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Voyage au bout de la vengeance - Un dimanche à Hambourg #16

Arthur Devriendt
Arthur Devriendt
Moin Moin,
Est-ce que vous avez déjà entendu parler de « HmbVerfSchG » ? Que veut dire ce mot impossible à prononcer ?
Les plus familiers du droit allemand – y'en-a-t'il par ici ? – auront sans doute reconnu qu'il s'agit d'un texte de loi. En l'occurence, accrochez-vous bien, de la « Hamburgisches Verfassungsschutzgesetz » : la loi qui régit les services de renseignement dans le Land de Hambourg.
Pourquoi je vous en parle ? Car ces services de renseignement ont remis leur rapport pour l'année écoulée. Dans ce numéro, vous découvrirez donc un état des lieux de l'extrémisme politique et religieux à Hambourg.
Le droit est aussi au cœur du nouveau roman de l'auteur hambourgeois Simon Urban, qui vient de paraître et dont je vous propose une lecture.
Pour ceux qui font une allergie à la tenue d'avocat, vous trouverez certainement votre plaisir dans les autres rubriques habituelles. Et si vous saturez de Hambourg, une petite excursion à Berlin est de la partie !
Viel Spaß beim Lesen et à dimanche prochain !
Arthur Devriendt - twitter : @aboketabak / insta : @dimanche_hambourg

Voyage au bout de la vengeance
Décoré du prix littéraire de Hambourg 2020, le nouveau roman de Simon Urban – Comment tout commença et qui en mourravient d'être publié aux éditions Ki&Wi (non traduit). Un voyage au bout de la vengeance, entre Allemagne et Singapour. Sur une chanson de Jacques Brel.
L'écrivain Simon Urban, décoré du prix littéraire de Hambourg où il vit (Tara Wolff)
L'écrivain Simon Urban, décoré du prix littéraire de Hambourg où il vit (Tara Wolff)
Dans les environs de Stuttgart, au début des années 1980, les posters de Batman et de Nena tapissent les murs de la chambre du jeune J.H. Mais c'est dans les articles du code pénal qu'il passe la majeure partie de son temps. C'est qu'il a prévu d'organiser le procès de sa grand-mère, qui maltraite sans cesse sa mère. Le 14 décembre 1985 à 18h04, dans le salon familial où les photos des accusés et témoins sont placées sur des chaises disposées en demi-cercle, la grand-mère est condamnée à la peine de mort. Sans possibilité d'appel.
Après ce départ fracassant, la plume de Simon Urban n'a pas de mal à nous embarquer dans le quotidien de J.H., marqué par la « dictature de la testostérone ». Amoureux des sœurs Weber, il doit composer avec son acné sévère et les humiliations de ses camarades d'école. Le livre ne manque alors pas d'humour, comme ces appels au consulat US pour obtenir la nationalité américaine et enfin faire partie – espère-t-il – de la clique des skaters, qui ont tant de succès auprès des filles. Un échec.
« Wie alles begann und wer dabei umkam » de Simon Urban (ZETT - Arne Bicker)
« Wie alles begann und wer dabei umkam » de Simon Urban (ZETT - Arne Bicker)
Étudiant, J.H. file à l'université de droit de Fribourg où il s'installe dans la résidence « la plus laide de la ville ». Lui qui a appris avec sa mère que le silence pouvait être une technique de survie, prend le contre-pied. Avec Sandra, une camarade d'étude, ils se disent tout haut ce qu'ils trouvent de hideux chez l'autre. Avec un groupe d'étudiants, il met en place un atelier où chacun est amené à dévoiler un secret intime.
Avec Sandra, dont un oncle a été nazi, ils se lancent dans la rédaction d'un « nouveau code pénal » qui n'interdirait pas de rejuger un coupable pour des mêmes faits, et introduirait la notion de « victime collatérale ». Mais quand une nouvelle professeure vient défendre l'approche de la « défense sociale », en français dans le texte, centrée sur la réinsertion des délinquants, c'est le choc. Et la rupture.
Plutôt que de travailler la justice dans les bouquins, il décide de partir pour « voir au plus près les injustices » et de travailler sur un système de justice valable et accepté en tout point du globe. En Papouasie-Nouvelle-Guinée, il s'enrôle comme marin et erre dans les rues de Rabaul. À Singapour, il s'initie à la boxe thaïlandaise – la « Muay Thaï » – et est mis sur les traces d'un criminel sexuel impuni. L'occasion pour lui de mettre en pratique sa vision de la justice ?
Si la deuxième partie du livre de Simon Urban met un peu de temps à se mettre en place, le récit retrouve vite son allant et finit en thriller haletant. Un livre que je recommande donc à tous ceux intéressés par les tiraillements entre justice et vengeance (et si vous aimez la chanson « Les bourgeois » de Jacques Brel). À éviter en revanche pour ceux que la description crue de la violence ou des rapports sexuels rebutent (ou si vous n'aimez pas Jacques Brel).
Sur la toile · Un docu, un podcast, une expo !
Qui pour sauver les clubs et salles de spectacles ?
Un podcast pour les Deichtorhallen
« Éocène ! » : l'exposition en ligne
« Feuilleton » · Rencontre avec Aurelia Paumelle
Avant de poursuivre sur Hambourg, pourquoi ne pas faire un détour par Berlin ? Dans le second numéro de ma newsletter «Feuilleton», je vous propose une rencontre avec la française Aurelia Paumelle, créatrice de vêtements dans la capitale allemande. Elle nous parle de la situation des artistes et de son initiative, le « Lockdown Project ».
Le coin des idées · Atlas des extrémismes
À côté du renseignement national, il existe en Allemagne, dans chacun des 16 Länder, un office de «protection de la constitution». Ces déclinaisons régionales du renseignement, puissantes, opèrent et communiquent en leur nom propre. Le 30 mars dernier, l'office de Hambourg a publié son rapport pour l'année 2020, lequel permet de dresser un état des lieux des extrémismes dans la ville hanséatique.
Des groupes islamistes intégristes à l'extrême gauche en passant par la scientologie sans oublier – nouveauté de cette édition – les mouvements de protestation « anti COVID », le rapport couvre un large spectre de tendances politiques et idéologiques.
Du côté des mouvements islamistes, les auteurs du rapports note que Hambourg est « une scène forte » avec 1 660 individus, dont 1350 seraient « prêts à la violence ». Si la pandémie de coronavirus a empêché la tenue de grandes manifestations, des événements comme l'assassinat de Samuel Paty ou le procès de Charlie Hebdo ont en revanche mobilisé les troupes : « Les événements en France ont eu une influence directe sur la scène islamiste de Hambourg. »
Dans leur rapport, les services de renseignement s'attardent longuement sur la mosquée bleue des bords de l'Alster. Si celle-ci veille à avoir une communication publique très policée, et nie toute activité politique, la mosquée serait en réalité une représentation quasi officielle de la révolution iranienne, promouvant les idées de celle-ci : « La conception de la société portée par [la mosquée bleue] est marquée par le primat de la religion sur la démocratie et l'état de droit. »
La « mosquée bleue » des bords de l'Alster à Hambourg (LfV, MH)
La « mosquée bleue » des bords de l'Alster à Hambourg (LfV, MH)
Dans un tout autre registre, les espions de Hambourg note que « la ville reste en Allemagne un des haut-lieu de la militance d'extrême gauche » avec 1270 individus estimés. Si l'extrème gauche est visible dans la ville à travers l'emblématique centre Rote Flora, les auteurs notent que cette scène est en réalité très éclatée entre autonomes, post-autonomes, anti-impérialistes, communistes…
Ce qui retient en particulier l'attention du service de renseignement, c'est le recours plus fréquent à la violence : « le consensus qui semblait s'être imposé au sein de l'extrème gauche, à savoir la non violence contre les personnes, s'est effrité. » Et prennent pour exemple les événements en marge du procès des « trois du banc public », déjà évoqué ici.
Plus habituelle à l'extrème droite, la violence y connaît une hausse significative, pour atteindre la valeur la plus élevée depuis 2012 (34 cas constatés). Les « délits de propagande », à savoir la réalisation ou la diffusion de signes interdits (comme le salut hitlérien ou la croix gammée) sont également en hausse.
C'est dans leur suivi de l'extrême-droite que les renseignements classent les « anti-COVID » et les partisans des théories du complot qu'elles ne manquent pas de charier, à l'image de QAnon. Une théorie que l'on retrouve également chez les « Reichsbürger », lesquels dénient à la république fédérale d'Allemagne toute existence légale. Un courant qui a vu son nombre d'adhérents doubler en moins de cinq ans à Hambourg (175 individus contre 90 en 2016).
Les éléments présentés ici ne sont qu'une brève synthèse d'un document qui fait plus de 300 pages. Ceux qui souhaiteraient une présentation détaillée de l'ensemble des mouvements et groupuscules, ainsi que leur inscription dans des dynamiques plus larges, pourront utilisement s'y référer.
Sur un plan plus politique, on pourra s'étonner qu'un slogan comme «System Change not Climate Change» – qui n'était pas rare lors des manifestations Fridays for Future – suffise à classer ses adeptes comme des ennemis de la constitution…
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Udo Lindenberg - « Mittendrin »
Udo Lindenberg - « Mittendrin »
Légende de la scène musicale outre-Rhin et figure de Hambourg, vous l'avez peut-être déjà croisé – comme moi – aux abords de l'hôtel Atlantic où il vit. Pour ses 50 ans de carrière, il sortira en mai prochain un nouvel album, « Udopium ». Composé avec un autre hambourgeois d'adoption, Johannes Oerding, « Mittendrin » en est le premier single.
Le son allemand (du dimanche) - La playlist Spotify
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Arthur Devriendt
Arthur Devriendt @aboketabak

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