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Popcorn, Rouge Brique & Aérosols - Un dimanche à Hambourg #2

Arthur Devriendt
Arthur Devriendt
Moin!
L'hiver a officiellement débuté à Hambourg. Lundi dernier, la fontaine de l'Alster a été mise à l'arrêt. Et avec elle, l'ensemble des restaurants et lieux de culture.
Heureusement il y a des personnalités, des idées et des initiatives qui font toujours vibrer les artères de la cité hanséatique. Avec cette newsletter, je vous propose de partir à leur rencontre chaque dimanche, grâce à des portraits, des coups de cœur, des lectures et plein d'autres rubriques encore.
Je remercie ici tous ceux qui se sont abonnés depuis la publication du premier numéro. Cela encourage et engage à la fois. Au programme cette semaine : popcorn, rouge brique et aérosols !
Viel Spaß beim Lesen et à dimanche prochain !
Arthur Devriendt

Avec seulement deux épisodes, cette newsletter est encore en rodage. Ce qui m'aiderait ? Vos retours, vos partages et vos suggestions. Mon fil twitter (@aboketabak) vous est ouvert. Si vous avez aimé, parlez-en autour de vous et poursuivez vos lectures sur mon blog Le Spectateur du Nord.
Il y a 50 ans, l'Abaton Kino ouvrait ses portes
En 1970, la ville de Hambourg regorge de cinémas. Des salles à vocation commerciale et à la programmation frileuse. En réaction, Werner Grassmann et Winfried Webber se lancent dans l'aventure : « Nous n'avions pas d'argent mais beaucoup d'idées pour un autre cinéma. »
Lancement des travaux de l'Abaton Kino, le 1er juilet 1970 (W. Grassmann)
Lancement des travaux de l'Abaton Kino, le 1er juilet 1970 (W. Grassmann)
Sans publicités ni subventions, malgré plusieurs promesses de la ville, Werner Grassmann et son compère investissent un ancien garage situé en périphérie du campus universitaire. Pas un mauvais choix dans l'euphorie de ces années-là : les étudiants deviendront, jusqu'à aujourd'hui, des spectateurs réguliers.
Baptisé «Abaton» pour apparaître en premier dans les programmes, le nouveau cinéma de la ville est accueilli avec scepticisme par la presse locale. Présentation de version originales, diffusion de courts métrages, organisation de débats.. sont autant de révolutions dans le paysage cinématographique hambourgeois d'alors.
Pour Michael Töteberg, du musée du film de la ville, les premières projections, le 29 octobre 1970, résument parfaitement l'ambition de ce nouveau cinéma fait de bric et de broc : nouvelle scène allemande (avec Santo Domingo de Hans-Jürgen Syberberg) et contre-culture américaine (avec Monterey Pop de Donn Alan Pennebaker) sont au programme.
Le directeur du Filmfest Hamburg, Albert Wiederspiel, décoré de la médaille Biermann Ratjen
Réalisateur lui-même, Werner Grassmann, né en 1926, veut montrer du Fellini, de l'Antonioni, du Fassbinder. Il accueille Frank Zappa et le mur de son bureau est baptisé par la poitrine de Brigid «Polk» Berlin, proche collaboratrice d'Andy Warhol. Les excès ne sont pas rares. En revanche, le popcorn est strictement interdit.
Reconnu comme l'un des premiers cinémas art et essai d'Allemagne, l'Abaton Kino, désormais géré par les enfants de Werner Grassmann, jouit toujours d'une place à part dans la vie culturelle de Hambourg. Il n'est cependant plus seul : d'autres cinémas, à l'image du Metropolis ou du B-Movie, proposent des programmations ambitieuses.
Signe des temps qui changent, il est aujourd'hui fréquent de croiser des mangeurs de popcorn dans les salles de l'Abaton.
Du côté des initiatives · Walls Can Dance & Sternbrücke
Former une galerie à ciel ouvert sur les murs de Hambourg est l'ambition du projet «Walls Can Dance» de l'Urban Art Institute. Après la réalisation de neuf grands formats, le collectif souhaite poursuivre sur sa lancée en 2021. Pour pouvoir financer les artistes, une collecte de fonds a été initiée.
Walls Can Dance : de l'art «pour rendre la ville plus colorée»
Coup dur pour les défenseurs du Sternbrücke, pont emblématique du quartier Altona de Hambourg. Positionné au-dessus d'un carrefour en étoile, d'où son nom, le pont classé aux monuments historiques devrait être remplacé par un nouvel édifice.
Ce projet, aux dimensions très imposantes et qui favorisera le trafic automobile, a réuni contre lui au fil des ans de nombreux militants qui ont toujours plaidé pour une rénovation de l'ouvrage existant et une plus grande concertation.
Initiative Sternbrücke : pas de place pour le «monstre» !
Las, le sénat de Hambourg vient de confirmer cette décision. L'examen des alternatives, annoncé en juin dernier, n'aura servi à rien. Les opposants ne désespèrent pas et poursuivent leur mobilisation pour empêcher un chantier qui se traduirait par l'arrachage de 44 arbres anciens.
Le coin des idées · le rouge brique de Fritz Schumacher
Célébré à Hambourg mais mis à l'écart de l'histoire architecturale allemande, Fritz Schumacher aura durablement façonné le visage de la ville hanséatique. Dans la revue Planning Perspectives, Dirk Schubert rend hommage au natif de Brême et à son approche globale des problèmes urbains.
Le lycée «Am Lämmermakt» de Hambourg : une œuvre de Fritz Schumacher
Le lycée «Am Lämmermakt» de Hambourg : une œuvre de Fritz Schumacher
Fils d'un ambassadeur, élevé à New-York, Fritz Schumacher (1869-1947) étudie à l'Université technique de Munich avant de partir exercer en tant qu'architecte puis professeur à Dresde. En 1909, alors que la ville franchit le cap du million d'habitants, il est nommé architecte en chef de Hambourg.
Si la situation du logement n'est pas aussi mauvaise qu'à Berlin ou Leipzig, Fritz Schumacher s'empare du sujet et réalise de nombreuses études. A la recherche de solutions originales, il participe à l'élaboration de la première cité-jardin allemande, à Hellerau (Dresde), avant de s'en éloigner.
Au lendemain de la première guerre, et grâce à l'insistance de Konrad Adenauer, alors maire de la ville, il obtient une permission pour travailler trois ans sur le plan de développement de Cologne. C'est là qu'il développera une approche holistique de la ville, faite de métaphores biologiques, qu'il poursuivra à son retour à Hambourg.
La ville de Hambourg comme «organisme» (1919)
La ville de Hambourg comme «organisme» (1919)
Alors que Wandsbek, Harburg et Altona sont encore des villes prussiennes, Schumacher défend l'idée d'un «grand Hambourg», nécessaire pour gérer au mieux le développement du port et le logement des travailleurs. Au départ architecte, son rôle évolue ainsi vers celui de planificateur et gestionnaire du développement territorial.
De 1919 jusqu'à sa mise à la retraite forcée à l'arrivée au pouvoir d'Hitler, en 1933, ce sont 30 écoles et 65 000 logements que Fritz Schumacher fera sortir de terre. Avec une forte appétence pour le Backstein, cette brique rouge qui caractérise encore aujourd'hui le paysage de Hambourg.
Si l'article de Dirk Schubert – Professeur à l'université HafenCity de Hambourg – offre une entrée intéressante à l'oeuvre de l'architecte, on peut cependant reprocher à l'auteur passer rapidement sur les aspects négatifs des réformes mises en œuvre, tels que mis en avant par Julie Chamberlain.
« Raus! Nur Raus! »
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Vers la suppression du mot «race» de la constitution ?
«Nul ne doit être discriminé ni privilégié en raison de son sexe, de son ascendance, de sa race…» Ainsi commence le paragraphe 3 de l'article 3 de la constitution allemande. Une formulation contestée depuis de nombreuses années et désormais visée par une initiative législative du Land de Hambourg.
Loi pour la modification de l'article 3 de la constitution
Dans un rapport de 2010, l'Institut allemand des droits de l'homme préconisait déjà d'en finir avec le terme «race» dans le texte fondamental. Une position adoptée dès 1996 par le parlement européen pour ses propres règlements et suivie par divers pays, dont la France en 2018.
En juin 2020, la plupart des partis politiques allemands, à l'exception peu surprenante de la formation d'extrême-droite AfD, s'étaient prononcés en faveur d'une telle évolution.
Porteuse de l'initiative législative présentée vendredi dernier à la chambre des Länder (Bundesrat), la ministre de la justice de Hambourg, Anna Gallina, pointe le problème qui consiste à faire reposer la lutte contre les discriminations sur un terme issu lui-même des idéologies racistes :
Inconsciemment ou non, ce terme peut être mobilisé comme une preuve pour affirmer que les races humaines existent.
Si diverses solutions alternatives ont été évoquées ces dernières années – de la simple suppression au recours à des expressions tout aussi problématiques comme «ethnie» – la proposition de loi suggère de remplacer le mot «race» pour viser désormais les discriminations effectuées «de manière raciste» (rassistisch).
Soutenue par le Land de Thuringe et le gouvernement fédéral, la proposition de loi va être examinée à partir de lundi en commission avant de revenir devant le parlement. Pour être adoptée, une révision de la constitution doit recueillir deux tiers des voix du Bundesrat et du Bundestag.
Sur la toile · l'Allemagne en streaming
Quelles soient «légères», comme en Allemagne, ou plus contraignantes, comme en France, les mesures de confinement contraignent nombre de festivals ou événements culturels à passer au 100% en ligne. L'occasion de voyager à travers l'Allemagne depuis son canapé. Une sélection :
PLAY20 - Creative Gaming Festival
Jazzfest Berlin
Festival du cinéma d’Arte : «Transit» & «Une valse dans les allées»
Le son allemand · 20 jours, 20 groupes
Toujours depuis votre canapé, direction enfin Munich pour terminer cette newsletter.
Organisé par le journal Süddeutsche Zeitung et l'organisation culturelle Feierwerk, le festival «Sound of Munich Now» est l'occasion de découvrir vingt groupes originaires de Bavière. Chaque jour jusqu'à la fin du mois, une session live de 15 minutes, complétée d'un interview, est mise en ligne.
Le rock-électro de Kannheiser (Sound of Munich Now 2020)
Le rock-électro de Kannheiser (Sound of Munich Now 2020)
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Arthur Devriendt @aboketabak

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