#32 | Une civilisation disparue

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L'homme qui rêvait dans une langue inconnue
#32 | Une civilisation disparue
Par Eric Viennot • Numéro #32 • Consulter en ligne
Cette histoire de pyramide sous la mer a évidemment excité mon imagination. Marc Liblin croyait-il à une civilisation disparue dont Rapa, ainsi que l'île de Pâques, pourrait héberger certains vestiges ?

Moaï de l'île de Pâques (Droits réservés)
Moaï de l'île de Pâques (Droits réservés)
Je commence par vérifier où se situe l'antipode (c'est à dire le lieu diamétralement opposé) de la Pyramide de Chéops.
Sans Internet (c'était le cas pour Marc), on peut le trouver à partir d'une formule mathématique et d'une carte possédant des coordonnées précises.
Aujourd'hui avec Internet, c'est beaucoup plus simple. Plusieurs sites vous permettent de l'obtenir en un clic.
Et alors ?
Marc avait raison ! L'antipode de la pyramide de Khéops se situe effectivement pas très loin de Rapa Iti, qui est l'île la plus proche.
Proximité de Rapa Iti avec le point situé sur l'antipode de la pyramide de Kheops, placé sur google Earth.
Proximité de Rapa Iti avec le point situé sur l'antipode de la pyramide de Kheops, placé sur google Earth.
Mais d'où Marc détenait-il cette information sur cette pyramide sous marine située sur l'antipode de Chéops ?
J'ai peut-être une piste…
Et de nouveau Jules Verne
Nous avions évoqué au début de ce récit, l’Ile mystérieuse de Jules Verne. Elle n'est pas très loin également de l'antipode de Chéops, comme on peut le voir ci-dessous.
L'emplacement de l'île Lincoln (L'Ile mystérieuse de Jules Verne)
L'emplacement de l'île Lincoln (L'Ile mystérieuse de Jules Verne)
Jules Verne aurait-il choisi ce lieu par hasard ?
C'est peu probable, connaissant le soin qu'attachait l'auteur à la documentation et la crédibilité de ses romans, qu'il écrivait avec un grand souci du détail.
Des chercheurs ont noté des symboles occultes dans son oeuvre. Certains ont vu, par exemple, un quasi anagramme de YESU CHRIST dans le héros de l’Ile Mystérieuse CYRUS SMITH.
Un moment, dans le même livre, les naufragés doivent trouver un nom pour l'île inconnue sur laquelle ils ont atterri en ballon.
Je cite :
– Et notre île ? Comment ! Nous avons oublié de la baptiser?»
Harbert allait proposer de lui donner le nom de l’ingénieur, et tous ses compagnons y eussent applaudi, quand Cyrus Smith dit simplement :
« Appelons-la du nom d’un grand citoyen, mes amis, de celui qui lutte maintenant pour défendre l’unité de la république américaine ! Appelons-la l’île Lincoln ! »
Lincoln serait donc un hommage à l'homme politique Abraham Lincoln. Mais, là aussi, y aurait-il un sens caché ?
La grande pyramide de Chéops est restée pendant 4000 ans le plus haut monument du monde. Jusqu'à ce qu'une cathédrale la dépasse en 1311. Cette cathédrale nommée Cathédrale de la Vierge Marie est située en Angleterre dans la ville de… Lincoln.
Hasard ? Ou, à travers Lincoln, une référence implicite de Jules Verne à la Grande Pyramide ?
Mais si c'était le cas, pourquoi ne pas avoir placé l'île mystérieuse sur l'antipode ?
Erreur de calcul ? C'est peu probable.
Et si la pyramide évoquée par Marc était plutôt à l'emplacement de l'île Lincoln ?
Si certains parmi vous ont d'autres idées, je suis preneur.
Malgré cette erreur, se pourrait-il que cette information occulte d'une pyramide sous la mer circulât dans les milieux ésotériques du XIXème siècle ? Et qu'elle soit parvenue jusqu'à Marc ?
La légende de Mu
Pratiquement à la même époque est apparue une autre légende, liée elle aussi à une civilisation disparue. Brasseur de Bourbourg est le premier à évoquer le continent Mu en 1866, dont il prétend avoir découvert l'existence dans un codex Maya.
Selon lui, ce continent hébergeait une civilisation disparue, qui aurait été à l'origine de l'édification de grandes pyramides à travers le globe.
Mais c'est surtout James Churchward (1852-1936) qui a popularisé cette thèse à travers son ouvrage The Lost Continent of Mu, publié en 1926.
The Lost Continent of Mu (exemplaire français publié en 1969 aux Editions J'ai Lu)
The Lost Continent of Mu (exemplaire français publié en 1969 aux Editions J'ai Lu)
Contrairement à Brasseur de Bourbourg, Churchward situait ce continent au niveau de l'actuelle Polynésie.
Carte du continent Mu dessinée par James Churchward.
Carte du continent Mu dessinée par James Churchward.
Churchward prétendait qu'il avait été initié en Inde, par des moines, au décryptage de tablettes très anciennes appartenant à la civilisation Naacal. Cette civilisation aurait atteint son apogée 50000 ans avant notre ère. À ma connaissance, il n'a jamais publié de photographies de ces tablettes. En revanche, ses ouvrages tentent de démontrer, nombreuses illustrations à l'appui, les traces de Mu dans les cultures et les écritures mayas, égyptiennes et indiennes. Une forme d'origine commune dont il fait la généalogie.
Vignette maya racontant, selon Churchward, l'engloutissement de Mu, les Terres de l'Ouest (Mu le Continent perdu)
Vignette maya racontant, selon Churchward, l'engloutissement de Mu, les Terres de l'Ouest (Mu le Continent perdu)
Parenté des alphabets Mu, Maya et Egyptien, selon James Churchward (L'univers secret de Mu)
Parenté des alphabets Mu, Maya et Egyptien, selon James Churchward (L'univers secret de Mu)
Les thèses de Churchward ont été battues en brèche par de nombreux scientifiques. L'existence d'un continent englouti en Polynésie, ne repose sur aucune réalité géologique. Les îles polynésiennes sont, pour la plupart, issues de formations volcaniques ou coralliennes. Elles ne peuvent donc pas être les résidus d'un continent disparu. Rapa Iti, l'une des plus “jeunes” îles des Australes, remonterait à quelques cinq millions d'années…
Quand j'ai évoqué Mu avec Jérôme Walczak, il a esquissé un sourire.
« C'est vrai que les similitudes entre Marc Liblin et James Churchward sont frappantes : des tablettes, une ancienne écriture décryptée, un lien avec l'île de Pâques… Mais Marc n'a jamais évoqué Mu avec moi.»
De son côté, Jaume est encore plus catégorique : 
« Marc évoquait une civilisation ancienne oui, mais cela n'avait aucun lien avec la légende du continent Mu.»
Il faudra donc chercher dans une autre direction…
En dehors de la thèse de Churchward, peu crédible, il existe une forme d'archéologie non-officielle qui reprend, sous différentes variantes, la thèse d'une ancienne civilisation disparue.
L'un des auteurs qui a récemment popularisé ces idées est le journaliste écrivain Graham Hancock. Selon lui, le mythe du déluge est un récit universel qui repose sur un cataclysme réel. Ce cataclysme aurait eu lieu il y a 12 800 ans, décimant une civilisation très avancée dont on pourrait trouver des traces dans plusieurs continents.
Il serait long de développer ici ses thèses, basées sur de nombreuses observations à travers le monde, mais les questions qu'il pose, notamment sur la possibilité de déplacer des blocs de granit de centaines de tonnes pour la constructions de certains édifices, ne sont pas dénuées d'intérêt. Il est vrai que le déplacement des moaï de l'île de Pâques sur des dizaines de kilomètres par des moyens artisanaux peut laisser quelque peu perplexe.
Concernant l'île de Pâques justement, pour Hancock, les moaï seraient beaucoup plus anciens que la datation officielle le laisserait supposer. Preuve en est, selon lui, l'épaisseur des sédiments qui enfouiraient certaines statues sur plus de 10 mètres.
Photo de l'expédition Thor Heyerdhal à l'île de Pâques en 1956. On peut constater que presque les deux tiers de la statue était recouverts de terre.
Photo de l'expédition Thor Heyerdhal à l'île de Pâques en 1956. On peut constater que presque les deux tiers de la statue était recouverts de terre.
Au fil de mes recherches, je tombe sur une citation de l'ethnologue Francis Mazière, auteur du livre Fantastique Ile de Pâques, qui m'a fait rêver dans ma jeunesse, et qui a contribué à agrémenter le mystère autour de Rapa Nui.
Ses mots font étonnamment écho aux propos de Marc rapportés par Jérôme Walczak :
“Cette petite île volcanique était alors un des hauts lieux du monde et peut-être même un point de contact avec… d'autres mondes.” 
Avez-vous aimé ce numéro ?
Eric Viennot

Journal d'enquête sur le destin hors du commun de Marc Liblin.
Quand la réalité dépasse parfois la fiction…
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