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Les balades de Maike Brunk - Un dimanche à Hambourg #26

Arthur Devriendt
Arthur Devriendt
Moin Moin,
Pendant plusieurs mois, j'ai vécu dans une (agréable) colocation sur la (moins agréable) Eiffestraße. Un important axe routier, fréquenté par de nombreux poids lourds, qui m'a valu – bien aidé par des fenêtres mal isolées – quelques nuits de torture.
Ce qui m'avait attiré dans ce paysage hésitant entre autoroute et zone industrielle ? Rien, si ce n'est la proximité du centre-ville et du lycée professionnel où je m'exerçais alors à la comptabilité dans la langue de Goethe – un autre supplice venant s'ajouter au calvaire des nuits agitées.
On pourrait en rester là et tenter d'effacer cette partie de la ville. Ce ne serait cependant pas rendre justice aux pépites qui s'y trouvent. Avez-vous déjà entendu parler de l'île des jardins ouvriers ? Du « McBoat » (sans doute l'unique spécimen au monde) ? Ou encore du projet de lieu culturel sur le site d'une ancienne centrale à charbon ?
Un simple changement de perspective permet de révéler ces lieux, inaccessible ou presque en voiture. C'est ce que permet la navigation sur les canaux et sur l'affluent de l'Elbe qu'est la Bille. Depuis plusieurs années, c'est un circuit que propose Maike Brunk aux hambourgeois ou aux touristes de passage.
Laissant aux autres les visites traditionnelles – et répétitives – du port, elle s'attache à faire connaître les endroits moins connus de Hambourg. Autrefois dans un service informatique, elle a décidé de refaire sa vie autour de sa passion. Une réorientation réussie mais pleine de fausses pistes et d'embûches qu'elle raconte dans un livre paru chez Eden Books.
Cela valait bien une rencontre. Sur la Bille et au niveau du pont numéro 10, elle m'a accordé un interview que vous retrouvez dans cette nouvelle livraison de « Un dimanche à Hambourg ».
Viel Spaß beim Lesen et à dimanche prochain !
Arthur - twitter : @aboketabak / facebook : @undimancheahambourg
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Maike Brunk : « Il y a beaucoup plus à découvrir »
Depuis quelques jours, après une longue période d'inactivité due aux mesures sanitaires, Maike Brunk peut reprendre ses balades à travers les canaux de Hambourg. Son « tour préféré » est celui qui nous emmène à l'est, sur la Bille, un affluent de l'Elbe. Quand on la rencontre sur le bateau, le public est encore réduit mais certains habitués sont eux de retour.
Port du « Norddeutscher Sportboot Club » sur la Bille (AD)
Port du « Norddeutscher Sportboot Club » sur la Bille (AD)
Dans votre livre, Meine große Freiheit, vous racontez votre parcours et votre changement de vie. Est-ce que cela a été facile pour vous de vous imposer, ici, au port ?
Au début, ça a été difficile. Parce que je ne viens pas d’une famille active dans les croisières, je n’avais pas de contacts ici et je n’avais personne qui m’attendait. Grâce à la chance, au hasard et aux conseils, j'ai pu accéder aux bonnes personnes qui, heureusement, m'ont aidée.
C’est un club très fermé. Au-delà de l’absence de soutien, certains voulaient simplement que je disparaisse. Les compagnies luttent les unes contre les autres en permanence pour chaque passager, et il y a une quinzaine d’années, quand j’ai commencé, l’ambiance était très mauvaise. Cela a changé avec la nouvelle génération, il y a plus de coopération. Et maintenant, je suis acceptée ici, j'ai gagné le respect.
Vous avez commencé en emmenant vos passagers à la découverte de Wilhelmsburg. Un quartier pourtant peu réputé dans la ville…
Ce sont Fiete et Rüdi, deux vieux capitaines, qui m'ont donné cette idée. Il n'y avait personne qui proposait quelque chose pour tout ce qui se trouve de l'autre côté de l'Elbe, sur la partie sud de Hambourg. Il y avait bien des visites organisées, pour des enseignants ou des travailleurs sociaux, mais une offre régulière n'existait pas.
Avec l'IBA [Exposition internationale d'architecture, 2006-2013], les gens ont commencé à s'intéresser davantage à Wilhelmsburg. C'est encore une partie de la ville sur laquelle les gens ont beaucoup de préjugés. C'était le cas pour moi aussi. En faisant des recherches, je me suis rendu compte que c’est un quartier passionnant, avec des coins supers. Et c'est ce que je veux montrer aux gens.
Le nouveau livre de Maike Brunk dans les librairies de Hambourg (AD)
Le nouveau livre de Maike Brunk dans les librairies de Hambourg (AD)
Comme vous l'écrivez dans votre livre, vous ne vouliez pas refaire la visite traditionnelle du port, comme chaque compagnie le propose.
J'aime les tours du port, les visites en bateau, mais c'est toujours le même texte, toujours les mêmes blagues et aussi, toujours les mêmes faits erronés. C'est quelque chose qui me dérangeait. Je me suis dit que l’on devait faire quelque chose de plus actuel.
Beaucoup s'imaginent le vieux capitaine et la barbe mais il y a beaucoup plus à découvrir ici. Il se passe beaucoup de choses en termes de développement économique, de logistique, de développement urbain, de commerce, de technique. Je trouve passionnant de jeter un oeil derrière les coulisses et d’expliquer aux voyageurs une partie de cette histoire.
Au-delà des croisières en bateau, vous avez lancé l'année dernière un podcast, «Maike im Hafen». Comment est né ce projet ?
En mars dernier, avec le « lockdown », je ne pouvais plus organiser de croisières. Je pensais que ce serait l’histoire de deux semaines seulement mais avec l’annulation de la fête du port, j'ai réalisé qu'on ne reviendrait pas rapidement à la normalité. Je suis alors allé au port avec mon portable et j’ai commencé à filmer et à expliquer. Si je ne pouvais pas accueillir de voyageurs, je pouvais apporter le port directement chez eux à la maison.
Beaucoup de gens ont réagi positivement, m'ont dit qu'ils m'écoutaient volontiers et m'ont poussé à faire un podcast. Je n’avais aucune idée, j’en avais moi-même jamais écouté un et je ne savais pas de quoi on a besoin pour enregistrer. J’ai fait tous les 2-3 jours un nouvel épisode où j’ai expliqué mon histoire et présenté les croisières que j'organise.
Et vous allez maintenant avoir des invités…
Hamburg Tourismus [entreprise de la ville en charge du développement touristique] m'a approché pour que l'on puisse élargir ensemble mon podcast. On a enregistré ce matin les deux premiers épisodes. D'abord avec le «Turmbläser» de l'église St Michel, trompettiste qui accompagne chaque matin et chaque soir la chorale depuis plus de 30 ans.
Et on a enregistré un autre épisode avec un jeune rappeur et compositeur, originaire de Breme mais qui vit ici à Hambourg. On a beaucoup parlé des villes portuaires et de leur ouverture sur le monde. Je pense qu’avec cela, le podcast peut prendre une nouvelle direction.
Après un tour sur la Bille, retour sur l'Elbe au niveau de la HafenCity (AD)
Après un tour sur la Bille, retour sur l'Elbe au niveau de la HafenCity (AD)
Dans votre livre, vous écrivez que plus jeune, la ville de Hambourg vous paraissait trop grande. Est-ce toujours le cas ?
Autrefois, quand j’étais dans mon village de la Frise du nord, Hambourg me paraissait vraiment énorme. On y venait pour rendre visite à mes grands-parents qui vivaient à Blankenese. Pour moi, Kiel était déjà grande… Cela dépend toujours de ce que l'on connaît, de ce que l'on regarde.
Avez-vous un endroit préféré ici à Hambourg ?
Il y en a beaucoup ! C’est difficile de n’en choisir qu’un seul… Pour venir, j’ai roulé à vélo le long de l’Alster et j’ai trouvé fascinant de voir la silhouette de la ville derrière le lac. Je retrouve aussi cela sur l’Elbe.
Tout ce qui n’est pas en plein milieu de la ville mais un peu à distance, ça me plaît particulièrement. Je suis volontiers un peu à l’écart, comme dans le Vier- und Marschlande [à Bergedorf]. Quelque chose comme Eimsbüttel ou Ottensen, c’est trop pour moi.
Le coin des idées · La langue et le genre
Que ce soit en France ou en Allemagne, la transformation de la langue aux questions de genre suscitent des débats houleux et passionnés. Il en est ainsi à Hambourg où l'administration en charge de l'égalité des sexes vient de publier un document dans lequel elle présente les lignes directrices qui doivent guider désormais la production écrite des services de la ville et du Land.
Un astérisque pour accorder la même importance à toutes les identités de genre ? (ZDF)
Un astérisque pour accorder la même importance à toutes les identités de genre ? (ZDF)
S'il est bien précisé que ce document doit faire l'objet d'une mise en œuvre adaptée aux usages déjà en place et au contexte, ses sept pages recensent et listent nombre d'expressions à éviter et conseillent des formulations à privilégier (ex : « personnel enseignant » en lieu et place d'« enseignante et enseignant »).
Au-delà des cas concrets, ce document répond aussi par avance aux questions qu'une telle initiative pourrait soulever. Ainsi au fait de savoir s'il n'y aurait pas chantier plus important pour la ville, le Sénat assure que les « autres missions ne sont pas moins sérieusement assurées ». Au contraire, il souligne l'importance d'une telle démarche :
« La langue est notre moyen le plus important pour nous exprimer et partager. En elle se reflète notre perception du monde […] À travers un usage conscient de notre langue, nous participons de manière active à l'égalité de tous les sexes. »
Cette initiative n'est pas la seule à Hambourg. Il y a quelques semaines, l'arrondissement d'Eimsbüttel s'était exprimé en faveur de la mise en place d'une signalisation routière reflétant la diversité de la population.
Portées par les partis de la coalition gouvernementale (SPD et Verts), ces initiatives sont rejetées par les partis plus à droite que sont l'AfD ou la CDU. Lors d'un congrès, mardi dernier, la section hambourgeoise de ce dernier a adopté une résolution rejetant l'usage de toute langue qui conviendrait aux règles jusque-là admises de « la grammaire allemande ».
« Schmidt! Demokratie leben »
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Un nouvel écrin pour les musiques jazz
« Share Now » quitte « HVV Switch »
Le son du dimanche · Comme son nom l'indique
Barbara Greshake - « Schon wieder Sonntag »
Barbara Greshake - « Schon wieder Sonntag »
Mise en ligne un dimanche, parlant du dimanche, la chanson de l'hambourgeoise Barbara Greshake remplissait toutes les cases pour atterrir ici. Un titre idéal pour finir le week-end en douceur et s'essayer, les vacances approchant, à quelques pas de danse sur la plage…
Le son allemand (du dimanche) - La playlist Spotify
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Arthur Devriendt
Arthur Devriendt @aboketabak

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