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« Nos revendications ont été ignorées » - Un dimanche à Hambourg #11

Arthur Devriendt
Arthur Devriendt
Moin Moin,
Un vin chaud ? Une bière ? Bien qu'officiellement interdite, la vente d'alcool en extérieur, sur les bords de l'Elbe ou de l'Alster, se poursuit et est accessible pour celui qui connaît le mot de passe.
D'autres, et ils sont de plus en plus nombreux ces derniers jours, ont trouvé le chemin de cette newsletter. Soyez les bienvenus ! N'hésitez pas à me faire part de vos remarques (en utilisant la fonction «répondre» de votre messagerie, par exemple) ou à partager ce mail avec vos amis et proches.
En attendant, je vous laisse explorer les actualités de ces derniers jours à Hambourg. Viel Spaß beim Lesen et à dimanche prochain !
Arthur Devriendt - twitter : @aboketabak / insta : @dimanche_hambourg

« Nos revendications ont été ignorées »
Avec la pandémie de coronavirus, les grandes manifestations «Fridays For Future» se sont arrêtées. À la place, des formes alternatives ont émergé, qu'il s'agisse de sit-in ou de mobilisations en ligne. Depuis août 2020, c'est un «camp climat» qui est érigé à Hambourg. Rencontre avec son initiateur Lasse Jonathan, étudiant en biologie.
Lasse Jonathan van der Veen-Liese, créateur du Klimacamp de Hambourg (Lilith Sauer)
Lasse Jonathan van der Veen-Liese, créateur du Klimacamp de Hambourg (Lilith Sauer)
C'était il y a près de deux ans. Le 15 mars 2019, la première «grève mondiale» en faveur de l’environnement réunissait plus d’un million et demi de manifestants à travers le monde. Un nombre impressionnant qui témoignait de la croissance rapide d’un mouvement lancé par la suédoise Greta Thunberg en août 2018.
En Allemagne, de nombreuses actions locales, plus adaptées aux mesures sanitaires qui entraient en vigueur, ont succédé aux grandes marches. En juillet 2020, alors que le Bundestag s'apprêtait à voter pour une sortie du pays de la production d'électricité au charbon d'ici 2038 – un horizon trop lointain à leurs yeux – les manifestants d'Augsbourg (Bavière) créaient le premier «camp climat». Un mois plus tard, Hambourg suivait.
Une tonnelle pour s'abriter et dormir, des tentes pour ranger le matériel, des chaises, quelques palettes… les ingrédients d'un «Klimacamp» sont sommaires. Le principe est simple lui aussi : occuper l'espace public, de manière permanente, pour augmenter la pression. «Nos revendications ont jusque-là été ignorées» souligne Lasse Jonathan, âgé de 23 ans et initiateur du camp hambourgeois, «[mais] il faut que les politiques prennent conscience qu'il est urgent d'agir.»
Installé à quelques pas du siège du journal Die Zeit, le «Klimacamp» de Hambourg n'est pas une nouveauté radicale dans une ville marquée par une longue tradition de squats, à commencer par le célèbre Rote Flora, théâtre transformé en centre autonome. «La grande différence, c'est que ces mouvements ont occupé [illégalement] des lieux alors que nous, on a enregistré notre camp» relève Lasse Jonathan.
Si les premiers sont les adeptes de la désobéissance civile, les militants de «Fridays For Future» sont en effet soucieux d'évoluer dans un cadre légal, en bonne entente avec les autorités. Ce qui n'empêche pas des relations compliquées avec les forces de police et l'administration.
Inscription en entrée du camp : « Jusqu'à ce que vous agissiez » (Lilith Sauer)
Inscription en entrée du camp : « Jusqu'à ce que vous agissiez » (Lilith Sauer)
Avec deux procès, des enquêtes en cours et plusieurs plaintes contre lui et d'autres participants, le bilan n'est pas mince. Alors que «dormir [sur place] fait partie intégrante de notre action», souligne Lasse Jonathan, les conflits les plus vifs auront porté sur le matériel autorisé au sein du camp, les autorités rejetant dans un premier temps tout dispositif de repos.
Après décision de justice, le sommeil est désormais autorisé mais deux personnes doivent être éveillées, faute de quoi le caractère de rassemblement politique ne pourrait plus être reconnu. Dans les faits, comme l'indique Lasse Jonathan, «la police vient, nous réveille et dit que deux personnes doivent rester debout. Trente minutes plus tard, on dort tous à nouveau.»
Si le renforcement progressif des mesures sanitaires a obligé à mettre sur pause un certain nombre d'activités, le camp reste toujours ouvert au public : «La majorité des personnes sont pour la protection du climat, mais beaucoup ont des questions sur nos revendications.»
Un sujet en particulier ? «Les centres-villes sans voiture. Il faut expliquer que ce n'est pas une ville absolument sans voitures, qu'il y a toujours les possibilités de circuler pour les véhicules de secours, pour les livraisons, qu'il faut renforcer les transports publics…» Il en est convaincu : après ces échanges, «les gens nous quittent avec une meilleure impression que celle qu'ils avaient quand ils sont venus nous voir.»
Un optimisme qui lui font regretter d'autant plus les divisions au sein du mouvement. À l'approche des élections du Bundestag de septembre, Lasse Jonathan craint un éparpillement des voix écologistes, très néfaste dans un système électoral où les partis sous la barre des 5% n'ont pas voix au chapitre. Un destin que Lasse Jonathan prédit au nouveau parti «Klimaliste», créé par des membres de «Fridays For Future», s'il ne parvient pas à créer un véritable élan derrière lui.
Membre depuis son enfance de la NABU, la fédération allemande de protection de la nature, Lasse Jonathan aura été actif dans la défense des chauve-souris avant de rejoindre «Fridays For Future» sur le tard, début 2020. «Aujourd'hui je suis plus actif sur le camp que pour mon travail et mes études réunies» observe celui qui est originaire d'un village à côté de Lüneburg, au sud-est de Hambourg. Inscrit à l'université Humboldt de Berlin, il souhaite s'établir dans la ville hanséatique ces prochaines années: «Je ne me vois pas bouger à Berlin. Avec “Fridays For Future”, j'ai pris tellement de plaisir et pu rencontrer tellement de gens ici.»
Sous la tonnelle du «camp climat» de Hambourg (Lilith Sauer)
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«Maison de l'Afrique» dans le centre de Hambourg (Afrikahaus)
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Pour répondre à ces questions, l'administration de Hambourg en charge de la culture et des médias a mis sur pied en novembre 2017 une plateforme de dialogue avec différentes initiatives existantes (QTIBIPoc, Hamburg Postkolonial…) puis instauré un conseil consultatif, en 2019.
Composé d'experts et personnes qualifiées de la société civile, des arts, des médias et des sciences sociales, ce conseil a présenté fin février une première version de son rapport, mise en ligne le 1er mars, qui insiste sur la nécessité d'un travail par différentes entrées, impliquant aussi bien les musées que les églises, les écoles que les établissements de santé.
Si le sénat de Hambourg avait déjà fait un grand pas, selon les auteurs du rapport, en procédant en 2018 à des excuses auprès de la Namibie pour la participation décisive d'acteurs hambourgeois au génocide des Héréros et des Namas (1904-1908), nombre de chantiers restent à mener.
En matière de recherche scientifique, le conseil note l'intérêt qu'il y aurait à renforcer la connaissance sur le rôle des ports de Hambourg et Altona dans le commerce transatlantique d'esclaves. Dans les musées, si le travail sur l'identification des pièces, leur origine et leur restitution, est important, il convient de repenser les expositions elles-mêmes, encore trop souvent marquées par un «regard eurocentré».
Dans l'espace public, si certains réflexions ont déjà été entamées, comme en témoignent les débats sur le devenir de la statue de Bismarck, un véritable travail reste à réaliser sur les noms de rues.
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Masha Qrella - «Woanders»
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Après le rap de Disarstar ou la disco de Blond, la sélection musicale de ce dimanche nous emmène en des terres plus apaisées et poétiques. Pour son dernier album, la chanteuse et multi-instrumentiste berlinoise Masha Qrella a mis en musique des textes de Thomas Brasch.
Déclaré « ennemi de la RDA », l'auteur et poète Thomas Brasch, décédé en 2001, avait grandi et vécu à l'est avant de passer à l'ouest en 1976. Dans un arrangement minimaliste, où musique et textes s'entrecroisent et se répètent, les morceaux choisis par Masha Qrella parlent d'attente et d'ailleurs, bande-son revisitée d'une Allemagne divisée par le mur.
Le son allemand (du dimanche) - La playlist Spotify
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Arthur Devriendt
Arthur Devriendt @aboketabak

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