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Desk Russie n°40 – L’offensive ukrainienne sape le soutien de la société russe à Poutine

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Desk Russie n°40 – L’offensive ukrainienne sape le soutien de la société russe à Poutine
Par Desk Russie • Numéro #40 • Consulter en ligne
Chères abonnées, chers abonnés,
À l’heure où nous écrivons ces lignes, l’Ukraine est en train de libérer son territoire des envahisseurs russes. Il est trop tôt pour crier victoire, mais l’armée ukrainienne a montré ses capacités stratégiques, et les armes occidentales, leur supériorité sur les armes russes. Le président Zelensky a pris les dimensions d’un très grand chef d'État, de la trempe de Winston Churchill ou du général de Gaulle. Ce petit homme musclé, en tee-shirt kaki, est un visionnaire intrépide qui a subjugué le monde occidental. Il a su adresser aux Russes ce message, en guise de réponse à leurs bombardements sauvages des infrastructures électriques ukrainiennes : « Pour nous, le froid, la faim, l’obscurité et la soif ne sont pas aussi terribles et mortels que votre “amitié et fraternité”. » Et il a clairement signifié que l’Ukraine se relèverait de ses cendres, « sans vous » (les Russes), mais au sein du concert des nations civilisées. 
L’avancée ukrainienne commence à déchirer la société russe. D’une part, les démocrates continuent de s’insurger contre cette guerre qui laisse augurer des désastres pour la Russie. C’est le cas de deux groupes de députés municipaux, de Moscou et de Saint-Pétersbourg, qui ont osé demander publiquement la destitution de Vladimir Poutine. D’autre part, les ultranationalistes, dont les propagandistes du régime tels que Vladimir Soloviev et Margarita Simonian, sont révoltés par « l’indécision » de Poutine : ils exigent qu’il ordonne la mobilisation générale, proclame la loi martiale et fasse bombarder sans relâche les infrastructures civiles ukrainiennes. Or, la majorité de la population russe soutient la guerre parce qu’elle a foi en son chef et qu’elle n’est pas directement concernée. Jusque-là, ce sont surtout des jeunes gens issus des périphéries pauvres du pays qui se sont fait tuer sur le front. Mais si la population des grandes villes est amenée à prendre part à l’effort de guerre, on peut s’attendre à un sursaut de protestation. Désormais, il n’y a plus de « bonne » solution pour Poutine : qu’il ordonne le retrait de ses troupes ou qu’il poursuive la guerre, il pourrait finir par perdre le pouvoir. 
C’est ce qu’espère l’essayiste politique russe Sergueï Medvedev, l’un de nos auteurs phares : pour lui, dans ces moments critiques, une minorité résolue peut gagner, comme pendant le putsch de 1991. Ce qui nous ramène, naturellement, au souvenir de Mikhaïl Gorbatchev, mort le 30 août dernier. Pour l’écrivain bélarusse Alhierd Bacharevič, « c’est grâce à Gorbatchev que nous avons compris si tôt la valeur de la liberté ». La disparition du premier et dernier président soviétique a coïncidé, peu ou prou, avec le retrait de la licence de Novaïa Gazeta, le journal que Gorbatchev a contribué à financer et dont il est resté, jusqu’à la fin de sa vie, un soutien moral. Une occasion de rappeler le parcours et le combat de Dmitri Mouratov, le courageux rédacteur en chef de ce journal honnête et indispensable. C’est une parenthèse de trente ans de liberté qui s’est totalement refermée, comme le montre l’article d’Alexeï Timofeïev (un pseudonyme) sur les persécutions des opposants sous des prétextes de plus en plus fantasques, comme le « discrédit de l’armée russe » ― autrement dit, pour avoir appelé un chat un chat. Enfin, dans cette première partie de la newsletter, nous publions une nouvelle sélection de textes d’Alexeï Navalny, le plus célèbre prisonnier politique de Poutine. 
La deuxième partie regroupe l’article de Jean-Sylvestre Mongrenier, qui analyse comment l’Iran, État paria, aide la Russie à contourner les sanctions occidentales ; le reportage de Cécile Vaissié, qui nous raconte le Forum économique de Karpacz (Pologne), ce « Davos de l’Est », et explique pourquoi les nations d’Europe centrale et orientale sont si critiques à l’égard de la France et de l’Allemagne ; enfin, le texte caustique de J.C. (un pseudonyme), qui s’attaque aux « idiots utiles » jouant la carte russe en France, et notamment le « célèbre » Adrien Bocquet, un mythomane dont les faux témoignages sont abondamment utilisés par la propagande russe. 
La troisième partie est consacrée à des sujets de société. Le sociologue ukrainien Mykola Riabtchouk explique pourquoi l’interdiction totale des visas touristiques pour les Russes n’est ni réaliste ni juste, et propose une solution plus réfléchie. L’artiste Katia Margolis revient sur les raisons morales qui l’empêchent de se rendre au festival SlovoNovo, qui, chaque année, réunit la crème de l’intelligentsia russe au Monténégro. De son côté, la poétesse russe Elena Fanaïlova prône l’abandon du discours impérialiste et condescendant de son pays sur les peuples qui, dans le passé, se sont trouvés sous l’occupation russe. Enfin, l’historien slavisant Wladimir Berelowitch nous donne à lire un essai substantiel sur le discours, brandi par le pouvoir russe et ses « idéologues », d’une opposition irréductible entre la Russie et l’Europe au fil de l’histoire : cette confrontation relève-t-elle du mythe ?
Comme à chaque édition, nous vous laissons découvrir la nouvelle caricature de notre dessinateur Epo, ainsi que nos recommandations de lecture et nos zakouski culturels. 
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Photo : Dmitri Borko
Photo : Dmitri Borko
De la tentative de putsch d’août 1991 à la guerre contre l’Ukraine : le syndrôme de la guerre civile russe
Par Sergueï Medvedev
Le politologue Sergueï Medvedev rappelle les circonstances du putsch raté d’août 1991 à Moscou pour en déduire qu’à des moments critiques de l’histoire, une minorité bien organisée et motivée est capable de renverser le cours des choses et de l’emporter sur l’énorme machine de l’État. C’est ce qui pourrait se produire à l’issue d’une défaite russe en Ukraine. Lire l’article.
Photo : Dmitri Borko
Photo : Dmitri Borko
Hommage à Gorbatchev : « Il est venu nous donner la liberté… »
Par Alhierd Bacharevič
Dans ce texte très personnel, l’écrivain bélarusse Alhierd Bacharevič décrit ce qu’il ressent après le décès de Mikhaïl Gorbatchev, en évoquant les bouleversements vécus par toute une génération. Lire l’article.
Photo : Artdocfest Film Festival
Photo : Artdocfest Film Festival
Dmitri Mouratov : une vie de combat
Par Galia Ackerman
Le 5 septembre, le tribunal Basmanny, à Moscou, a révoqué la licence du journal Novaïa Gazeta. Plus tôt, en mars dernier, la publication avait déjà été suspendue par les autorités, ce qui avait conduit la rédaction à créer aussitôt Novaïa Gazeta. Europe, dirigée de Lettonie par un jeune philosophe et journaliste, Kirill Martynov. Dmitri Mouratov, le directeur de Novaïa Gazeta, prix Nobel de la paix 2021, est, lui, resté à Moscou, afin de continuer le combat pour la liberté d’informer. Nous lui rendons hommage et revenons sur l’importance de Novaïa Gazeta. Lire l’article.
Leonid Gozman. Photo : RFE/RL
Leonid Gozman. Photo : RFE/RL
Russie : la traque des dissidents se poursuit
Par Alexeï Timofeïev
Le nombre de personnes arrêtées et détenues en Russie parce qu’elles ne sont pas d’accord avec la politique russe à l’égard de l’Ukraine et désapprouvent « l'opération spéciale » est en augmentation. Arrestations et incarcérations sont rendues possibles non seulement en vertu de l’article sur le fait de « discréditer » l’armée russe, mais aussi en vertu d’autres articles administratifs et pénaux. Lire l’article.
De sa colonie pénitentiaire, Alexeï Navalny participe à distance à une audience, le 2 septembre dernier. Ses photos précédentes dataient de juin, avant qu’il ne soit envoyé quatre fois au quartier disciplinaire. Photo : Sota
De sa colonie pénitentiaire, Alexeï Navalny participe à distance à une audience, le 2 septembre dernier. Ses photos précédentes dataient de juin, avant qu’il ne soit envoyé quatre fois au quartier disciplinaire. Photo : Sota
Navalny, journal de prison (suite)
Par Desk Russie
Les publications récentes d’Alexeï Navalny témoignent une nouvelle fois de son impressionnante pugnacité autant qu’elles illustrent la répression féroce qui s’abat sur les opposants politiques en Russie. Depuis août, il raconte avoir été placé en cellule d’isolement à plusieurs reprises, sans aucune considération pour ses droits élémentaires. Malgré l’inquiétude croissante que sa chronique de prison suscite, il semble toujours prêt à poursuivre son combat et à réaffirmer ses engagements. Lire le journal.
Vladimir Poutine reçu par Ali Khamenei le 19 juillet. // kremlin.ru
Vladimir Poutine reçu par Ali Khamenei le 19 juillet. // kremlin.ru
L’Iran, plate-forme de contournement des sanctions contre la Russie
Par Jean-Sylvestre Mongrenier
Selon le géopolitologue Jean-Sylvestre Mongrenier, l’alliance russo-iranienne se renforce sur fond de guerre en Ukraine, et l’Iran pourrait devenir une plate-forme de contournement des mesures économiques prises par l’Occident contre la Russie. Lire l’article.
Photo : compte Twitter du forum
Photo : compte Twitter du forum
Forum économique de Karpacz : les griefs des Centre-Européens à l’égard de la France et de l’Allemagne
Par Cécile Vaissié
Surnommé le « Davos de l’Est », le Forum économique de Karpacz, en Pologne, s’est tenu du 6 au 8 septembre 2022 en présence de nombreuses personnalités politiques et économiques, venues essentiellement d’Europe centrale et orientale. La guerre russe d’agression contre l’Ukraine était au cœur des discussions. Plusieurs voix ont critiqué les déclarations récentes d’Emmanuel Macron, ainsi que la frilosité perçue de l’Allemagne. Lire l’article.
TVLibertés, capture d’écran
TVLibertés, capture d’écran
Voyage au pays des « idiots utiles » français de Poutine
Par J.C.
L’agression russe aura regonflé à bloc le concept d’« idiots utiles », formule attribuée, peut-être abusivement, à Lénine. Du saint-cyrien égaré à l’imposteur récidiviste, la tribu bigarrée des crypto-poutiniens français, adeptes des médias alternatifs de « réinformation » (l’autre nom de la désinformation), mus par un antiaméricanisme compulsif et un insatiable appétit pour les fantasmes complotistes de l’extrême droite, mérite le détour. En voici quatre spécimens. Lire l’article.
Image : ministère de la Défense ukrainien
Image : ministère de la Défense ukrainien
L’interdiction de visas pour les Russes : séparer le bon grain de l’ivraie
Par Mykola Riabtchouk
La plupart des Russes sont catégoriques quant à l’interdiction de visas touristiques pour les citoyens de Russie. Elle les rendrait collectivement responsables des atrocités de leur gouvernement et empêcherait ceux qui critiquent la guerre de quitter le pays. L’analyste politique ukrainien Mykola Riabtchouk explique pourquoi les Ukrainiens sont favorables à cette sanction, mais il se veut réaliste et propose aussi des solutions simples et pragmatiques. Pour lui, si franchir des frontières ne fait pas partie des droits de l’homme, alors il faudrait commencer par interdire de visa les fonctionnaires russes et demander aux autres s’ils ont publiquement soutenu la guerre de Poutine. Lire l’article.
Festival SlovoNovo, octobre 2021. Photo : Lev Rubinstein
Festival SlovoNovo, octobre 2021. Photo : Lev Rubinstein
Lettre ouverte au Forum de la culture russe
Par Katia Margolis
Depuis 2018, SlovoNovo est un forum annuel, organisé au Monténégro, qui rassemble des écrivains, artistes, musiciens, journalistes et entrepreneurs russophones du monde entier. Son directeur artistique est Marat Guelman, collectionneur d’art contemporain russe, galeriste, organisateur d’événements culturels, lui-même établi au Monténégro. Dans la lettre ouverte qu’elle lui adresse, l’artiste et essayiste russe Katia Margolis explique sa décision de ne pas participer au forum tant que le sang coulera en Ukraine. Lire la lettre.
Les écrivains soviétiques Hrant Matevossian, Anatoli Kim, Sergueï Dovlatov et Tatiana Tolstoï à la conférence de Lisbonne, en 1988.  // Page Facebook de Tatiana Tolstoï
Les écrivains soviétiques Hrant Matevossian, Anatoli Kim, Sergueï Dovlatov et Tatiana Tolstoï à la conférence de Lisbonne, en 1988. // Page Facebook de Tatiana Tolstoï
De l’impérialisme culturel russe
Par Elena Fanaïlova
Dans ce billet, Elena Fanaïlova, poétesse russe de renom, appelle ses confrères écrivains fiers de la culture russe à se débarrasser du regard condescendant qu’ils posent sur les Ukrainiens et leur culture. Elle rappelle à cette occasion les propos de plusieurs écrivains d’Europe centrale et orientale sur l’impérialisme culturel russe à l’époque soviétique. Lire l’article.
Daniel Maclise, « Pierre le Grand à Deptford en 1698 », 1857. // Domaine public
Daniel Maclise, « Pierre le Grand à Deptford en 1698 », 1857. // Domaine public
Russie et Europe : un éternel retour ?
Par Wladimir Berelowitch
L’historien et slavisant Wladimir Berelowitch se penche sur le discours, brandi par le pouvoir russe et ses « idéologues », d’une opposition irréductible entre Russie et Europe au fil de l’histoire : cette confrontation relève-t-elle du mythe ? S’agit-il du retour d’un thème éculé qui aurait traversé les époques ? Quelle est son emprise sur la population russe, à l’heure où une vague d’hystérie et de barbarie pure et simple semble s’être emparée des élites russes ? Le tableau actuel, suggère l’auteur, ressemble à des convulsions tardives d’empire, ce qui pose la question d’une fin peu glorieuse, et peut-être subite, pour la Russie d’aujourd’hui, sans que l’on puisse encore en connaître les contours. Lire l’essai.
La rentrée des classes
Par Epo
À la rentrée comme à la rentrée ! Dans la Russie d’aujourd’hui, de plus en plus militarisée, beaucoup de parents en viennent à affubler leurs bambins d’uniformes militaires pour aller à l’école. C’est à cette pratique et à cette atmosphère belliqueuses que s’attaque notre dessinateur. Voir la caricature.
It’s Time to Prepare for a Ukrainian Victory
La construction de l’Ukraine moderne
Le 3ᵉ numéro de la revue ROAR est en ligne
L’extrême droite européenne en embuscade
Diplomatie : Emmanuel Macron et Olaf Scholz sont dans un bateau…
Livres
Expositions
Boris Mikhaïlov, Journal ukrainien
Soirée d’hommage au photographe Stanley Greene
Débats et colloques
Débat et performance « Spécial Ukraine »
Colloque « L’Histoire captive : historiens, témoins, descendants »
Forum sur les résistances à la guerre menée par le Kremlin, organisé par Russie-Libertés
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