Voir le profil

Jürgen Zimmerer · « Hambourg était la métropole coloniale d'Allemagne » - Un dimanche à Hambourg #5

Arthur Devriendt
Arthur Devriendt
Moin!
Il y a 50 ans, jour pour jour, le premier épisode de la série allemande qui allait devenir culte, Tatort, était diffusé. Intitulé «Taxi pour Leipzig», il suivait une enquête du commissaire hambourgeois Paul Trimmel dans l'est de l'Allemagne.
Plus modestement, cette newsletter en est à son 5e numéro. Au programme de celui-ci : une plongée dans les origines coloniales de l'université de la ville, en compagnie de l'historien Jürgen Zimmerer.
Et en bande son, je vous conseille LaBrassBanda, pour un dimanche (à Hambourg) en fanfare 🎺🎺
Viel Spaß beim Lesen et à dimanche prochain !
Arthur Devriendt

Vos retours, vos partages et vos suggestions sont toujours les bienvenus. Mon twitter (@aboketabak) vous est ouvert. Si vous avez aimé, parlez-en autour de vous et poursuivez vos lectures sur Le Spectateur du Nord.
Jürgen Zimmerer · « Hambourg était la métropole coloniale d'Allemagne »
En 2019, Hambourg célébrait en grande pompe le 100ème anniversaire de son université. Concerts, expositions… pendant un an, ce sont plus de 100 événements qui ont marqué la vie de la cité. Si l'heure était à la célébration de l'«excellence» de l'institution, l'historien Jürgen Zimmerer rappelle, dans un ouvrage collectif, combien sa création doit au colonialisme de l'époque.
«Paysage» - Expédition dans les mers du Sud (1908-1910) - SKD-SES
«Paysage» - Expédition dans les mers du Sud (1908-1910) - SKD-SES
A partir du mitan des années 1850, nombre de marchands et armateurs de Hambourg établissent des comptoirs commerciaux en Afrique. Cette expansion économique, qui les verra s'installer à Zanzibar ou au Cameroun, précédera la constitution formelle de l'empire colonial allemand.
Jürgen Zimmerer souligne que le colonialisme dépasse rapidement la seule sphère marchande. Et à côté de la Speicherstadt – entrepôts où arrivaient les denrées coloniales – ce sont d'autres bâtiments qui voient le jour. Comme le Musée des Arts et Métiers, créé en 1874, dont le premier directeur est «directement impliqué dans le trafic des bronzes volés du Bénin».
Dotée de tels musées et de nombreux instituts (sur les maladies tropicales, la chimie ou la géologie), la deuxième ville de l'Empire allemand n'a pas, au début du XXème siècle, de véritable université. En 1907, un premier mouvement s'opère toutefois avec la création d'une fondation permettant de financer enseignants, collections et expéditions, à l'image de celle organisée de 1908 à 1910 dans les mers du Sud.
«Das Kolonialinstitut» : un film de Daniel Külle
Soutenue par des personnalités comme l'armateur Adolph Woermann ou le banquier Moritz Warburg, c'est par les dons de l'homme d'affaires Alfred Beit que la fondation pourra véritablement jouer son rôle. Né en 1853 à Hambourg, Alfred Beit quittera la ville hanséatique assez tôt pour le commerce de diamants et fera fortune en Afrique du sud avec Cecil Rhodes.
Après le génocide des Herero et Nama (actuelle Namibie), la politique coloniale allemande veut se « réformer » et mettre l'accent sur sa dimension scientifique. Sous l'égide de Bernhard Dernburg, un ministère dédié aux affaires coloniales est créé. Les fonctionnaires sont envoyés à Hambourg pour formation, où un Institut colonial est créé en 1908.
La première guerre mondiale puis le traité de Versailles signent rapidement l'arrêt des activités de l'Institut colonial. Mais comme le note Jürgen Zimmerer, la relation entre science et colonialisme dans la ville de Hambourg ne s'arrête pas pour autant : l’espace colonial reste souvent abordé comme tel, ce dont témoignent les intitulés des chaires ou la loi relative à l’enseignement supérieur de 1921.
L'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler relancera l'idée d'un « Institut colonial » au sein de l'université sans toutefois que le recteur Adolf Rein puisse la mettre en oeuvre.
Il faudra finalement attendre les années 1960 pour qu’un regard critique soit porté sur le passé colonialiste de l’université. Deux statues, érigées à ses abords dans l'entre-deux-guerres par les milieux nostalgiques, seront alors démontées.
L'article «Geld, Geist und Wissenschaft. Die kolonialen Fundamente der Hamburger Universität» de Jürgen Zimmerer a été publié dans 100 Jahre Universität Hamburg. Un ouvrage collectif en 4 tomes, regroupant 80 auteurs et coordonné par les historiens Eckart Krause, Gunnar B. Zimmermann et Rainer Nicolaysen (déjà croisé dans cette newsletter). Le tome 1 est disponible à partir du 30 novembre chez Wallstein Verlag.
Du côté des initiatives · Synagogue & Cinéma
Un financement assuré pour la nouvelle synagogue de Hambourg
Les cinémas de Hambourg ouvrent... leurs caisses !
Le reste de l'actualité à Hambourg
Un tunnel pour les trains régionaux : Adieu Alster !
Deux nouveaux procès suite au G20 de Hambourg
Steinway & Sons investit 20 millions d'euros
Boris Herrmann recule au classement du Vendée Globe
Sur la toile · Une jeunesse à la campagne
JUGENDLAND
« Goliath96» : un film de Marcus Richardt
Klavierstücke et autres pièces de Stockhausen
Le son allemand · Un dimanche en fanfare !
Originaire de Bavière, LaBrassBanda remue les Allemands depuis plus de 10 ans avec son impressionnante section de cuivres. Leur dernier album, Danzn, est sorti en juillet dernier.
LaBrassBanda - Kaffee vs. Bier
LaBrassBanda - Kaffee vs. Bier
Avez-vous aimé ce numéro ? Oui Non
Arthur Devriendt
Arthur Devriendt @aboketabak

Chaque dimanche dans votre boîte mail, partez à la découverte de la ville de Hambourg, de ceux qui la font vivre et des idées qui l'agitent!

Si vous ne voulez plus recevoir les prochaines mises à jour, vous pouvez vous désabonner ici.
Si on vous a fait suivre cette lettre d'information et que vous l'aimez, vous pouvez vous y abonner ici.
Created with Revue by Twitter.