que la science officielle démontrait que l'homme ne pouvait pas aller au delà d'une certaine profondeur en plongée n'est-il pas curieux qu'un plongeur de plus de 40 ans, descendu à plus de 100 mètres avec un petit appareillage, certifie qu'il ne peut le faire qu'après une séance de yoga ?”
“Sur le cas des endorphines, dont on sait qu'elles sont concentrées dans le système limbique ou rhinencéphale, nos études prouvent qu'elles ont des propriétés analgésiques analogues à celles de la morphine alors qu'elles ont été suscitées… par des placébos.”
Ces textes écrits dans les années 80 me semblent très en avance sur des découvertes scientifiques récentes, notamment sur les bienfaits de la méditation pour la santé, ou les pouvoirs de l'auto-hypnose.
Après cette longue introduction sur le contexte, on en vient au contenu de la recherche de Marc Liblin à Rapa.
Un autre temps jamais révolu
Projet du chercheur Marc Liblin rédigé avant son départ à Rapa Iti
Projet du chercheur Marc Liblin rédigé avant son départ à Rapa Iti
 Baie de Rapa avec le Tapui : photo illustrant la présentation des recherches de Marc Liblin à Rapa Iti.
Baie de Rapa avec le Tapui : photo illustrant la présentation des recherches de Marc Liblin à Rapa Iti.
Le projet de recherche de Marc ILES AUSTRALES est sous-titré l'étude psycho-linguistique des langues à mots sans verbe est-elle possible ?
En résumé, le travail de recherche de Marc consistait à étudier le vieux Rapa, en tant que langue mère.
Il postulait que Rapa, n'ayant pas changé de part son isolement, la langue Rapa pouvait beaucoup nous apprendre sur l'origine et l'évolution des langues.
“ Nous postulerons donc qu'il puisse y avoir au moins une langue, sans ou avec peu de verbes.
Après notre pré-étude, nous pensons qu'au travers de cette langue on pourrait comprendre des structurations pondérales de langues telles que le Chananéen et constater par là même un autre sens à la langue arabe.”
Je n'ai pas encore pu vérifier, mais le vieux Rapa serait donc une langue avec peu de verbes. Selon Marc, cela reflétait un mode de pensée particulier des insulaires. Je parle au passé car le vieux Rapa, déjà à son époque, n'était quasiment parlé que par des personnes âgées.
La façon dont Marc parle de cette langue, de manière codée, pourrait être une allusion à la faculté de la parler sans l'avoir apprise de manière naturelle. Et le fait de se rendre à Rapa, une forme de retour à la source.
“ Vision-écriture stable d'un autre temps, jamais révolu. (…) En l'unique regard ou celui-ci se retrouve, et retourne à la source… sans avoir été quitté, ni s'être vraiment oublié dans d'autres savoirs.”
Il inscrit également la langue dans un contexte plus vaste, ce qui lui permettra d'aborder d'autres aspects culturels de l'île.
L'étude de cette langue “hors du temps” pour reprendre son expression, permettrait selon lui de mieux comprendre la culture ancestrale des îles australes.
“On pourrait étudier ainsi toute langue, fut-elle sans verbe, uniquement en retrouvant dans les mots des phénomènes dûs à l'environnement ou au monde qui les sous-tendent. Il est donc important de connaître cette langue de Rapa Iti qui est sans ou avec peu de verbes, parce qu'elle touche au présent par la notion de concept alors utilisable, pour qu'elle soit envisagée.”
Dans ces textes, il élargit les îles australes à l'île de Pâques, les associant fréquemment sous le pluriel “les îles de Pâques” ou “les îles de Rapa”.
Un autre point intéressant réside dans la description des points d'étapes de son projet de recherche, décrits ainsi :
  • L'autre langage, le même seul, celui des îles de Pâques.
  • La vérité des Ma'ake
  • Rapa Nou, les deux choeurs d'Hau'Ma'Ka’.
  • Un avenir de terre promise, par l'association des “peuples de Ma”.
Dossier de recherche de Marc Liblin (détail)
Dossier de recherche de Marc Liblin (détail)
Ceci confirme plusieurs points que nous avions évoqués précédemment :
  • L'intérêt de Marc pour la généalogie des Make. Il évoque par ailleurs sa collaboration avec Meretuini, “descendante directe des Make-Make”.
  • Le langage commun entre Rapa Nui et Rapa Iti et, au delà, une filiation culturelle évidente entre les deux îles. Après quelques recherches, Haumaka pourrait être le nom donné aux premiers arrivants de l'île de Pâques. Mais cela reste à confirmer.
À plusieurs reprises, il emploie l'expression Peuples de Ma, qui m'évoque immédiatement le peuple de Mu. Interrogé sur ce point Jaume m'envoie un document en sa possession : un document que Marc lui a laissé avant son départ de Rapa en 1996 pour la Nouvelle-Zélande et Tonga. Dans ce document, Marc avait consigné des recherches à effectuer pour lui sur la généalogie des Make.
Ma comme Ma'aKe… Cela me semble une piste valable.
Je suis surpris par les connaissances qu'avaient déjà accumulées Marc avant même son départ pour Rapa. Meretuini l'a sans doute aidé.
Je lis et relis tous ces textes. Je sens quelque chose d'important mais qui m'échappe encore…
Une chose qui a un lien avec le temps mais que je ne parviens pas encore à formaliser.
“On pourrait étudier ainsi toute langue, fut-elle sans verbe, uniquement en retrouvant dans les mots des phénomènes dûs à l'environnement ou au monde qui les sous-tendent. Il est donc important de connaitre cette langue de Rapa Iti qui est sans ou avec peu de verbes, parce qu'elle touche au présent.
” Vision-écriture stable d'un autre temps, jamais révolu.“
Un nouveau mystère à éclaircir…
À suivre…
Avez-vous aimé ce numéro ?
Eric Viennot

Journal d'enquête sur le destin hors du commun de Marc Liblin.
Quand la réalité dépasse parfois la fiction…
[ 2 publications par semaine ]
Commencez par le numéro 1 : https://www.getrevue.co/profile/ericviennot/issues/1-l-atlas-des-iles-abandonnees-304842

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