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En compagnie de Véronique Elling - Un dimanche à Hambourg #17

Arthur Devriendt
Arthur Devriendt
Moin Moin,
Cette newsletter arrive bien plus tard que prévu dans votre boîte mail alors je vais être bref. D'autant que j'ai préparé pour vous un long entretien. Avec une personne que vous connaissez sûrement : Véronique Elling.
Chanteuse française installée à Hambourg depuis 1995, elle revient pour nous sur son parcours, ses projets en cours et sa relation à la ville.
Je lui ai aussi laissé le soin de choisir le « son allemand » du jour ! Un morceau à retrouver tout en bas de la newsletter.
Viel Spaß beim Lesen et à dimanche prochain !
Arthur Devriendt - twitter : @aboketabak / insta : @dimanche_hambourg

« Je m'étais promise de revenir à Hambourg »
Installée à Hambourg depuis 1995, la française Véronique Elling propose au public allemand des tours de chant consacrés à Barbara ou Edith Piaf. Un « retour aux racines » pour celle qui est à l'affiche du festival Tage des Exils et prépare une pièce de théâtre sur Marie-Antoinette. Interview :
Depuis plusieurs années, vous proposez à Hambourg des soirées autour de la chanson française. Comment cela est né ?
C'est parti d'une collègue, avec qui je suis très amie et que je connais depuis mes études, qui avait repris la programmation du Kammerspiele. Elle m'a demandé de faire un tour de chant sur Barbara pour sa salle. Comme je viens du théâtre, j’avais besoin d’une dimension dramaturgique et je ne voulais pas simplement dire ce que racontent les chansons.
J’ai donc lu les Mémoires de Barbara, j’ai lu des lettres qu’elle avait écrites, et j'en ai fait comme des polaroïds de sa vie. Ça a tellement plu qu’on m’a demandé l’année suivante de faire quelque chose sur Piaf. Ici je me suis basée sur une pièce que Jean Cocteau avait écrit pour elle. Le personnage est tellement proche de Piaf, de son tempérament, de ses passions, que ça permet vraiment de montrer qui elle a pu être.
Après avoir beaucoup chanté les chansons des autres, vous avez sorti en mai dernier votre premier album personnel : «Opus I».
Cet album n’a pas été vraiment prévu. Ça s’est passé. J’ai eu un coup du destin assez atroce il y a quelques années, en 2016 [le 16 octobre, son fils Victor est victime d'un meurtre non élucidé aux bords de l'Alster]. J’étais incapable de travailler sur scène pendant un moment. Et tout d’un coup c’est comme si ça avait sauté. Les textes sont venus à moi, je me réveillais la nuit, puis il y a eu les mélodies qui se sont mises dessus.
Pour l'album, on a choisi douze chansons qui forment un cycle. C’est un album concept, avec des citations d’une chanson à l’autre. C’est le thème de l’album qui a voulu ça parce qu'on y a fait un travail de deuil. Il y a des retours, comme des vagues. On passe à autre chose puis il y a une vague qu’on pensait avoir déjà franchie depuis longtemps qui revient…
À côté de la chanson, vous êtes aussi professeure à l'école de théâtre iact de Hambourg. Deux activités bouleversées par la crise sanitaire…
L'iact fonctionne comme un institut universitaire mais on a des promotions très petites. Les salles de répétition sont fermées, on fait les cours dans la grande salle. Je n’ai que quatre étudiants par groupe donc ça fait cinq personnes pour une salle de théâtre avec la scène, les gradins, etc. Le système d'aération est neuf puis il y a les tests que l'on doit faire.
C'est pour les élèves que c’est dur. Quand vous avez entre 19 et 22 ans, que vous avez fait le choix de vous engager dans cette voie, généralement contre les réticences de la famille, c’est très dur de voir son métier être dit non essentiel, non important. Il y en a qui en souffrent et il y a eu des abandons d’étude. Mais la plupart sont des passionnés et travaillent très fort chez eux pour compenser l’absence de répétitions communes.
Vous préparez actuellement une pièce de théâtre sur Marie-Antoinette. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Une de mes étudiantes a voulu travailler sur Marie-Antoinette pour son solo de fin d’études. C’est un projet qui nous a toutes les deux tellement passionné qu’on s’est dit que cela mériterait une vraie pièce. On a profité du « lockdown » pour se retrouver sur Zoom et se mettre à écrire.
Avec Marie-Antoinette, il y a ce mythe de la personne dépensière et complètement indifférente aux réalités qui l'entourent. Mais quand on part sur ses lettres, sur ses écrits à elle, on réalise qu’il y a une toute autre réflexion. Ce qui me touche chez ce personnage, c’est qu’elle fait écho à nos sociétés européennes. Nous voyons la souffrance, la faim, les maladies. Nous savons tous que notre façon de consommer en est responsable. Mais nous ne changeons rien.
On peut lire que la pièce intègrera une dimension « multimédia ». Que voulez-vous faire exactement ?
Quand on parle de théâtre multimédia, il s'agit généralement de pièces où la technique vient sur la scène. Mais avec tout ce qu’on connait en ce moment, comme la multiplication des réunions en visio, j’ai l’impression qu’on vit l’inverse : ce n'est pas la technique qui envahit la scène mais la scène qui vient, par le biais de la technique, dans la sphère privée des spectateurs.
Notre pièce est donc devenue une réflexion là-dessus : comment passer de l’un à l’autre et ne plus séparer ça ? C’est en mouvement, on est en train de développer des concepts. Nous voulons quelque chose d'hybride, combinant spectacle sur scène et diffusions en ligne.
Vous vivez depuis 1995 à Hambourg. Qu'est-ce qui vous a poussé à vous installer ici ?
Ma première découverte de Hambourg, c'était dans le cadre d’un échange scolaire. Je devais avoir 14 ans et la ville m’avait fascinée. Je m’étais promise d’y revenir. Plus tard j’ai fait une licence à Montpellier et j'ai eu la possibilité de revenir sur Hambourg. J’ai fait au Thalia Theater une assistance à la mise en scène avec Jérôme Savary. Les Allemands ne le connaissent pas beaucoup, mais pour nous c’est quand même un nom !
Hambourg m’a fascinée parce qu’elle a la taille d’une vraie grande ville mais en même temps ce calme et cette verdure d’une petite ville de province. J’étais aussi fascinée par le nombre de théâtres qu’il y avait, par la quantité de productions que chaque théâtre pouvait mettre en place. À l’époque, au Thalia Theater, les musiciens, les gens des décors, des costumes, tout le monde était employé à temps complet du théâtre ! En France, ça faisait longtemps qu’on n’avait plus ça.
À cette époque, Hambourg était considérée par certains comme la capitale culturelle d'Allemagne…
La scène « off » était très riche, il y avait en permanence des productions, on pouvait sortir trois fois par semaine et voir une pièce différente ! Malhreusement, on a perdu ça. Les subventions ont été diminuées d’année en année et c’est devenu beaucoup plus dffidicile de travailler dans cette branche. Beaucoup de mes collègues sont partis à Berlin.
En près de trente ans à Hambourg, vous avez certainement vécu dans différentes parties de la ville. Quels sont vos endroits préférés ?
Chaque quartier, chaque arrondissement a son propre flair. J’ai adoré vivre dans le Schanzenviertel alors que j’étais étudiante. Maintenant, avec un enfant à l’école primaire, j’apprécie énormément le Grindelviertel. Il y a ce côté extrêmement vivant d’un quartier universitaire et en même temps une ambiance presque villageoise. Je connais beaucoup d’artistes qui vivent dans ce quartier, c’est comme un microcosme au milieu de la ville.
Suite au meurtre de votre fils, en octobre 2016, avez-vous songé à quitter la ville ?
On me l’a souvent demandé. Du coup, j’ai été confronté à ce sujet par le questionnement des autres. Mais pour moi c’est impossible de mettre ça à distance. Même si je pars au bout du monde, ce ne sera pas mis à distance. Au contraire, je pense que c’est un travail d’intégration qu'il faut faire. Ce dont j’ai besoin, c’est d’apprendre à vivre avec ça. C’est déjà suffisamment difficile, fuir n’arrangerait rien.
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Originalité de ce numéro, le choix du « son allemand » a été laissé à l'invitée, Véronique Elling (lire l'interview plus haut). Pour vous, elle a choisi la mise en musique par Konstantin Wecker, chanteur très connu outre-Rhin, d'un poème de Lothar Zenetti (« Mut »). Vous aimez ?
Le son allemand (du dimanche) - La playlist Spotify
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Arthur Devriendt
Arthur Devriendt @aboketabak

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