Voir le profil

🍳 « Prenez la casserole la plus carrĂ© possible »

🍳 « Prenez la casserole la plus carrĂ© possible »
Par Elsa Fayner ‱ 21 JOURS • NumĂ©ro #14 • Consulter en ligne
La newsletter qui explore nos vies confinées avec tous les sens.
Pas abonnĂ©.e ? C’est ici

J'ai dĂ©couvert l'hypnose mĂ©dicale en 2011, Ă  Biarritz, avec vue sur la mer. Le congrĂšs de la ConfĂ©dĂ©ration francophone et thĂ©rapies brĂšves (CFHTB) rassemblait des gastroentĂ©rologues « en dĂ©pression professionnelle » - les approches apprises Ă  la fac les laissaient insatisfaits -, des pompiers pratiquant l'hypnose en situation d'urgence, des infirmiers, des sage-femmes, des psychothĂ©rapeutes
 Mais en quoi consiste exactement cet Ă©tat qui nous est naturel et dont j'ai parlĂ© Ă  plusieurs reprises dans ces Lettres ? Je laisse Clothilde Lalanne, psychanalyste formĂ©e Ă  l’hypnose ericksonienne, prĂ©ciser. C’est elle qui m'avait conviĂ©e au congrĂšs.
Comment définissez-vous l'hypnose ?
PremiĂšrement, l’hypnose n’est pas du sommeil, mĂȘme si Hypnos est le dieu grec du sommeil. L’hypnose est un état neurophysiologique dans lequel nous sommes plusieurs fois par jour sans mĂȘme nous en rendre compte.
Si brusquement je me mets Ă  repenser Ă  un coup de fil reçu la veille, je ne suis pas dans l’état d’hypnose. Je suis dans le cĂ©rĂ©bral. En revanche, si je me mets Ă  ressentir toutes les sensations que j’ai ressenties pendant l’appel, si mon corps ressent tous les effets provoquĂ©s par cet appel , lĂ  je suis dans l’instant d’hier. Quelqu’un peut me parler, je ne l’entendrais pas. Il faut qu’il insiste pour que je revienne Ă  l’instant du prĂ©sent. J’étais dans un ailleurs, qui n’était pas le prĂ©sent du rĂ©el. J’étais dans un ailleurs corporel. J’étais en Ă©tat d’hypnose.
Que pouvez-vous dire Ă  un patient pour le mettre en hypnose ?
Je lui suggùre des images pour l’aider à ressentir ses sensations à lui. En parlant avec son vocabulaire : s’il est plus auditif, j’utilise un vocabulaire auditif, s’il est plus visuel, un vocabulaire visuel, etc.
Je peux dire, quand je ne sais pas quel sens lui parle le plus, par exemple : « Laissez venir Ă  vous un paysage que vous aimez  » Je focalise son attention. Puis je l’aide Ă  revivre des sensations : « Un paysage oĂč vous ĂȘtes bien
 oĂč vous avez de beaux souvenirs
 ou qui vous apaise
 Je ne sais pas si c’est un paysage de montage ou de mer
 ou la campagne
 Vous vous sentez marcher
 Vous sentez votre corps qui bouge
 Je ne sais pas s’il est lĂ©ger ou lourd  » Puis : « Vous ressentez l’air
 je ne sais pas s’il pleut ou s’il y a du soleil
 Et puis vos oreilles
 entendent des sons
 Je ne sais s’ils sont lointains ou proches  »
Je dis « vos oreilles entendent » et pas « vous entendez » : on utilise la dissociation pour crĂ©er l’état d’hypnose. On peut aussi utiliser la confusion. Je peux dire ainsi : « vous faites une bĂ©chamel
 Vous avez pris la casserole la plus carrĂ© possible
 Elle est lĂ©gĂšre et transparente comme du verre  »
Ca veut dire que vous ne dirigez pas le patient ?
Je l’aide Ă  entrer dans son Ă©tat d’hypnose pour transformer le regard qu’il a sur un problĂšme et sur lui-mĂȘme.
En ce moment, vous travaillez avec des soignants ?
Par tĂ©lĂ©phone, j’aide les soignants qui le souhaitent, dans les hĂŽpitaux de ma rĂ©gion, Ă  ĂȘtre moins impliquĂ©s sensitivement dans les soins qu’ils donnent. A ne ressentir ni la souffrance de la souffrance qu’ils peuvent donner Ă  leurs patients, ni l’angoisse, ni l’écoeurement face au pus ou Ă  certaines odeurs. A placer une distance entre leurs gestes et leurs sensations.
Je leur suggĂšre par exemple de se mettre Ă  l’intĂ©rieur d’une bulle de verre, de s’y ressentir. Leurs yeux peuvent voir en mĂȘme temps Ă  l’intĂ©rieur et Ă  l’extĂ©rieur, ce qui leur permet de continuer Ă  donner des soins. Tout en Ă©tant protĂ©gĂ©s par les limites de la bulle en verre. Ils s’y logent, ils s’y installent avec leurs sensations de sĂ©curitĂ©, celles qui leurs sont propres. J’en Ă©voque plusieurs - de l’air, de la chaleur, un sensation de lĂ©gĂšretĂ©, ou de lourdeur
. - et l’une de sensations Ă©voquĂ©es va parler Ă  leur sensation personnelle. D’ailleurs, Ă  partir du moment oĂč ils disposent de cet objet sĂ©curisant, en gĂ©nĂ©ral ils l’utilisent dans leur vie personnelle Ă©galement.
— Propos recueillis par Elsa Fayner
Illustration Sarah Bouillaud.
Illustration Sarah Bouillaud.
Jusqu'Ă  plus d'heure
Sylvie Bagarie, grande lectrice, partage ses découvertes.
Sept tomes c’est beaucoup, surtout si le confinement prend fin bientĂŽt
 Mais on peut ne pas tout lire ! Il faut commencer par Du cĂŽtĂ© de chez Swann, Ă©videmment, mais ensuite, chaque lecteur peut faire son miel de tel ou rĂ©cit Ă  l’intĂ©rieur de La recherche.
Au dĂ©but du livre, le narrateur, adulte se remĂ©more les diffĂ©rentes chambres ou il a dormi au cours de sa vie. Mais, longtemps, de tous ces Ă©tĂ©s passĂ©s Ă  la campagne Ă  Combray, il ne se se souvient que du moment du coucher, torture pour l’enfant qu’il Ă©tait, car il redoutait de passer de longues heures loin de sa mĂšre.
Un jour, sa mĂšre lui propose un goĂ»ter. DĂ©gustant le thĂ© et portant une madeleine Ă  la bouche, il est saisi d'une joie Ă©trange. Il cherche dans sa mĂ©moire et, soudain, tout lui revient : «  . tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et soliditĂ©, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé ». Ce n’est pas un souvenir, c’est Combray qui est lĂ . Les deux Ă©poques se superposent.
Tout au long de La recherche, ces moments extraordinaires se produisent et Proust en restitue la force par des phrases longues et complexes qui retracent sa volonté de saisir la réalité dans toutes ses dimensions, dans toutes ses perceptions, faisant surgir, tel un magicien, le passé comme un « présent ».
« Je venais d’apercevoir, dans ma mĂ©moire
. le visage tendre
 de ma grand-mĂšre
. Cette rĂ©alitĂ© n’existe pas pour nous tant qu’elle n’a pas Ă©tĂ© recrĂ©Ă©e par notre pensĂ©e ; et ainsi, dans un dĂ©sir fou de me prĂ©cipiter dans ses bras, ce n’était qu’à l’instant – plus d’une annĂ©e aprĂšs son enterrement, Ă  cause de cet anachronisme qui empĂȘche si souvent le calendrier des faits de coĂŻncider avec celui des sentiments - que je venais d’apprendre qu’elle Ă©tait morte. »
L’Ɠuvre se clĂŽt par Le temps retrouvĂ©. Le narrateur entre dans la cour de l’hĂŽtel de Guermantes, oĂč les pavĂ©s disjoints, puis le contact d’une serviette empesĂ©e et le bruit d’une cuiller font surgir devant ses yeux Venise puis le grand HĂŽtel de Balbec. La recherche trouve son aboutissement dans l’écriture, le narrateur deviendra Ă©crivain. La boucle est bouclĂ©e.
Marcel Proust, A la recherche du temps perdu, Gallimard
— Sylvie Bagarie
Un mĂštre d'Ă©cart
La photographe HĂ©lĂšne David part sur la piste de l'homme animal.
#Sur la piste de l’homme-animal. Trace 3. Elsa et Faro. 2019. HĂ©lĂšne David
#Sur la piste de l’homme-animal. Trace 3. Elsa et Faro. 2019. HĂ©lĂšne David
« Être ami avec une hyĂšne, souvent c'est plus important que d'ĂȘtre ami avec des vrais amis. Parce qu’elle nous protĂšge ». » Albert Dupontel, Bernie.
Elsa Nadd, ostĂ©opathe, aide ses patients - des chiens, des chats ou des chevaux - Ă  aller mieux, par exemple Ă  marcher de nouveau, Ă  digĂ©rer, ou Ă  rĂ©soudre un problĂšme de peau. Elle Ă©coute aussi leurs propriĂ©taires, qui souvent souffrent des mĂȘme maux, comme si ces pathologies communes traduisaient une autre forme de porositĂ© entre ĂȘtres vivants.
Mais de quoi ces animaux familiers nous protĂ©geraient-ils ? Au cours de mon projet documentaire, des interlocuteurs ont rĂ©pondu : « de la solitude », « de la dĂ©pression », « des autres », selon l’idĂ©e rĂ©pandue de l’animal « consolation » . Mais pour beaucoup, vivre avec des bĂȘtes leur permettrait surtout d'Ă©largir leur monde. D'accĂ©der Ă  quelque chose qui leur Ă©chappe, de faire l’expĂ©rience d’une altĂ©ritĂ© vivante, souvent partagĂ©e avec d’autres humains, familles, collĂšgues ou amis.
— HĂ©lĂšne David
Par quoi remplacerons-nous ... l'Attestation ?
J'attends vos propositions et idées : elsafayner@gmail.com.
Dans le précédent numéro, je vous demandais par quoi remplacer les étoiles quand les lumiÚres seront de nouveau nombreuses. Merci pour vos réponses :
  •  On Ă©coutera en boucle le disque de Guy BĂ©art « Etoiles garde Ă  vous » en lisant le livre du mĂȘme nom (R.A. Heinlein, 1959) si on est fan de SF, puis en regardant le film mais seulement si on est dingue de SF.
  • On fera un tour Ă  la Sainte Chapelle voir son dĂŽme d’étoiles.
  • Par l’éclat de flambeaux au bord d’un ciel de neige,
Les reflets d’une bague à l’ombre du matin,
La haie des lumignons quand passe le cortĂšge,
La prunelle des chats quand la bougie s’éteint.
Avez-vous aimé ce numéro ?
Elsa Fayner  ‱  21 JOURS

pour la réalisation de la newsletter.
Contributrices : Catherine Sabbah, Sylvie Bagarie, HĂ©lĂšne David.

Tweet     Partager
Pour vous désabonner, cliquez ici.
Si on vous a fait suivre cette lettre d'information et que vous l'aimez, vous pouvez vous y abonner ici.
Propulsé par Revue
Newsletter réalisée par Elsa Fayner. Contributrices: Catherine Sabbah, Sylvie Bagarie, HélÚne David.