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La HafenCity fête ses 20 ans ! - Un dimanche à Hambourg #20

Arthur Devriendt
Arthur Devriendt
Moin Moin,
Je l'ai découvert cette semaine : il est possible de rejoindre, sous terre, la gare d'Altona au Fischmarkt. Long de plus de 900 mètres, le « tunnel de l'églefin » – c'est son nom – a été construit en 1874 et était ouvert au trafic de marchandises sur rail jusqu'au début des années 1990.
Inutilisé et fermé depuis 1993, le Schellfischtunnel a déjà fait l'objet ces dernières années de différents projets pour être réactivé. Sans succès. En 2007, c'est l'université technique de Hambourg qui écartait, pour des raisons économiques, une utilisation du tunnel pour du transport collectif.
Cela va-t-il bientôt changer ? Mercredi dernier, les élus de Hambourg, à l'initiative du parti d'opposition CDU, se sont prononcés en faveur de la réalisation d'études sur les modalités d'ouverture au public du tunnel. Un travail auquel va s'atteler désormais la commission culturelle de la ville.
Lors de la même réunion, le parlement a en revanche nettement rejeté l'idée d'une expropriation de la propriétaire du Schiller-Oper, évoquée ici la semaine dernière. Consciente de la dégradation du bâtiment, la ville n'est toutefois pas opposée à un rachat, si la propriétaire en émet la volonté.
Voilà pour le patrimoine ancien. Mais Hambourg, c'est aussi tout ce qui sort de terre. Il y a 20 ans démarrait le chantier de la HafenCity. Autant appréciée pour sa qualité architecturale que critiquée dans ses aspects sociaux, on y plonge à l'occasion du 20e numéro de cette newsletter 🎉🎉
Viel Spaß beim Lesen et à dimanche prochain !
Arthur - twitter : @aboketabak / facebook : @undimancheahambourg

HafenCity : projets phares et esprit de «village»
«Elbtower», «The Crown», «Roots»… règulièrement, la presse se fait l'écho de la sortie de terre de bâtiments qui se veulent toujours plus grands, plus luxueux, plus écolos. Des annonces isolées qui ne doivent pas faire oublier le projet global dans lequel ils s'inscrivent : la HafenCity.
Présentée comme le plus grand programme d'aménagement urbain en Europe, le quartier de la HafenCity veut incarner « la ville du 21e siècle ». Souhaitant combiner qualité architecturale, innovations techniques, respect de l'environnement et intégration sociale, le quartier vise à terme 14 000 habitants, 45 000 travailleurs et 80 000 visiteurs quotidien.
Au royaume des grues : la HafenCity de Hambourg (AD)
Au royaume des grues : la HafenCity de Hambourg (AD)
Si le projet est rendu public en 1997 par le maire de l'époque Henning Voscherau (SPD), c'est son successeur, Ole von Beust (CDU) qui donnera le coup d'envoi du chantier en avril 2001. Première construction : le pont Kibbelstegbrücke, reliant la HafenCity à la Speicherstadt et au centre-ville.
Malgré les discours enthousiastes et les plaquettes promotionnelles, les premiers résultats ne seront cependant pas à la hauteur. Architecte basée dans le quartier, Iris Neitmann se souvient :
« Quand les premiers bâtiments ont été fini, en 2004, la réaction a été une catastrophe. Les gens ont trouvé que c'était des boîtes de cartons laides et horribles. Et il s'est avéré que les gens qui achetaient ici étaient soient âgés de plus de 60 ans, soit achetaient une résidence secondaire voire un troisième logement. Soudain, le sujet est réapparu sur la scène politique : il ne fallait pas que la HafenCity devienne un quartier mort ou réservé aux séniors. »
Un ensemble d'outils est alors adopté pour tenter d'amener d'autres objets immobiliers et d'autres publics. L'examen qualitatif des dossiers est renforcé, les prix des terrains sont revus à la baisse et un système d'option est mis en place. Des mesures qui permettront notamment à des projets d'habitat participatif (Baugemeinschaften) de voir le jour.
Plus récemment, en 2016, c'est l'obligation d'un « mix » entre logements privés et logements sociaux qui a été instaurée. De quoi se débarasser de l'image élitaire qui est souvent associée à la HafenCity ? Non, à en croire Andreas Sonntag qui souligne l'importance des hauts revenus dans la population du quartier et les effort des autorités pour attirer ces profils.
Le projet controversé de centre commercial «Überseequartier» (Unibail)
Le projet controversé de centre commercial «Überseequartier» (Unibail)
Encore en développement, avec une quarantaine de grues qui s'activent à l'heure actuelle, la HafenCity souffre d'une image souvent négative dans la population, qui y voit une zone « aseptisée » ou « sans vie ». Pourtant très critique envers les choix d'urbanisme, Iris Neitmann ne partage pas cet avis, porté selon elle par les personnes qui n'y habitent pas :
« Les gens qui vivent ici aiment le quartier, parce que c’est un peu comme un village. On se rencontre, on se connait. Les gens qui ont emménagé ici ont un esprit pionnier, ils sont très ouverts. Et c'est aussi très international. »
Même son de cloche chez un autre habitant, Felix, qui a emménagé dans la HafenCity avec sa famille pour se rapprocher de son lieu de travail. Sans voiture, il salue l'ambiance portuaire du quartier et l'offre d'équipements :
« On n’a a pas besoin du tout de l'auto, parce que tout est accessible à pied. On a deux supermarchés près de chez nous, deux boulangeries, une station de métro et à quelques centaines de mètres à peine, beaucoup de restaurants et de cafés. »
Tous deux s'interrogent en revanche sur la construction en cours d'un immense centre commercial couplé à un terminal de croisière. Porté par la société française Unibail, « l'Überseequartier » devrait rassembler 200 boutiques et 2 500 places de parking. Un projet à la hauteur des défis de l'époque ?
Sur la toile · Jouer, regarder, écouter
Un jeu pour la ville du jeu vidéo : « Gamecity Hamburg »
Max Halberstadt (1882-1940)
Internationales Musikfest
🎂 La 20ème de « Un dimanche à Hambourg » 🎂
Depuis 20 numéros et tout autant de dimanches, je vous propose de partir chaque semaine à la découverte de Hambourg, de ses actualités et de ses personnalités. Pour que le projet puisse vivre sereinement, vous pouvez le soutenir financièrement. L'objectif est bientôt en vue : 100 euros / mois !
📈 Pour info, « Un dimanche à Hambourg » c'est 133 abonnés (dont quelques membres de ma famille). C'est une moyenne de 1588 mots par épisode (le plus court est ici, le plus long est ). Et ce sont 10 interviews réalisées. Quant aux fautes de conjugaison, je ne les ai pas comptées…
Le coin des idées · L'Elbphilharmonie à Bilbao ?
Inaugurée en janvier 2017 en présence d'Angela Merkel, l'Elbphilharmonie est la figure emblématique de la HafenCity. Erigée sur un ancien entrepôt, la « merveille » de Hambourg a trouvé son public qui, en-dehors de la période actuelle, se presse dans ses salles ou vient y profiter de la vue.
Un équipement spectaculaire dans une ville portuaire : dès le départ, le rapprochement était tentant avec le musée Guggenheim de Bilbao. La presse bruissait d'un possible « effet Bilbao », souvent copié mais rarement égalé. Le succès de l'Elbphilharmonie en signe-t-il le retour en grâce ? Pas si vite, préviennent Tobias Heuer et Jochen Runde.
Vue sur l'Elbe, le port et l'Elbphilharmonie (Đăng Nguyễn, Unsplash)
Vue sur l'Elbe, le port et l'Elbphilharmonie (Đăng Nguyễn, Unsplash)
Chercheurs à l'université de Cambridge, ils signent, dans la revue European Planning Studies, un article consacré à la place de « l'Elphi » dans l'identité de Hambourg. Après avoir rappelé l'historique du site et du chantier, ils en viennent à la comparaison avec la ville espagnole.
Une opération de régénération urbaine d'envergure, la mobilisation de stars de l'architecture, la volonté de briller au niveau international : oui, les similarités entre Hambourg et Bilbao sont nombreuses. Mais les contextes comme les choix réalisés font que les trajectoires ne se confondent pas.
Là où Bilbao était en fort déclin, Hambourg se lance dans le chantier de la philharmonie en étant une des villes les plus riches d'Europe et avec une démographie en hausse constante. Là où le musée Guggenheim était un tournant radical, l'Elbphilharmonie forme un duo avec la Laieszhalle et affirme s'inscrire dans une tradition locale.
Les auteurs soulignent aussi ce qui distingue un musée d'une salle de concerts. Quand le Guggenheim doit sans cesse élargir son public, pour rentabiliser ses expositions, l'Elbphilharmonie peut elle nouer une autre relation à son territoire et à son public, recruté avant tout localement.
Pour les universitaires, ce sont ces particularités qui expliquent le succès de l'Elbphilharmonie : non pas un « effet Bilbao » mais une spécificité hambourgeoise, mobilisant histoire locale et adhésion de la population.
S'il n'est pas sans faiblesses, le travail de Tobias Heuer et Jochen Runde a le mérite d'ouvrir la discussion : que représente l'Elbphilharmonie pour vous ? Êtes-vous plutôt « Plaza » ou « Großer Saal » ? Connaissez-vous en chaque recoin ou est-ce encore un lieu à découvrir ?
Le musée Guggenheim de Bilbao (Eduardo Kenji Amorim, Unsplash)
Le musée Guggenheim de Bilbao (Eduardo Kenji Amorim, Unsplash)
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lùisa - « New Woman »
lùisa - « New Woman »
Quel morceau a accompagné la rédaction de cette newsletter ? Une fois n'est pas coutume, c'est un titre en anglais : le single électro-funk « New Woman » de l'hambourgeoise lùisa. Sorti en janvier, il est issu de son album du même nom, disponible depuis vendredi. Prêt à danser ?
Le son allemand (du dimanche) - La playlist Spotify
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Arthur Devriendt
Arthur Devriendt @aboketabak

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