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La bibliothèque de Tina Uebel - Un dimanche à Hambourg #25

Arthur Devriendt
Arthur Devriendt
Moin Moin,
Que regardez-vous en premier dans le logement des autres ? Pour moi, c'est la bibliothèque. J'aime parcourir un peu les titres et, si le temps et la politesse me le permettent, feuilleter quelques ouvrages. Moins je connais la personne, plus ce rituel devient intéressant. Je tente alors de cerner la personnalité de mon hôte, avec tous les pièges et chausse-trappes que cela implique : un achat regretté, un cadeau jamais ouvert, des lectures de jeunesse…
Au-delà des livres, la bibliothèque elle-même peut être à admirer. Comme à Hambourg dans l’appartement de la journaliste et romancière Tina Uebel. Moderne et bien ordonnée, d'une dizaine de mètres de long et s'élevant sur deux niveaux, la bibliothèque a ici un accessoire indispensable : une grande échelle. Entre les livres, on trouve des objets ramenés des quatre coins du monde par celle qui est avant tout une grande voyageuse.
J'ai rencontré Tina Uebel chez elle, jeudi dernier, pour parler de son dernier roman et des jours agités de l'été 2017, lors du sommet du G20 à Hambourg. Nous avons parlé de son attachement au quartier de Sankt Pauli ainsi qu'aux auteurs français qui ont marqué l’adolescente qu’elle a été. Une interview à retrouver dans ce 25e numéro.
Viel Spaß beim Lesen et à dimanche prochain !
Arthur - twitter : @aboketabak / facebook : @undimancheahambourg
PS : Faute de train de nuit entre Hambourg et Paris, j'ai dû voyager hier de jour. Je n'ai donc pas pu finaliser ce numéro en temps et en heure, que vous recevez exceptionnellement un lundi ! Excusé ?

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Tina Uebel : « Dans une ville sans port, je ne sais pas m’orienter »
Alors qu'elle s'apprête à reprendre la route dans quelques semaines, direction les Balkans, l'écrivaine et voyageuse Tina Uebel, cofondatrice du club musical et littéraire Nochtspeicher, m'a reçu dans son appartement de Sankt Pauli. Dans son nouveau roman, Dann sind wir Helden (non traduit), elle nous emmène des sommets des Alpes suisses aux rues de Hambourg et livre une galerie de personnages en quête de sens et d'aventure.
L'écrivaine Tina Uebel (Freelens Pool Malzkorn)
L'écrivaine Tina Uebel (Freelens Pool Malzkorn)
Les affrontements survenus lors du sommet du G20 à Hambourg, en juillet 2017, occupent une place importante pour Simon, l’un des personnages de votre dernier livre. Comment avez-vous vécu ces quelques jours ?
C’était une situation d’exception extrême et nous étions ici, dans le quartier de Sankt Pauli, en plein milieu. J’ai beaucoup circulé pour regarder car je ne pouvais pas y croire, j’ai pris des notes. J’avais devant les yeux ces gens qui faisaient des selfies, en haut des barricades, torse nu, fiers, et je trouvais cela très intéressant d’un point de vue littéraire. Beaucoup d’entre eux n’étaient pas particulièrement politisés mais voulaient vivre une situation de guerre.
Pourquoi une telle situation est si attractive ? Où est le moteur ? Pourquoi mettre en scène une guerre « de poche » devant chez soi, dans son quartier ? Je n’ai pas limité le roman au sommet du G20 mais j’étais intéressée par la question des héros : comment peut-on être un héros ? Veut-on être un héros ? Quelle possibilité a-t-on pour être un héros ? Les événements de Hambourg entraient bien dans cette problématique.
Le traditionnel 1er mai, toujours particulier à Hambourg, est qualifié de « folklorique » dans le livre. Cette manifestation, et les événements du G20, n’ont-ils aucun sens politique ?
Je ne vois pas le sens politique, une fois par an, de cramer son quartier. C’est complètement stupide. Il y avait cette mère qui ne pouvait plus dormir parce qu’elle était inquiète que sa maison brûle. Parce que beaucoup de bâtiments, ici, sont recouverts d’un isolant facilement inflammable. Les imbéciles ont allumé une barricade toutes les 5 minutes. Si cela touche une maison, ce sont de vraies personnes qui brûlent. 
Mais je peux comprendre ce désir pour les situations d’exception. Je voyage énormément et suis toujours intéressée par ce qui est identique dans les différentes cultures. Et partout, on retrouve cette figure du héros et du guerrier. Je pense que chez nous, dans nos sociétés, cela se limite à quelque chose comme le football. Ce qui est aussi une histoire de guerre très ritualisée. On parle bien de deux villes qui combattent. 
Lors du G20 à Hambourg en juillet 2017 (AD)
Lors du G20 à Hambourg en juillet 2017 (AD)
Il est question dans votre livre de réalité virtuelle, de sociétés sécurisées, de mise en scène. Est-il devenu difficile de vivre réellement les choses ?
Cela ne concerne peut-être pas tout le monde mais moi, j’ai un besoin existentiel de ressentir. Je ne suis pas à la recherche de la violence mais je vais en montagne, j’escalade, je fais des voyages extrêmes, j’ai besoin d’aller à mes limites et de les dépasser. Je trouve cela très libératoire de surmonter mes peurs, de voir que mes limites se situent plus loin que ce que je pensais.
Vouloir être un héros, ou ces quinze minutes de gloire, ce qui pousse Kathrin dans mon livre, je n’en ai en revanche pas besoin. Mais je peux comprendre que les gens aient ce souhait. On veut être unique, on veut être vu, d’où cette explosion inimaginable des influenceurs, des médias sociaux, des likes…
Votre roman ressemble à un collage. On y retrouve le texte de vidéos youtube, des passages de chansons, des mots de différents dialectes et aussi un emprunt à un forum de jeux vidéos…
J’ai beaucoup de plaisir avec la langue. J’aime jouer avec, trouver de nouveaux néologismes, je bricole, je crée des substantifs. J’aime beaucoup ces mots du dialecte du nord de l’Allemagne. Et quand je suis en Suisse, je me réjouis toujours d’apprendre de nouveaux mots.
Dans tous mes romans, j’écris depuis la tête de mes personnages. Et je trouve qu’une langue narrative standard ne fonctionnerait pas vraiment. Ce que l’on vit est beaucoup moins ordonné que ce que l’on pense. Je le fais cependant de manière intuitive, je ne m’attarde pas sur une phrase pour trouver la formulation la plus étrange. Je parle beaucoup comme ça.
Sur la porte du club « Nochtspeicher » à Hambourg (AD)
Sur la porte du club « Nochtspeicher » à Hambourg (AD)
En 2013, votre roman La vérité sur Frankie a été traduit et publié en France, chez Flammarion. Avez-vous une relation particulière avec ce pays ou avec votre lectorat francophone ?
J’ai participé à deux festivals de romans policier en France. J’ai vraiment apprécié que, là-bas, le genre policier soit vu sous son angle littéraire. En Allemagne, malheureusement, les krimis sont encore souvent classés dans la rubrique « distraction ». 
C’est aussi en France que j’ai eu la plus belle recension pour ce livre. Les recensions allemandes tournaient toutes autour de l’affaire à la base du livre mais se sont très peu intéressées au roman lui-même, à la langue, au fait que chacun de mes protagonistes vivait dans sa propre réalité. En France, cela a été vu.
Y’a-t-il des auteurs français qui vous ont marqué ou que vous lisez ?
Ce qui m’a vraiment marqué, quand j’avais 13-14 ans, c’est la découverte des existentialistes. De tout ce que j’ai lu dans ma vie entière - à part peut-être Le guide du voyageur galactique de Douglas Adams - rien ne m’a autant marqué que Sartre, Beauvoir et Camus. En particulier Tous les hommes sont mortels de Beauvoir. J’ai pu trouver chez ces auteurs une définition athéiste du sens de la vie.
Dans les rues de Hambourg, votre personnage Simon passe d’un extrême à l’autre, du bar Le Clochard à l’hôtel de luxe Atlantic. Hambourg est-elle une ville divisée ?
Je pense que le monde entier est partagé entre riches et pauvres. Mais ce que j’aime ici à Sankt Pauli, par exemple, où j’ai passé la plus grande partie de ma vie, c’est que ces barrières sont perméables. La probabilité est plus grande ici que les gens se mélangent. Peut-être parce que Sankt Pauli est un endroit très orienté vers l’ivresse et l’oubli de soi-même. 
Hommage aux victimes de Hanau sur une façade de la Bernard-Nocht-Str. (AD)
Hommage aux victimes de Hanau sur une façade de la Bernard-Nocht-Str. (AD)
Avec tous les endroits que vous avez parcouru, n’avez-vous jamais eu envie de vous installer ailleurs ?
Non. J’ai toujours habité à Hambourg et j’aime la ville vraiment beaucoup. En tant qu’allemande du nord, les villes sans port et sans mer n’ont pas de sens pour moi. Quand je suis dans une ville sans port, je ne sais absolument pas m’orienter.
Pour moi, voyager a à voir avec le fait d’avoir une base. Quand je pars, je sais où sont mes racines, mes amis, ici à Hambourg. On se fait une heimat là où investit du temps, où on se fait des amis. C’est une ville que l’on connaît dans ses détails et où, parce qu’on y fait quelque chose, on y rend la vie peut-être un peu meilleure .
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Lyriquent ft. DaiSocia - « Feed Me The Sun »
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Rappeur de Hambourg, Lyriquent revient avec un nouveau titre léger qu'il veut hisser au rang de hit de l'été à Hambourg. Multipliant les collaborations, c'est cette fois-ci en compagnie de la chanteuse DaiSocia qu'il apparaît dans un clip tourné sur le Heiligengeistfeld, à Sankt Pauli, où le Sommerdom pourra faire son retour le 30 juillet prochain.
Le son allemand (du dimanche) - La playlist Spotify
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Arthur Devriendt
Arthur Devriendt @aboketabak

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