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đŸ« đŸȘ 🧁Encore un carrĂ© de chocolat ?

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Par Elsa Fayner ‱ 21 JOURS • NumĂ©ro #16 • Consulter en ligne
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Illustration Sarah Bouillaud.
Illustration Sarah Bouillaud.
Les mesures de confinement s'assouplissent, la périodicité de cette lettre aussi. Nous reviendrons de temps en temps, comme ça, pour dire bonjour et avoir le plaisir de recevoir vos mots, vos réponses à nos questions bizarres, vos inscriptions, qui activent mon circuit de la récompense. Nous partßmes trois il y a un peu plus de 21 jours, nous voilà 350. Avec un taux d'ouverture des missives supérieur à 60%. Quand je m'en suis inquiétée, un copain spécialiste m'a assuré que c'était le score de Barack Obama. De Taylor Swift aussi (une parente de celui-ci ?!). J'hésite sur les conclusions à en tirer.
Parce qu'Obama n'a sans doute jamais eu la surprise d'observer un de ses cousins rĂ©pondre au mĂȘme « Par quoi remplacer ? » qu'un ergonome qu'il interviewe rĂ©guliĂšrement, ni dĂ©couvrir qu'une amie de sa mĂšre Ă©crit des saynĂštes, encore moins remarquer ce que ses idĂ©es lancĂ©es Ă  la volĂ©e inspirent Ă  ses comparses, Ă©changer, fabriquer ensemble un objet. C'est le plaisir pour moi de cette lettre.
Nous en avons parlĂ©, nous avons besoin de « cercles d'appartenance » pour construire notre « sentiment d'exister », celui qui nous permet de nous sentir le droit d’ĂȘtre lĂ , de faire des projets, de nous tenir debout sans nous effondrer, ou pas trop souvent. Ca y est, je cite encore Robert Neuburger. Et lĂ  encore c'est une bande qui me vient Ă  l'esprit, de psys cette fois, qui se connaissent d'amitiĂ©, de formations, de complicitĂ©. Bande, Ă©quipe, cercle.
« Ne mettez pas tous vos oeufs dans le mĂȘme panier, » conseille le psychanalyste. MĂȘme confinĂ©s. Surtout confinĂ©s. Car quand un panier vacille et qu'il n'y en a pas d'autres Ă  cĂŽtĂ© - quand on a tout misĂ© sur le travail par exemple et que des changements de rĂšgles du jeu dans l'entreprise provoquent un dĂ©sĂ©quilibre -, le sentiment d'exister peut en prendre un coup. Ce n'est pas une maladie, c'est un malaise existentiel, dit le psy.
Cultiver l'amitiĂ©, ĂȘtre dans la relation, Ă  soi et aux autres
 « Nous savons aujourd'hui que ces comportements participent Ă  la production de sĂ©rotonine dans le cerveau », expliquait en 2018 Ă  L'Express Pierre-Marie Lledo, directeur du dĂ©partement neurosciences de l'Institut Pasteur. Ce neurotransmetteur, impliquĂ© dans le sentiment de plĂ©nitude et de contentement, est essentiel Ă  la rĂ©gulation de nos humeurs, disait le journal.
En revanche, il existe une molĂ©cule antagoniste Ă  sa production : la dopamine, liĂ©e dans notre cerveau au plaisir et au circuit de la rĂ©compense. Nous y revoilĂ . « La rĂ©compense, c'est ce qui nous pousse Ă  agir : si nous n'aimions pas la nourriture et le sexe, nous ne mangerions pas et ne nous reproduirions pas. [
] Mais quand la rĂ©compense devient notre but premier, elle fait le lit de l'addiction, qui est l'exact opposĂ© du bonheur. » C'est en tous cas la thĂšse que dĂ©veloppe le scientifique amĂ©ricain Robert Lustig.
Sucre, chocolat, alcool, rĂ©seaux sociaux
 Je ne crains pas une addiction Ă  la rĂ©daction de (21 JOURS). Quoi que. J'ai avant tout besoin de refaire non pas ma garde-robe - les magasins peuvent rester fermĂ©s - mais ma garde-pensĂ©e. J'ai sous mon bureau depuis le dĂ©but de l'annĂ©e une pile de livres qui se dĂ©placent les uns sur les autres au grĂ© des passages d'aspirateur, coups de pied Ă©chappĂ©s d'une posture de yoga incontrĂŽlĂ©e, dĂ©cision subite de tout dĂ©mĂ©nager. Boris Vian, Antonio Damasio, Dominique MegglĂ©, Hubert Reeves, Louis Aragon
 Pas trĂšs fĂ©minin tout ça mais vous voyez l'idĂ©e. Allez, dopamine et sĂ©rotonine sont dans un bateau
 Je vous laisse continuer.
— Elsa Fayner
Illustration Sarah Bouillaud.
Illustration Sarah Bouillaud.
Deux minutes de plus
Catherine Sabbah spécialiste du logement, scrute nos intérieurs.
Les plans n’étaient pas toujours trĂšs clairs et j’ai dĂ» parfois les retourner Ă  plusieurs reprises pour comprendre vers oĂč la red chef Elsa voulait nous embarquer
 Au grĂ© des jours, nous avons ajoutĂ© une piĂšce, choisi de percer une fenĂȘtre ici, d’ouvrir un porte, lĂ . En essayant, parfois en se prenant un mur, pas toujours trĂšs droit. Qui sait oĂč le chantier nous aurait menĂ©es si nous avions continué  Sans doute Ă  un Ă©difice plus proche du baroque palais du facteur cheval que de la puretĂ© des pavillons de de Mies van der Rohe. Les deux architectes y travaillĂšrent plus de deux mois
 mais le temps ne fait pas grand chose Ă  l’affaire.
La mĂ©taphore de la construction est bien pratique : travail d’équipe, il faut ĂȘtre plusieurs et se coordonner sans quoi les murs ne tiennent pas et puis chacun sa spĂ©cialitĂ©, couvreur et plombier ne font pas le mĂȘme boulot

Fondations solides, rĂ©fĂ©rence de qualitĂ©, historiques ou nouvelles, mais bien documentĂ©es, car la traçabilitĂ© de la pensĂ©e est importante comme celle des matĂ©riaux et que d’autres ont rĂ©flĂ©chi, presqu’à tout, avant nous ; vue d’ensemble pour bĂątir dans plus grand que sa propre grotte et s’intĂ©grer Ă  un paysage et peut-ĂȘtre un immeuble, un quartier, une ville, un passĂ© ou un futur.
Et puis une fois le chantier terminĂ©, commence la vie des espaces vĂ©cus et appropriĂ©s comme celle des mots ou des idĂ©es qui font leur chemin dans la tĂȘte de ceux qui les lisent. CommencĂ© par la rĂ©ponse Ă  un message sur un rĂ©seau, une impulsion, (21 JOURS) fabriquĂ© Ă  distance, presque sans parole et pourtant si riche m’a menĂ©e vers vos intĂ©rieurs que je n’ai pas l’habitude de visiter sur ce ton. Une fois les clefs remises, par pudeur ou crainte de la critique, les concepteurs restent Ă  distance. Vos messages me donnent envie de venir de temps en temps, curieuse, voir en vrai, comment c’est chez vous
 
— Catherine Sabbah
Jusqu'Ă  plus d'heure
Sylvie Bagarie, grande lectrice, partage ses découvertes.
« Mon bon Ryokan,
Je n’ai rien fait de ma vie, rien, juste bñti un nid d’hirondelle sous la poutre du langage.
J’ai interrogĂ© les livres et je leur ai demandĂ© quel Ă©tait le sens de la vie, mais ils n’ont pas rĂ©pondu. J’ai frappĂ© aux portes du silence, de la musique et mĂȘme de la mort, mais personne n’a ouvert. Alors j’ai cessĂ© de demander. J’ai aimĂ© les livres pour ce qu’ils Ă©taient, des blocs de paix, des respirations si lentes qu’on les entend Ă  peine. J’ai aimĂ© le silence, la musique et la mort pour ce qu’ils ouvraient en moi, cette clairiĂšre dans mon cerveau, ce trou dans les Ă©toiles, un peu de vide enfin. J’ai rejoint l’atelier des berceaux.


..
L’automne prend comme un feu. Quelques pas dans la forĂȘt. Des milliers d’évĂšnements flottent dans l’air au parfum de pourriture noble. Leur somme fait ce que nous appelons « rien ». En vĂ©ritĂ©, il y a deux sortes de rien. Aujourd’hui un moine mendiant comme toi, on le chasserait Ă  coups de pied dans les fesses, puis on reviendrait Ă  ce rien surchargĂ© qui met nos jours sous tutelle. Seul ce qu’on dĂ©signe du doigt d’un poĂšme fait partie du divin de la vie





J’ouvre un livre de ton maütre, Dogen. Aussitît il est là, dans le salon. Il parle tout seul. Ses yeux sont des billes. Il regarde du dedans, là ou sont montagnes, riviùres et amours

Le monde est un galet que lave l’eau glacĂ©e des poĂštes. »
Christian Bobin, Un bruit de balançoire, L’iconoclaste.
— Sylvie Bagarie
Un mĂštre d'Ă©cart
La photographe HĂ©lĂšne David part sur la piste de l'homme animal.
Le champ de coquelicots, 2020, HĂ©lĂšne David.
Le champ de coquelicots, 2020, HĂ©lĂšne David.
Les Aurignaciens la peignaient sur les parois de la grotte Chauvet grñce au pigment obtenu de l’oxyde de fer. 
Organique, flamboyante et vibrante, la couleur rouge incarne la vitalitĂ©. Mais selon sa teinte, au fil des cultures et des Ă©poques, elle peut symboliser la joie, la vie sexuelle, le passage Ă  l’action, ou la conquĂȘte. Le sacrifice, le sang du Christ et l’amour fervent. Mais aussi le vice, la violence, l’interdit et la rĂ©volte.
Sa puissance m’invite Ă  l’utiliser avec prudence. C’est une tentation picturale. Dans le livre Ă  venir, Sur la piste de l'homme animal, le rouge ponctuera les pages, comme un signe rĂ©current mais parcimonieux, un trait d’union Ă©nergique entre les diffĂ©rentes formes de vie animales, vĂ©gĂ©tales et humaines. Restituer ses nuances sera un dĂ©fi.
Aujourd’hui le rouge des coquelicots de Jouques relie cette newsletter Ă  la prĂ©cĂ©dente, puis aux prochaines. Il est aussi « manifeste » , une invitation Ă  sortir de l’écran, Ă  descendre dans la rue dĂ©ployer nos corps. Face Ă  l’invasion numĂ©rique, embrasser pleinement une vie sensorielle et organique.
— HĂ©lĂšne David
Par quoi remplacer... un baiser ?
J'attends vos propositions et idées : elsafayner@gmail.com. Pour la lettre d'aprÚs. Retrouvez les réponses à toutes les newsletters.
Dans le précédent numéro, je vous demandais par quoi remplacer (21 JOURS). Merci pour vos réponses :
  • « Remplacer (21 JOURS), alors ça
 ?! Il me faudrait au moins : un torrent (je sais oĂč), un libraire (je sais lequel), des gens que j'aime (il y en a) et peut-ĂȘtre, quand mĂȘme
 (21 JOURS) - la suite ? »
  • « Spielberg demande des droits pour (21 JOURS) Le Retour ? »
  • « Puisque la RĂ©publique fortement nous encadre tu pourrais en adopter le premier calendrier et passer Ă  (30 JOURS). Ce serait lui faire beaucoup d’honneur qu’elle ne mĂ©rite peut-ĂȘtre pas. Tu pourrais passer au calendrier lunaire, soit adopter (29 JOURS) (faisons simple). Tu pourrais en fonction de tes humeurs choisir la lune croissante pour illustrer les idĂ©es lumineuses ou la lune dĂ©croissante pour les fiascos, ou l’inverse, eu Ă©gard aux vertus de la dĂ©croissance. Pour les plus raffinĂ©s tu pourrais adopter les croissants et les quartiers. C’est pas mal (LES QUARTIERS) comme pĂ©riodicitĂ©, mais vas donc diviser 29 par 4
 Le plus fortiche serait toutefois d’adopter les phases de VĂ©nus, le cycle complet durant 584 jours. Comme la lune, elle apparaĂźt sous forme de croissant puis de quartier. Que dire de VĂ©nus gibbeuse croissante et de VĂ©nus gibbeuse dĂ©croissante ? Tout un programme
 »
MERCI !!!
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Elsa Fayner  ‱  21 JOURS

pour la réalisation de la newsletter.
Contributrices : Catherine Sabbah, Sylvie Bagarie, HĂ©lĂšne David.

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