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Quel rôle pour l'Allemagne dans le monde ? - Un dimanche à Hambourg #15

Arthur Devriendt
Arthur Devriendt
Moin Moin,
En préparant ce 🎉 quinzième numéro 🎉 je me suis posé la question suivante : l'actualité française précède-t-elle l'actualité allemande ?
En matière de couvre-feu, les nouvelles mesures annoncées mercredi dernier par le maire de Hambourg arrivent alors que les Français ont déjà pris l'habitude de ne plus pouvoir sortir de chez eux…
Dans un autre domaine, la « convention citoyenne pour le climat » était à la Une de la presse française bien avant que l'on ne parle ici du « conseil citoyen » initié par le Bundestag. Vous n'en aviez pas entendu parler ? Lisez mon interview avec Carsten Bumm, qui était de la partie. J'espère que vous apprécierez ce nouveau format !
Joyeuses Pâques, viel Spaß beim Lesen et à dimanche prochain !
Arthur Devriendt - twitter : @aboketabak / insta : @dimanche_hambourg
PS : comme annoncé ces dernières semaines, le 1er numéro de mon nouveau projet, «Feuilleton», est sorti hier. Au programme : un voyage dans le Brandebourg avec la romancière Juli Zeh et la correspondance du père d'Adolf Hitler avec l'historien Roman Sandgruber. Abonnez-vous !

Quel rôle pour l'Allemagne dans le monde ?
Alors qu'en France des manifestations ont remis au centre du débat les propositions de la « convention citoyenne pour le climat », en Allemagne, un conseil citoyen similaire, le « Bürgerrat », a rendu le 19 mars dernier ses recommandations au président du Bundestag, Wolfgang Schäuble.
Organisé entièrement à distance et portant sur une thématique très large – « Quel rôle pour l'Allemagne dans le monde ? » - ce conseil aura réuni, en janvier et février, 152 citoyens de toute l'Allemagne tirés au sort. Parmi eux, Carsten Mumm, analyste financier et habitant à Hambourg-Niendorf.
Analyste financier, Carsten Mumm a participé au «Bürgerrat» du Bundestag
Analyste financier, Carsten Mumm a participé au «Bürgerrat» du Bundestag
Herr Mumm, comment avez-vous réagi quand vous avez reçu l'invitation du Bundestag à participer au conseil citoyen ?
J'ai été surpris, je n'avais encore jamais entendu parler d'un conseil citoyen. J'ai brièvement pensé qu'il pouvait s'agir d'un faux. J'ai recherché sur Google et j'ai appris qu'il existe des conseils citoyens, dans d'autres pays mais aussi en Allemagne, au niveau régional et au niveau fédéral avec le souhait du Bundestag. J'étais donc sûr qu'il ne s'agissait pas d'un «fake».
Avez-vous hésité à participer ? Cela nécessitait de sacrifier quelques soirées et week-ends…
Pour moi c'était clair tout de suite que j'y participerai. Je suis relativement intéressé par la politique, de par mon métier, et je n'aurais pas pu refuser. Je savais que ça allait prendre du temps mais ça n'a joué aucun rôle dans ma décision. C'était en janvier et février, on n'est pas beaucoup dehors à cause de la météo. Et avec corona, on passe plus de temps chez soi…
Le travail a été réparti en différents groupes de travail. Le vôtre était consacré à l'UE. En tant qu'analyste financier, n'auriez-vous pas aimé participer au groupe « économie et commerce » ?
Ça a été ma première réaction. Mais l'Union européenne est aussi un sujet qui m'intéresse. Dans le groupe, on a approfondi deux thèmes : la politique étrangère commune et la politique migratoire. Je m'y étais déjà intéressé mais pas aussi profondément. La politique migratoire était un gros sujet ces dernières années, mais quelles sont les règles juridiques dans l'UE ? Quelles sont les causes des migrations ? Quelles sont règles de répartition des réfugiés ? J'ai pu aller beaucoup plus loin.
L'Allemagne au sein de l'UE ? « Pas le capitaine, mais un membre de l'équipage »
L'Allemagne au sein de l'UE ? « Pas le capitaine, mais un membre de l'équipage »
Dans son rapport final, le conseil citoyen souhaite « une Europe forte et unie ». La crise du coronavirus n'a-t-elle pas montré que les réflexes nationaux restent très forts ?
Cela n'a pas directement été abordé mais c'est vrai que le travail sur la commande de vaccins, qui n'a pas véritablement fonctionné, est une illustration négative… Mais c'est pourquoi nous recommandons par exemple, en politique étrangère, d'introduire les décisions à la majorité qualifiée. Pour éviter qu'un seul pays, comme Chypre au moment des sanctions contre la Biélorussie, puisse bloquer le fonctionnement de l'UE.
Le couple franco-allemand est souvent présenté comme le moteur de l'UE. Il n'est pourtant pas mentionné dans votre rapport…
En cas d'absence d'accord au sein de l'UE, nous recommandons qu'une coalition des volontés puisse se mettre en place. Que ceux qui veulent travailler sur un certain point, mais qui n'arrivent pas à réunir l'ensemble des États, puissent le faire ensemble dans un groupe restreint. Et pour beaucoup de sujets, même si cela n'apparait pas explicitement, la France et l'Allemagne peuvent être le noyau d'une telle coalition.
En France, des membres de la « convention citoyenne » s'inquiètent de voir nombre de leurs propositions écartées. Ne craignez-vous pas que vos recommandations restent dans un placard ?
Le danger est là, c'est sûr. Dautant plus dans ce contexte de crise sanitaire où corona domine tout. Mais parce que le parrain du conseil est Wolfgang Schäuble, président du Bundestag, je crois bien que les différentes fractions politiques, du moins la plupart, s'intéresseront à nos résultats et prendront position par rapport à eux. On ne peut cependant pas s'attendre à ce que nos recommandations soient reprises telles quelles, car le conseil citoyen n'a pas de légitimité démocratique.
À cause du COVID, vous avez assisté à toutes les réunions en visioconférence depuis votre domicile de Hambourg. Quelle est votre relation à la ville ?
Je viens du Schleswig-Holstein, où je suis né et resté jusqu'au bac, puis j'ai fait un apprentissage à Hambourg. C'était vraiment un grand pas, à 19-20 ans, depuis la campagne, de découvrir la grande ville. Pour être honnête, ça a duré 2-3 ans pour que je m'y sente bien. C'était comme un choc des cultures pour moi. Aujourd'hui je vis en périphérie de la ville, à Niendorf. On est à la fois dans la «city», rapidement à Eimsbüttel, dont j'aime le flair et la manière de vivre. Dans le même temps, la campagne est directement devant la porte. Hambourg est un bon mélange.
Un endroit préféré ?
À cause du coronavirus, et parce que je suis tout le temps assis en télétravail, j'ai commencé à faire du jogging. Je vais courir dans la forêt de Niendorf (Niendorfer Gehege). Je le conseille vraiment, car quand on arrive à Hambourg, ce n'est pas forcément en haut de la liste…
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Tous les 2-3 ans depuis 1985 est publié en Allemagne le «Datenreport», une compilation de données statistiques qui, mises bout à bout, dressent le portrait social du pays. Couvrant un nombre élevé de domaines (santé, éducation, logement…), la dernière édition a été révélée courant mars.
Si toutes les données ne font pas l'objet d'un découpage géographique, le rapport contient assez d'éléments, de cartes et de tableaux pour pouvoir situer Hambourg par rapport aux autres Länder. Des éléments à prendre toutefois avec précaution compte tenu des spécificités de la ville-État.
En économie, la domination hambourgeoise semble peu contestable. C'est dans la métropole hanséatique que le PIB par travailleur est le plus élevé (93 500 euros). C'est aussi à Hambourg que l'on enregistre le salaire horaire moyen le plus haut (25,11 €) comme le montre la carte ci-dessous :
Le salaire horaire moyen en Allemagne selon les Länder (hors «minijobs»)
Le salaire horaire moyen en Allemagne selon les Länder (hors «minijobs»)
Au-delà du monde des affaires, cette prospérité économique se traduit dans les œuvres de charité : en Allemagne, Hambourg semble être « la ville des fondations ». On y compte 78 fondations pour 100 000 habitants, bien au-delà de sa dauphine Brême (49) et de la moyenne nationale (28).
Mais le dynamisme de Hambourg a son revers : les prix du logement y sont les plus élevés du pays (10,30 € du mètre carré en moyenne pour les emménagements depuis 2015). Si cette observation n'est valable qu'à l'échelle régionale – au palmarès des villes, c'est Munich qui tient le haut du pavé – elle explique sans doute en grande partie pourquoi les Allemands ont tendance à quitter Hambourg.
Si le solde migratoire de Hambourg reste cependant positif (très légèrement), c'est grâce aux personnes de nationalité étrangère, plus enclines à venir s'y installer, attirées par son flair et ses opportunités…
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Si vous suivez cette newsletter depuis plusieurs numéros déjà, vous aurez sans doute remarqué mon appétence pour la scène rap et hip-hop. Après Disastar et Phil Da Beat, voici donc Nepumuk et Retrogott, deux rappeurs au phrasé léger. Une collaboration pour un album entier : « Metamusik ».
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Arthur Devriendt
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